Sécurité routière: Le gouvernement peut-il faire marche arrière sur la limitation à 80km/h?

ROUTES SECONDAIRES Mardi, lors de l’ouverture du grand débat national, Emmanuel Macron s’est dit ouvert à des aménagements sur la limitation à 80km/h mis en place en juillet 2018…

V.V.

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Des hommes changent le panneau de vitesse sur une route départementale.
Des hommes changent le panneau de vitesse sur une route départementale. — SEBASTIEN BOZON / AFP
  • Depuis le 1er juillet 2018, la vitesse est limitée à 80 km/h sur les routes secondaires.
  • Très impopulaire, la mesure est dans le viseur des « gilets jaunes ».
  • Mardi, Emmanuel Macron s’est dit ouvert à des aménagements sur cette question.

Un pas en avant, deux pas en arrière ? Et pas forcément à la même vitesse... Lors de l’ouverture, mardi, du grand débat national dans le gymnase de Grand Bourtheroulde (Eure), Emmanuel Macron s’est notamment dit ouvert à des aménagements pour faire en sorte que la limitation de la vitesse à 80km/h sur les routes secondaires soit « mieux acceptée » par les Français tout en étant « efficace ». 20 Minutes revient sur cette mesure qui ne cesse de faire polémique depuis sa mise en œuvre le 1er juillet 2018…

Qu’a dit exactement Emmanuel Macron à ce sujet ?

Estimant qu’il n’y avait pas de « dogme », Emmanuel Macron a invité les maires à « faire des propositions » sur ce dossier. « Il y a des propositions qui ont été faites par le gouvernement, il y a une bronca. Est-ce qu’il faut tout arrêter ? Franchement, non… Est ce qu’on peut faire quelque chose qui soit mieux accepté et plus intelligent ? Sans doute oui... »

Mise en œuvre durant l’été 2018, la limitation de vitesse à 80km/h est une mesure impopulaire pour laquelle Edouard Philippe a fortement milité. Très critiquée notamment par les « gilets jaunes », elle expliquerait en partie pourquoi de nombreux radars automatiques ont été dégradés lors de la récente mobilisation pour le pouvoir d’achat. Selon les informations de 20 Minutes, près de 70 % des radars en France seraient aujourd’hui hors service.

Les panneaux limitant la vitesse à 80km/h ont-ils déjà été installés partout ?

Contactée par 20 Minutes, la délégation à la Sécurité routière (DSR), qui dépend du ministère de l’Intérieur, indique que « la situation est très disparate » en fonction des territoires. Impossible de savoir combien de collectivités ont déjà remplacé les panneaux 90 par des panneaux 80 au bord des routes. Impossible donc de savoir combien coûterait un retour en arrière.

La question n’est pas là pour Daniel Quero. Président de l’association 40 Millions d’automobilistes, il estime que tous les Français ont bien compris que la loi avait changé. Et selon lui, l’immense majorité est contre cette mesure. « La seule question, c’est à quel moment on décide vraiment de revenir en arrière ! Pour être respectée, une limitation de vitesse doit être respectable ! »

La mesure va-t-elle faire l’objet d’une évaluation ?

Oui d’autant plus que pour l’instant, il ne s’agit que d’une expérimentation. « Le gouvernement a prévu de tirer le bilan en 2020. Il faut donc attendre. On attend pour savoir si la suppression de l’Impôt sur la fortune est efficace. Faisons de même pour les 80km/h ! », réclame Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière.

Avant cela, le gouvernement a laissé entendre que des bilans seront réalisés tous les six mois environ. Le premier doit être rendu public à la fin du mois de janvier ou au début de celui de février. Dans un entretien à La Dépêche, Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, a confirmé l’échéance de 2020. « Si cette mesure n’a servi à rien, alors oui nous pourrons revenir au 90km/h. »

Sait-on si la mesure a déjà eu un impact sur le nombre de morts sur les routes ?

Fin janvier, le gouvernement doit annoncer le bilan en matière de sécurité routière pour l’année 2018. Il s’annonce d’ores et déjà très positif. Avec 3.176 morts sur les onze premiers mois de l’année, la France comptait en novembre 193 tués de moins qu’en novembre 2017, ce qui devrait permettre d’atteindre un niveau proche du plus-bas historique de 2013 (3.427 tués).

Faut-il y voir un lien avec la mesure mise en œuvre en juillet ? Pas du tout pour Daniel Quéro. « La baisse avait commencé fin 2017. Cela n’a rien à voir. La courbe continue simplement de descendre... » En toute logique, Chantal Perrichon a une autre lecture des chiffres. « On commence déjà à voir l’impact », assure-t-elle. Et de conclure : « Quand la ceinture de sécurité a été rendue obligatoire, cela n’a pas fait plaisir. Mais qui reviendrait aujourd’hui sur cette mesure ? »