Huit personnes sont mortes sous les décombres d'immeubles effondrés rue d'Aubagne à Marseille
Huit personnes sont mortes sous les décombres d'immeubles effondrés rue d'Aubagne à Marseille — Mathilde Ceilles / 20 Minutes

SOCIAL

Eradiquer l'habitat indigne en dix ans, c'est possible selon la Fondation Abbé Pierre

Deux mois après l’effondrement d’immeubles à Marseille, des associations luttant contre le mal-logement réclament une politique nationale ambitieuse…

  • Copropriétés dégradées dans les centres-villes anciens, habitats isolés vétustes dans les zones rurales, locaux impropres à l’habitation, pavillons divisés en micro-logements… Le logement indigne est protéiforme.
  • Avec d’autres associations œuvrant contre le mal-logement, la Fondation lance un appel d’urgence et réclame un plan national pour rénover 60.000 logements indignes par an.

« L’habitat indigne tue », a rappelé ce mardi Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre, deux mois après l’effondrement d'immeubles à Marseille.

Avec d’autres associations œuvrant contre le mal-logement, la Fondation lance un appel d’urgence et réclame un plan national pour rénover 60.000 logements indignes par an. « Si la volonté politique est là, nous pouvons éradiquer l’habitat indigne », a déclaré Christophe Robert, qui a cité l’exemple de Paris. En 2001, la ville avait ainsi décidé de s’attaquer à 1.030 logements insalubres et avait atteint ses objectifs.

600.000 logements indignes en France

Selon la Fondation Abbé-Pierre, ce phénomène concerne 600.000 logements en France. Une réalité protéiforme qui concerne des copropriétés dégradées dans les centres-villes anciens, des habitats isolés vétustes dans les zones rurales, des locaux impropres à l’habitation, des pavillons divisés en micro-logements… « Des situations qui concernent aussi bien des locataires que des propriétaires ayant acquis un logement en mauvais état qu’ils n’ont pas les moyens de rénover », décrit Suzanne de Cheveigné, présidente des Compagnons bâtisseurs, une association qui œuvre dans l’amélioration de l’habitat. « Or, aujourd’hui, les moyens mobilisés par l’Etat ne sont pas à la hauteur des dégâts sociaux provoqués par l’habitat indigne », a souligné Christophe Robert.

Pour y parvenir, les associations avancent plusieurs solutions : « Il faut d’abord repérer les logements indignes. Pour cela, il faut des services techniques d’hygiène et sécurité constitués et bien formés dans les collectivités territoriales », martèle le délégué général de la Fondation Abbé-Pierre. Autre souci, selon lui : les procédures coercitives (arrêtés d’insalubrité et de péril notamment) ne sont pas engagées ou pas suivies comme il le faudrait par des services de l’Etat ou des services d’hygiène. De son côté, le ministre du Logement, Julien Denormandie a souligné mercredi sur Franceinfo les efforts du gouvernement : la loi Elan votée en décembre « a profondément renforcé l’arsenal juridique contre les marchands de sommeil », a-t-il rappelé.

Mieux accompagner les ménages dans leurs démarches

Les associations réclament aussi des moyens financiers supplémentaires de la part des collectivités et de l’Etat. « Il est indispensable de développer massivement le logement social et d’encadrer les loyers dans le privé afin qu’ils soient compatibles avec des revenus modestes », indique Christophe Robert. «  La suppression de l’allocation logement "accession" pour les prêts travaux pour les propriétaires en 2018 a fragilisé la capacité de financement des travaux pour les ménages les plus en difficulté. Il faut la rétablir », estime aussi Xavier de Lannoy, président de la Fédération Soliha.

Autre impératif : développer l’accompagnement des ménages afin qu’ils puissent faire réaliser des travaux dans leur logement : « Il est difficile de se repérer dans les aides accordées pour les travaux ou de savoir comment attaquer un propriétaire qui refuse de remettre en état un logement », indique Christophe Robert. « Les aides proposées par l’Agence nationale de l’habitat par exemple nécessitent des démarches longues qui découragent parfois les propriétaires et les occupants d’un logement à les effectuer. Par ailleurs, certains travaux exigent de solliciter plusieurs sources de financement, ce qui n’est pas évident », renchérit Suzanne de Cheveigné. Des propositions auxquelles Julien Denormandie a répondu par un tweet semblant souffler l’espoir.