Contre «l’injustice vis-à-vis des voyageurs en règle», la SNCF met des contrôleurs en civil dans des TER de Lorraine et d'Alsace

TRANSPORTS Comme sur une ligne du Transilien en région parisienne avec certaines équipes depuis 2017, des contrôles en civil sont expérimentés sur des TER de Lorraine et bientôt d’Alsace par la SNCF dans le Grand Est…

Bruno Poussard

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Un TER alsacien en gare de Strasbourg ce mardi matin. Illustration
Un TER alsacien en gare de Strasbourg ce mardi matin. Illustration — B. Poussard / 20 Minutes.
  • Après la ligne de Transilien Paris-Meaux en Ile-de-France, les contrôles en civil sont arrivés dans des trains de Lorraine et bientôt en Alsace.
  • Face à des résultats « plutôt positifs » ailleurs, la SNCF expérimente désormais la technique sur plusieurs lignes du Grand Est.
  • Secrétaire des cheminots de la CGT en Alsace, Arnaud Feltmann s’inquiète de voir la SNCF se tourner « vers le tout répressif ».

Après la ligne de Transilien Paris-Meaux en Ile-de-France, les contrôles en civil sont arrivés en Lorraine. Des trains alsaciens vont aussi en connaître sous peu. La SNCF a décidé de tester ce nouveau dispositif anti-fraude sur des TER dans le Grand Est, comme dévoilé par France Bleu en décembre et confirmé ce lundi à 20 Minutes.

Face à des résultats « plutôt positifs » ailleurs (à Paris mais aussi sur d’autres réseaux de transports urbains), la compagnie ferroviaire expérimente la technique sur plusieurs lignes de la région. « La lutte contre la fraude est une attente forte de nos clients pour plus d’équité entre les voyageurs », explique la SNCF. Sans préciser les liaisons où se feront les essais.

Outre « l’injustice vis-à-vis des voyageurs en règle », la SNCF le justifie par le « manque à gagner ». Estimée à 300 millions d’euros par an, dont un tiers en TER, la somme de la fraude pourrait « bénéficier » aux clients « sous la forme de réinvestissements », ajoute-t-elle : « Ce contrôle en civil permet de s’adapter à l’évolution des comportements des fraudeurs. »

Des craintes de plus grandes tensions pour les agents

Secrétaire des cheminots de la CGT en Alsace, Arnaud Feltmann s’inquiète de voir la SNCF se tourner « vers le tout répressif ». Après des insultes ou des bousculades de salariés puis des dépôts de plainte et arrêts maladies lors de nouveaux contrôles d’accès aux TGV sur les quais selon lui, il craint que le contrôle en civil n’entraîne de nouvelles tensions.

« Il n’y a aucune information aux clients, note le secrétaire général adjoint des cheminots de la CFDT du Grand Est, Régis Hoffmann, inquiet pour les agents. La SNCF change, dans la continuité de la baisse de la voilure, le lien personnel avec les clients disparaît. » Lui aimerait qu’une attention soit portée à la formation des salariés pour régler les conflits potentiels.

« Ce n’est pas avec ces nouvelles méthodes d’organisation qui correspondent à un but économique qu’on endigue les problèmes à bord », poursuit Arnaud Feltmann de la CGT. Avant de lister ses questions : l’accessibilité et le prix du transport ferroviaire, ou la sécurité avec la suppression des guichets dans des gares et des contrôleurs sur certaines lignes.

En parallèle, moins de guichets et de contrôleurs visibles

Rencontré sur le quai 8 à Strasbourg, ce mardi matin, Jacques, 17 ans, craint le ciblage de certains passagers, comme les syndicalistes regrettent la déshumanisation : « Ce n’est pas juste. » Utilisatrice fréquente depuis Obernai avec ou sans son vélo, Claudine, 39 ans, s’interroge, elle, sur l’éthique : « Ce n’est pas très honnête. » Mais pour elle, la mesure ne changera rien. « Je ne fraude pas (sourire). »

« C’est positif si ça permet à ceux qui réussissent à éviter les contrôleurs de ne plus passer entre les gouttes », estime Mathieu, étudiant et abonné. Pour les moins habitués, les syndicats craignent qu’avec la disparition des guichets et des contrôleurs visibles, la mesure se retourne contre certains voyageurs, moins connectés, par exemple. « Ils veulent uniquement plomber ceux qui n’ont pas de billet, on est loin du service public », termine Vincent Challer, secrétaire régional de Sud Rail.