Comment vit-on à 5.300 m? Des chercheurs grenoblois mènent une expédition scientifique dans la plus haute ville du monde

RECHERCHE Des scientifiques de Grenoble vont partir pour une expédition scientifique sans précédent dans la ville la plus haute du monde, au Pérou. Ils vont étudier l’impact de la vie à très haute altitude sur la santé de la population…

Elisa Frisullo

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Des experts grenoblois vont partir fin janvier au Pérou pour une expédition sans précédent dans la ville la plus haute du monde, où vivent 50.000 personnes.
Des experts grenoblois vont partir fin janvier au Pérou pour une expédition sans précédent dans la ville la plus haute du monde, où vivent 50.000 personnes. — A. Pittet
  • Des médecins et chercheurs de Grenoble vont mener une expédition scientifique sans précédent dans la ville la plus haute du monde, au Pérou.
  • Ils vont étudier l’impact de la vie à très haute altitude sur la santé de la population à Rinconada, une ville de 50.000 habitants aménagée autour d’une mine d’or.

« C’est un lieu incroyable. Lorsque nous sommes arrivés la première fois, nous avions l’impression d’être sur la lune ». A quelques semaines de son départ pour une expérience scientifique sans précédent au Pérou, le Grenoblois Samuel Vergès déborde d’enthousiasme. Du 28 janvier au 3 mars, ce chercheur de l’Inserm, en poste au laboratoire Hypoxie et physiopathologies cardiovasculaires et respiratoires, va participer à une expédition dans la ville la plus haute du monde : Rinconada, située dans la Cordillère des Andes.

Dans cette cité, aménagée autour d’une mine d’or, 50.000 personnes vivent en permanence à 5.300 mètres d’altitude. Un record qui captive les scientifiques. « Des études sur les populations de haute altitude ont déjà été menées, dans des villes du Pérou notamment, situées à 4.000 m d’altitude. Mais jamais des scientifiques ne se sont rendus à Rinconada pour caractériser cette population unique. Cette ville est presque inaccessible », explique le scientifique.

Moitié moins d’oxygène que dans les villes au niveau de la mer

Pour cette mission, il sera accompagné d’une quinzaine de médecins et chercheurs, chargés d’évaluer l’état de santé de ses habitants. « Ils vivent avec moitié moins d’oxygène que le taux enregistré au niveau de la mer. Nous sommes à la limite de la tolérance humaine », ajoute Samuel Vergès. Et pourtant, autour de la mine qui explique la présence de cette population composée de Quechuas et d’Aymaras, les gens travaillent, les femmes accouchent, les enfants grandissent… « Ils vivent dans des conditions très précaires, sans eau courante, sans sanitaire, sans tout à l’égout », détaille le scientifique, qui a mené une expédition de reconnaissance dans la ville en octobre.

La population, consciente de vivre dans des conditions extrêmes, a réservé un bon accueil aux Grenoblois, qui préparent l’expédition 5.300 depuis deux ans avec l’aide d’un jeune médecin péruvien. « Il habite une ville située en dessous de Rinconada et va régulièrement dans la ville pour soigner bénévolement les habitants », raconte Samuel Vergès. Sur place, le travail des Français, installés dans un laboratoire de physiologie et biologie humaine spécialement aménagé, consistera à rencontrer les habitants pour évaluer leur état de santé. Des tests, mesures et prélèvements seront réalisés.

Un quart de la population a des problèmes de santé

« Nous savons déjà qu’un quart de la population a des problèmes de santé liés à l’altitude. Il y a des pathologies cardiaques, des AVC. En raison du manque d’oxygène, le sang a du mal à circuler », ajoute-t-il. Mais le reste de la population évolue correctement. « Nous voulons comprendre pourquoi certains sont malades et d’autres non. Nous pensons que leur organisme a développé un nombre de globules rouges très élevé pour transporter l’oxygène. Mais que, en contrepartie, leur sang est très visqueux, épais. Leurs vaisseaux sanguins et leur cœur ont dû s’adapter pour faire circuler ce sang », détaille le Grenoblois.

Une fois de retour en France, les scientifiques, dont la mission est soutenue par l’université Grenoble Alpes et financée par la fondation UGA, travailleront plusieurs mois à l’analyse des données collectées au Pérou. Le résultat des recherches devrait faire l’objet de publications scientifiques dans le courant de l’année.