Gilets jaunes en Gironde: «On est ouverts au débat mais on le fera à nos conditions»

SOCIAL Les gilets jaunes se réunissent pour structurer le mouvement au niveau de la Gironde, refusant le cadre de la concertation nationale que le gouvernement peine à imposer...

Elsa Provenzano

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Les gilets jaunes de Gironde s'organisent pour faire remonter leurs revendications, sans l'aide d'une concertation nationale.
Les gilets jaunes de Gironde s'organisent pour faire remonter leurs revendications, sans l'aide d'une concertation nationale. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Une première réunion des « gilets jaunes » de Gironde a eu lieu ce mardi soir à Moulis-en-Médoc pour structurer le mouvement.
  • Refusant le cadre de la concertation nationale que le gouvernement peine à imposer, ils veulent organiser eux-mêmes le débat, à leurs conditions.
  • Ils ont observé une minute de silence pour ceux de leurs rangs décédés depuis le début des mobilisations. 

Quelques-uns se connaissent déjà pour avoir bloqué des ronds-points ou manifesté ensemble mais beaucoup de «gilets jaunes» se rencontrent pour la première fois ce mardi soir, dans la salle des fêtes de Moulis-en-Médoc, pour organiser la suite du mouvement à l’échelle de la Gironde. Retraités, actifs et chômeurs de tous les âges ayant en commun de petits revenus et une méfiance vis-à-vis des partis politiques estiment s’être « réveillés » depuis le 17 novembre. Ils ont commencé par observer une minute de silence en hommage à ceux des leurs qui ont perdu la vie depuis le début du mouvement.

Soucieux de ne pas être dépossédés de ce à quoi ils contribuent depuis bientôt deux mois, ils estiment que l’heure est à présent à la mise en commun et aux échanges, sans renoncer pour autant aux mobilisations de terrain. « C’est à nous d’organiser le débat, pour que tout le monde soit consulté, a lancé Wilfrid Bessonnet, chargé de la communication au niveau de la Gironde. On est ouverts au débat oui, mais à nos conditions ». Pour eux, les dés de la concertation nationale sont pipés, et ils entendent s’organiser afin de faire entendre leurs doléances en matière de justice fiscale et sociale. « Il faut que cela parte des territoires pour que l’on voie des changements notamment sur la cherté de la vie », estime l’un des participants.

« Chacun a sa place »

Pour cette première réunion, qui inaugure des rassemblements hebdomadaires, les « gilets jaunes » de la salle d’abord un peu hésitants à prendre la parole en public, échangent rapidement avec passion. Ceux mobilisés sur les ronds-points seulement, ceux qui « montent » à Bordeaux les samedis, ceux qui veulent se rendre utiles, mais ne peuvent pas se déplacer : tous donnent leur vision pour le futur du mouvement. « Chacun a sa place », estime-t-on.

Benoît se présente comme un citoyen lambda, affilié à aucun parti politique et qui est à l’origine d’un comité « gilets jaunes » dans le Médoc : « ceux qui ne veulent pas porter le gilet peuvent nous donner leurs idées pour repenser le futur et remettre l’humain au centre de la politique. Ce n’est plus possible la politique d’entreprise pour un Etat. »

« La violence vient de ceux qu’on nous envoie »

La question de la violence a été abordée sans détours. Si aucun participant ne la défend, certains constatent aussi qu’elle a donné une visibilité au mouvement. « S’il n’y avait pas eu de violence, on n’aurait pas parlé de nous », estime avec dépit un jeune homme. Un quadragénaire, qui vit à Hourtin, s’inquiète de la violence qui s’opère dans les grandes manifestations et qui devient dangereuse pour eux alors qu’ils soulignent être « en demande de dignité ». Une cellule juridique va notamment être créée pour informer et conseiller les gilets jaunes sur leurs droits.

Pascal Billoir, porte-parole, la présente comme un instrument de diversion et de décrédibilisation : « On est pacifistes, la violence vient de ceux qu’on nous envoie [les forces de l’ordre], je suis désolé de le dire. C’est une étiquette qu’on veut nous donner, c’est l’arbre qui cache la forêt, parce qu’elles sont où nos revendications, pendant ce temps-là ? » « La presse nous fait passer pour des idiots, des violents, abonde une jeune femme, blessée pendant une manifestation à Bordeaux. Le peuple français n’a rien obtenu sans se battre, je ne dis pas qu’il faut être violents mais seulement qu’il est important de rester solidaires ».

Le maire de la commune voisine de Saint-Yzans-de-Médoc, Segundo Cimbron, a assisté à la réunion. Il a pris la parole pour s’inquiéter du fait que le droit de manifestation pourrait ne plus être garanti. « On ne peut pas obéir à la loi quand la loi est injuste, cela s’appelle la désobéissance civile. Je suis opposé à la violence, mais je ne juge pas ceux qui répondent à la violence des flics. » Il a écrit à l’Elysée pour expliquer les raisons pour lesquelles il ne participerait pas à l’organisation de la concertation nationale.

Les grands châteaux dans leur viseur

Bruno prend, lui, la parole pour souligner l’importance de fédérer « au niveau du territoire », avant l’échelon régional pour rester au plus près des besoins. D’ailleurs, il est question à plusieurs reprises des châteaux installés dans le Médoc, qui appartiennent pour certains à de grandes entreprises du CAC40. « Ils ont industrialisé notre métier de vigneron, on respire des pesticides et ceux qui prennent leur retraite développent des cancers, s’insurge l’un des participants. On pourrait se mobiliser devant les châteaux lors des campagnes de traitement ? » Une proposition applaudie par la salle, qui a aussi évoqué à de nombreuses reprises l’urgence écologique.

La soirée présentée par Pascal Billoir comme « un galop d’essai » a soudé les troupes, décidées à « agir d’un seul homme » et à grossir.