«Gilets jaunes»: Non, cet homme n'est pas un membre «d'une milice européenne» appelée «EuroGendFor»

FAKE OFF Une photo d’un CRS a été détournée sur Facebook. L’homme se retrouve accusé d’être membre d’une force de gendarmerie européenne, qui serait intervenue pendant les manifestations de « gilets jaunes »…

Mathilde Cousin

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Cet homme n'appartient pas à « une milice européenne » appelée « EuroGendFor ». C'est un CRS photographié en mai.
Cet homme n'appartient pas à « une milice européenne » appelée « EuroGendFor ». C'est un CRS photographié en mai. — Capture d'écran Facebook et montage 20 Minutes
  • Une force de gendarmerie européenne serait-elle intervenue pendant les manifestations des « gilets jaunes » ? C’est ce qu’affirme un internaute sur Facebook, sur la base d’une seule photo.
  • Cette photo a été détournée.
  • L’homme sur la photo est un policier.
  • Cette force de gendarmerie, qui existe, n’est jamais intervenue en France.

Edit : Ajout le 11 janvier de la réaction de l'EuroGendFor.

La recette d’une intox ? Une photo ancienne, un montage sur Paint et une légende rédigée sur un ton indigné. C’est le cocktail pour cette photo d’un CRS qui a été partagée plus de 31.100 fois sur Facebook depuis le 6 janvier.

Ce montage et cette légende fausse ont été partagés plus de 31.000 fois sur Facebook en trois jours.
Ce montage et cette légende fausse ont été partagés plus de 31.000 fois sur Facebook en trois jours. - Capture d'écran Facebook

Le cliché montrerait un homme qui ne serait pas CRS, mais membre « d’une milice européenne EuroGendFor créée en 2004 pour le maintien de l’ordre ». Cette milice aurait été déployée contre les « gilets jaunes », selon la légende de l’image. Sur l’image, diverses flèches ont été ajoutées afin d’attirer l’attention sur les insignes portés par l’homme en uniforme.

FAKE OFF

L’homme sur la photo est bien un policier, confirme le service d’information et de communication de la police nationale à 20 Minutes. Les écussons portés par l’homme permettent de le confirmer : le scratch CRS apposé sur le gilet est un « insigne cohérent », précise la police. En dessous, à gauche, l’écusson à deux bandes représente le grade du policier : c’est un insigne de brigadier-chef, ajoute la police. L’inscription « + POS + » donne le groupe sanguin de l’homme. « On le tolère car, en cas de blessure, il peut être soigné plus facilement », ajoute la police.

Sur son bras gauche, l’homme porte un écusson rond, sur lequel est brodée l’inscription « SPIAG ». Cette abréviation est celle de la section de protection et d’intervention 4e génération, une unité intégrée aux CRS. Les membres de cette section procèdent généralement à des interpellations, explique la police.

Une inscription non réglementaire

Deux autres écussons sont également visibles sur la poitrine du policier : l’un, brodé sur fond gris, représente une couronne de laurier avec un pistolet et un éclair. Le second est une inscription en grec, sur laquelle il est écrit « Molôn Labé ». Le premier écusson est une distinction, qui « signifie que le policier est tireur qualifié de la police nationale ».

L’inscription « Molôn Labé », elle, n’est pas réglementaire : « cette inscription n’est pas prévue par le règlement général d’emploi de la police nationale », explique la police. La photo du policier n’est pas récente : elle était devenue virale une première fois en mai. Les internautes s’interrogeaient alors sur la présence de cet insigne. « A l’époque des faits, le policier avait été signalé à la cellule disciplinaire », précise la police.

La force européenne de gendarmerie n’a jamais été déployée en France

Comme l'explique Libération, la phrase « Molôn Labé », qui signifie « Venez les prendre », est un des symboles utilisés par les partisans du port d’armes aux Etats-Unis. Elle est extraite d'un ouvrage de Plutarque. La phrase aurait été prononcée par Léonidas, le roi des Spartiates, en réponse aux Perses qui demandaient aux Grecs de déposer leurs armes lors de la bataille des Thermopyles en 480 avant Jésus-Christ.

Le policier n’est donc pas un membre de l' « EuroGendFor », comme il en a été accusé sur Facebook. Cet acronyme ne désigne pas « une milice européenne », mais un regroupement européen de gendarmerie, qui n’a pas été déployé en France. Cette force, créée en 2004, n’a jamais « été engagée opérationnellement sur le territoire de l’Union européenne », détaille la gendarmerie nationale à 20 Minutes. L'EuroGendFor confirme à 20 Minutes « n'être impliquée d'aucune manière » dans la situation en France. Elle est actuellement engagée dans six missions internationales en Afghanistan, Mali, dans le Sahel, en République centrafricaine, en Libye et en Bosnie.

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