Grand débat national: ISF, 80 km/h... A Grand Bourgtheroulde, le grand oral de Macron devant les maires

ECHANGE Le président de la République a répondu point par point à plus de 600 maires pendant près de 7 heures, mardi...

20 Minutes avec AFP

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Emmanuel Macron, le 15 janvier 2018 à Grand Bourgtheroulde.
Emmanuel Macron, le 15 janvier 2018 à Grand Bourgtheroulde. — Ludovic MARIN / AFP

L’échange aura duré presque 7 heures. A Grand Bourgtheroulde, en Normandie, Emmanuel Macron a échangé avec plus de 600 maires ce mardi, jour du lancement du  grand débat national. ISF, 80km/h, territoires ruraux, PMA… Le président a répondu point par point à de nombreux sujets, témoins des « fractures » françaises.

« Nous pouvons faire du moment que traverse la France une chance », a souhaité le président devant les maires rassemblés dans le gymnase de Grand Bourgtheroulde dans l’Eure. Des débats comme celui-ci, qui sont un pilier de la réponse de l’exécutif à la crise des « gilets jaunes », il y aura une dizaine d’autres, a promis Emmanuel Macron. Qui  souhaite «un acte de 2 de [son] mandat» et veut «réussir à faire vivre une république de la délibération permanente».

Des « gilets jaunes » bien présents

Cette première sortie du chef de l’Etat en région depuis un mois se déroule sous haute sécurité. Aux cris de « Macron démission », une centaine de « gilets jaunes » s’étaient rassemblés à Grand Bourgtheroulde après avoir réussi à contourner les barrages. Les forces de l’ordre ont fait deux fois usage de gaz lacrymogènes pour les contenir et interpellé deux hommes. C’est « important symboliquement d’être là, c’est le premier jour du débat », a déclaré l’un d’eux, Thierry-Paul Valette.

Pour la première fois, le chef de l’Etat a nommé publiquement les « gilets jaunes », ce qu’il avait évité depuis le début de leur mobilisation il y a deux mois. Cette crise est « une chance » pour « réagir plus fort » et continuer à réformer plus profondément, a-t-il plaidé. Il s’est même fait le reproche de ne pas avoir suffisamment impliqué les Français depuis son élection.

« Faites confiance aux maires »

Pour ce premier round, le chef de l’Etat s’est prêté au jeu des questions-réponses face aux représentants locaux de tous bords. Il a écouté les maires énumérer une longue liste de « doléances » de leurs administrés. « La France est malade. Il y a une grande souffrance », a témoigné l’un d’eux. Et les élus de citer le pouvoir d’achat, la justice fiscale, le niveau des retraites ou l’affaiblissement des services publics en milieu rural. D’autres ont défendu des dossiers précis, comme le cas de la maternité de Bernay, condamnée à la fermeture.

« Toutes ces fractures, on les a devant nous, et d’un seul coup, les choses s’effritent », a reconnu le chef de l’Etat, citant son prédécesseur Jacques Chirac et sa fracture sociale. Courtois mais insistants, les élus ont suggéré plusieurs réformes : baisser la TVA sur les produits de première nécessité, rendre des compétences aux maires, rendre le vote obligatoire… D’autres en ont profité pour protester contre des normes. « Faites confiance aux maires », ont réclamé les élus.

L’ISF, les « craques » et la « pipe »

Et Francis Courel, maire de Saint-Philbert-sur-Risle (Eure), a salué comme plusieurs de ses collègues les « gilets jaunes » comme l’exemple d’un « réveil démocratique ». Emmanuel Macron a retrouvé des accents de campagne pour répondre en détail sur tous les dossiers. Il a ainsi défendu son programme économique, la suppression de l’ISF et la hausse de la CSG. Et même défendu, au nom de la santé publique, la fermeture de la maternité de Bernay.

Offensif, il a mêlé logique, chiffres et formules émaillées d’argot. « Il ne faut pas raconter de craques, c’est pas parce qu’on rétablira l’ISF que les "gilets jaunes" iront mieux. C’est de la pipe ». « On veut toujours trouver un coupable, j’ai le sentiment de remplir ce rôle à plein, je l’assume. Personne ne m'a forcé à être là », a-t-il aussi remarqué.

Réservé sur le RIC

Du côté des rares ouvertures, il a admis qu’il pouvait y avoir des aménagements au décret limitant la vitesse à 80 km/h et s’est dit « totalement ouvert » à la possibilité de rendre aux communes la délivrance de la carte d’identité ou de la carte grise. Il s’est en revanche dit réservé sur le RIC, le référendum d’initiative citoyenne, l’une des revendications les plus partagées par les « gilets jaunes ». Le président a toutefois admis qu’une « réflexion sur nos différentes formes de démocratie » avait sa place dans le grand débat national.

L’enjeu est crucial pour Emmanuel Macron, qui compte relancer son quinquennat et reprendre l’initiative après deux mois de crise. Il aura fort à faire pour convaincre des Français très méfiants envers ce débat. Selon un sondage Elabe pour BFMTV mardi, 40 % d’entre eux ont l’intention d’y participer mais seuls 34 % pensent qu’il permettra une sortie de crise.