Discrimination envers les femmes de 50 ans: «On vit dans une société qui n’accepte pas les vieilles»

VOUS TEMOIGNEZ Avec l'âge, les inégalités hommes-femmes se creusent...

Pierre Cloix

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Après 50 ans, les femmes subissent de nouvelles discriminations.
Après 50 ans, les femmes subissent de nouvelles discriminations. — Illustration Pixabay

« Plus de vieilles ». Des mots forts, moins médiatisés que peuvent l’être les sorties sur le corps des femmes de 50 ans de Yann Moix, mais bien plus représentatifs de ce qui peut se dérouler dans le quotidien de beaucoup de quinquagénaires.

Nous avions lancé un appel à témoignages pour donner la parole à ces femmes qui subissent (ou non) des discriminations dans le monde du travail du fait de leur âge. Catherine*, 53 ans, fait partie de celles-ci. Infirmière en entreprise, elle enchaîne les CDD : « Il y a un an j’ai été en entretien. Ça s’est très bien déroulé mais je n’ai pas été retenue. Cinq jours plus tard on me rappelle pour commencer un CDD, car l’autre (jeune) infirmière avait refusé le poste. Avec le temps, je me suis liée d’amitié avec la secrétaire médicale. Je lui ai demandé pourquoi ma responsable ne m’avait pas retenue dans un premier temps. Elle m’a répondu : "Surtout ne le répète pas, mais notre directrice RH ne veut plus de vieilles." »

Manque de formation ?

Dès le recrutement, l’âge est perçu comme un défaut. Elise Moisson, de l’association Force Femmes qui accompagne les démarches des femmes de plus de 45 ans, l’explique par une sorte de jeunisme silencieux : « Les recruteurs sont formés à la différence en termes de handicaps et de mixité, mais pas sur l’aspect intergénérationnel. » La déléguée générale ajoute : « A cela, il faut coupler les clichés et stéréotypes liés au genre que l’on peut retrouver partout. »

« J’envisage un petit lifting »

Le fait est que si, dans l’imaginaire collectif, vieillesse rime souvent avec sagesse pour les hommes, on n’accorde pas forcément le même crédit aux femmes et l’âge agit parfois comme un « interrupteur à intérêt ». Catherine explique : « Je pensais que c’était un mythe. A 46, 47 ans, je recevais plein d’offres d’emploi, à 49, ça a commencé à ralentir et, maintenant, c’est presque le néant. Je mets un peu d’argent de côté, et j’envisage un  lifting à 6.000 euros, histoire de me donner un coup de fraîcheur. On en est là ! On vit malheureusement dans une société qui n’accepte pas la vieillesse des femmes. »

Un problème majeur

Sur Facebook, vous êtes nombreuses à vous être insurgées sur les remarques de Yann Moix à propos du physique des femmes cinquantenaires. Mais vous avez aussi pointé du doigt un problème plus profond. Une autre femme nommée Catherine explique : « Dans cette société basée sur le paraître, évidemment que d’avoir 50 ans est rédhibitoire. Autant sur le physique que sur le mental on vous range dans la catégorie des vieux inutiles et incapables. Dommage… Je pense que je pourrais apporter encore pas mal de choses à la société. Mais bon maintenant je l’assume et je ne me teins plus les cheveux… »

« Surtout bon pour la procréation et les soins du ménage »

La société dans laquelle nous évoluons porterait ainsi en elle-même des « caps d’utilité » ou non. Françoise, une autre internaute, ajoute : « Beaucoup de cultures traditionnelles ou archaïques estiment que le corps féminin est désirable entre 12 et 18 ans environ ; après il est surtout bon pour la procréation et les soins du ménage. La médecine et les technologies modernes ont [simplement] permis de gagner quelques années ». Très concrètement, la femme​, déjà stigmatisée en tant que telle, se retrouverait encore plus bas dans l’estime sociale lorsqu’elle n’est plus en capacité de procréer. Un constat tristement réel, et même si « tôt ou tard la vie rattrape tout le monde ! » selon le commentaire de Nathalie sur Facebook. Reste qu’il semblerait qu’on en tienne bien plus rigueur aux filles d’Eve qu’aux fils d’Adam.