Attentat à Strasbourg: Un mois après, les lieux mémoriels vont-ils rester longtemps dans la ville?

COMMEMORATIONS Bientôt un mois après l'attentat du 11 décembre à Strasbourg, la vie reprend petit à petit ses droits dans la capitale alsacienne, mais de nombreux hommages restent sur différents lieux impactés...

Bruno Poussard

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La rue des Orfèvres a connu jusqu'à trois lieux de commémorations après l'attentat de Strasbourg, mais il n'en reste plus qu'un un mois plus tard, là où sont décédés l'Italien Antonio Megalizzi et le Polonais Barto Pedro Orent-Niedzielski.
La rue des Orfèvres a connu jusqu'à trois lieux de commémorations après l'attentat de Strasbourg, mais il n'en reste plus qu'un un mois plus tard, là où sont décédés l'Italien Antonio Megalizzi et le Polonais Barto Pedro Orent-Niedzielski. — B. Poussard / 20 Minutes.
  • Bientôt un mois après l’attentat de Strasbourg survenu le 11 décembre, de nombreux hommages restent sur quatre sites impactés du centre-ville.
  • Partagés entre l’indispensable recueillement et la nécessité d’aller de l’avant, des habitants et commerçants de ces rues restent émus.
  • Certains confient à 20 Minutes leurs difficultés quotidiennes à la vue de ces lieux de mémoire, pour ne pas que l’attentat reste une obsession.

Bientôt un mois après l'attentat de Strasbourg, la vie reprend petit à petit ses droits. Mais des traces restent. Des fleurs, bougies, mots et autres photos se trouvent encore rue des Orfèvres, rue des Grandes-Arcades, rue du Saumon et sur le pont Saint-Martin. Là où Barto, Antonio, Kamal, Pascal et Anupong ont été mortellement attaqués par le terroriste de la capitale alsacienne.

« Nous, Strasbourgeois, ne succomberons ni la peur, ni à la haine, ni à l’intolérance », peut-on lire au milieu du dernier mémorial de la rue des Orfèvres, devant la pharmacie de la Rose. Après être passée par le « choc », la « colère » et la « tristesse », sa titulaire, Régine Klein, figure du quartier du centre-ville aux airs de village veut continuer à avancer, « vers l’acceptation », désormais.

Des passants déposent encore des hommages devant Adidas, rue des Grandes Arcades, où est décédé le père de famille Kamal Naghchband lors de l'attentat de Strasbourg.
Des passants déposent encore des hommages devant Adidas, rue des Grandes Arcades, où est décédé le père de famille Kamal Naghchband lors de l'attentat de Strasbourg. - B. Poussard / 20 Minutes.

Le soir de l’attaque, elle a passé la nuit à l’hôpital à soutenir une voisine dont la fille a été blessée. Depuis, elle a aidé les commerçants de la rue, choqués, à échanger après le drame. Désormais, le mausolée formé depuis quatre semaines devant sa pharmacie et les drôles de questions de passants curieux des événements ne l’aident pas à tourner la page. Elle reste émue.

Des hommages aux victimes rassemblés place Kléber sous peu

« Le travail que l’on a fait avec la cellule psychologique dédiée - qui a été d’un soutien remarquable - est en train de s’amenuiser avec cette vision quotidienne », explique-t-elle, tout en reconnaissant l’indispensable recueillement. Comme elle, un commerçant touché ne souhaite plus en parler. Sur un autre site, un restaurateur n’a plus trop envie d’en discuter non plus.

Devant le restaurant la Stub, rue du Saumon, où est décédé Pascal Verdenne, jeune retraité strasbourgeois de 61 ans, conserve des traces d'hommage un mois après les fusillades.
Devant le restaurant la Stub, rue du Saumon, où est décédé Pascal Verdenne, jeune retraité strasbourgeois de 61 ans, conserve des traces d'hommage un mois après les fusillades. - B. Poussard / 20 Minutes.

Face aux demandes de plusieurs d’entre eux pour aller de l’avant, la ville de Strasbourg devrait rassembler la majorité de ces hommages aux victimes place Kléber dans les jours à venir. Comme elle l’avait déjà en partie fait. Plusieurs habitants et commerçants interrogés ne cachent pas leur soulagement. Pour que ce ne soit plus une obsession, confie une responsable de boutique.

Des traumatismes différents pour chacun des Strasbourgeois

Impliquée dans une des deux cellules de soutien encore en place, le professeur Carmen Schröder comprend leur réaction : « Pour les gens impactés par un traumatisme, voir certaines choses peut réactiver l’angoisse. Si pour la majorité des Strasbourgeois ces lieux ne sont pas dérangeants, cela ne veut pas dire qu’ils n’en touchent pas encore certains autres. »

Sur le pont Saint-Martin où est décédé un touriste thaïlandais, quelques fleurs et des mots restent en hommage, bientôt un mois après l'attentat de Strasbourg.
Sur le pont Saint-Martin où est décédé un touriste thaïlandais, quelques fleurs et des mots restent en hommage, bientôt un mois après l'attentat de Strasbourg. - B. Poussard / 20 Minutes.

La chef du service de psychiatrie de l’enfant et l’adolescent des hôpitaux universitaires de Strasbourg détaille les diverses phases d’un traumatisme : l’impact immédiat des trois premiers jours ; le trouble de stress aigu qui peut exister du troisième au trentième jour ; et le stress post-traumatique ensuite, pour certains. Si les symptômes persistent, elle conseille de consulter.

Selon Carmen Schröder, la réponse à chacun ne peut donc pas être la même, selon sa proximité avec les faits, sa sensibilité… « Ce sera plus facile à gérer sans ce mémorial, estime une commerçante, rue des Grandes-Arcades. Mais ce pas l’idéal non plus de faire disparaître complètement la chose. » Même en cas de deuil, la confrontation est importante selon la psychiatre.

Dans la rue des Orfèvres, les hommages encore présents rappellent et émeuvent les habitants et commerçants au quotidien, bientôt un mois après l'attentat de Strasbourg.
Dans la rue des Orfèvres, les hommages encore présents rappellent et émeuvent les habitants et commerçants au quotidien, bientôt un mois après l'attentat de Strasbourg. - B. Poussard / 20 Minutes.

Un lieu de mémoire durable toujours en réflexion par la ville

A Nice en 2016, les souvenirs avaient été regroupés sur un lieu de la promenade des Anglais où ils étaient restés plus de six mois avant d'être archivés. Depuis, il y a une stèle du souvenir et un mémorial définitif est toujours en projet. Après le 13 novembre à Paris, de nombreux hommages n'avaient aussi été enlevés (pour être aussi donnés aux archives) qu’à l’été suivant.

C’est dans cette idée que la ville de Strasbourg souhaite voir les souvenirs rassemblés sur un lieu symbolique et plus neutre, en attendant la fin de sa réflexion sur un mémorial pérenne. Rue des Orfèvres, Régine Klein, elle, souhaite désormais que « les gens reviennent » et que « cette rue retrouve sa beauté d’avant ». Et de conclure : « Même si elle ne sera pas pareille. »

Dans la rue des Grandes Arcades, le mémorial a été réduit et légèrement déplacé après l'attentat de Strasbourg.
Dans la rue des Grandes Arcades, le mémorial a été réduit et légèrement déplacé après l'attentat de Strasbourg. - B. Poussard / 20 Minutes.