«Gilets jaunes»: Trop de radars dégradés, le centre de traitement des amendes de Rennes a du mal à verbaliser

INFO «20 MINUTES» D’après les informations de « 20 Minutes », entre 67 et 69 % des radars sont hors d’usage en raison des dégradations liées au mouvement des « gilets jaunes »…

Camille Allain

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Un radar hors service après avoir été incendié. Ici en janvier 2018 sur le bord de la rocade de Rennes.
Un radar hors service après avoir été incendié. Ici en janvier 2018 sur le bord de la rocade de Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • Le centre national de traitement des amendes de Rennes tourne au ralenti en raison de la dégradation de nombreux radars.
  • Selon le ministre de l'Intérieur, 60% des radars auraient été dégradés depuis le début du mouvement des «gilets jaunes». Selon nos informations, le chiffre serait plus proche des 70%.
  • Les salariés du centre de traitement des amendes s'inquiètent d'un potentiel chômage technique. De très nombreux clichés qui leur sont adressés sont inexploitables.

C’est un endroit plutôt secret où défilent des centaines de milliers de photos chaque jour. Des photos prises dans la France entière par les radars automatiques et affichant les plaques d’immatriculation des véhicules en infraction.

Depuis plusieurs semaines et la naissance du mouvement des « gilets jaunes », le centre national de traitement des infractions routières de Rennes connaît cependant une nette baisse d’activité. En cause ? La dégradation de très nombreux radars, brûlés ou vandalisés.

D’après le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, « 60 % des radars routiers » de l’Hexagone ont été dégradés. D’après les informations de 20 Minutes, le chiffre oscillerait plutôt entre 67 et 69 %. Sachant que les radars ont rapporté un milliard d’euros à l’Etat l’an dernier, le manque à gagner se chiffre à plusieurs dizaines de millions d’euros. De quoi plomber les prévisions de la loi de finances.

« On n’a que des images noires »

Depuis le début du conflit social, les agents chargés de contrôler la qualité des images doivent écarter de très nombreux clichés jugés inexploitables. « Il y a des moments où on n’a que des images noires. On doit tout rejeter », résume une salariée du centre de traitement des amendes sous couvert d’anonymat. D’après les informations de 20 Minutes, le taux de refus dépasserait actuellement les 50 %. Sur les 300.000 clichés envoyés chaque jour, environ 160.000 seulement s’avèrent exploitables. « Et ça va en se dégradant », poursuit cette salariée du groupe Docapost.

Cette filiale de La Poste est chargée de traiter les images prises par les 3.200 radars routiers français. Mais la petite centaine de salariés peine à s’occuper ces derniers temps. « On arrive à un stade où on n’a plus de boulot. Dès cette semaine, on risque d’être au chômage technique. Aujourd’hui [lundi] et demain, ça ira parce qu’on a tous les courriers reçus dans le week-end et les plaques à traiter mais après, je ne sais pas ce qu’on va faire », concède cette même salariée.

« Pas de baisse significative », selon la direction

Contactée, l’Agence nationale de traitement automatisé des infractions (Antai) confirme « qu’une part des messages reçus est inexploitable ». Mais la direction de l’Antai précise qu’à ce stade, « ce phénomène n’a pas eu pour effet une baisse significative de l’activité du Centre national de traitement ». Le nombre de messages d’infractions aurait même augmenté en décembre, selon l’entité. En 2017, 17 millions d’avis de contraventions avaient été émis. Un record.

Le conflit durant, l’inquiétude se fait clairement sentir chez les agents. « Il n’y a pas encore eu de chômage technique mais certains salariés tournent un peu en rond. On leur a donné les contestations à traiter mais ça ne va pas durer », assure Siegfried Nothelfer, délégué syndical CGT à Docapost. La filiale de la Poste attend aussi de savoir si son contrat d’exploitation sera renouvelé au mois de juin. Les résultats de l’appel d’offres devraient être connus fin février.

Quant aux radars, le ministère de l’Intérieur aurait décidé de ne pas les réparer avant la fin du conflit des « gilets jaunes ». Un mouvement dont personne aujourd’hui ne peut prédire quand il va s’arrêter.