Démarrer les cours à 9h, une mesure profitable pour les élèves?

EDUCATION Jean-Michel Blanquer est favorable à l'expérimentation dans certains établissements d'un début de cours plus tardif...

Delphine Bancaud

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Une lycéenne fatiguée.
Une lycéenne fatiguée. — Pixabay
  • Selon plusieurs expérimentations réalisées en Angleterre et aux Etats-Unis, reculer les horaires quotidiens auraient des effets sur les résultats des collégiens et des lycéens.
  • Car à la puberté, les horaires de coucher et de lever se décalent naturellement.
  • Outre l’horaire du début de la classe, il faudrait aussi veiller à assurer aux adolescents une meilleure qualité de sommeil.

Proscrire les cours à 8h pour permettre aux collégiens et aux lycéens d’être mieux réveillés lors des premières heures de classe et d’apprendre mieux. L’idée n’est pas nouvelle, mais elle a été relancée la semaine dernière par la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, qui a demandé au ministre de l’Education de commencer une expérimentation en ce sens.

Jean-Michel Blanquer lui a répondu plutôt positivement ce dimanche, sans pour autant plaider pour une généralisation d’un début plus tardif des cours. « Je ne suis pas prêt à faire ça demain partout, a-t-il répondu. Lorsqu’il y a une proposition comme ça, il faut la regarder. Il est hors de question de faire ça partout tout de suite de manière inconsidérée, mais pourquoi pas à une petite échelle, pour expérimenter », a-t-il déclaré lors de l’émission Le Grand jury LCI-RTL-Le Figaro.

A l’adolescence, le sommeil change

De fait, selon Claire Leconte, professeur émérite en psychologie de l’Education et chercheur en chronobiologie, « lorsque les lycéens commencent les cours à 8h, la mise en route est souvent difficile, surtout lorsqu’ils suivent des matières fondamentales comme les mathématiques. D’autant que beaucoup d’entre eux ne prennent pas de petit-déjeuner », indique-t-elle à 20 Minutes. Et ce, pour des raisons biologiques : « A la puberté, on assiste à un retard des phases physiologiques. Le soir, les adolescents vont naturellement s’endormir une heure plus tard qu’ils ne le faisaient avant et le matin, ils vont se réveiller plus tard aussi », explique la chercheuse.

La nature de leur sommeil change aussi : « A la puberté, la part du sommeil paradoxal qui est utile à la mémorisation, augmente et si on oblige un adolescent à se lever tôt, le dernier cycle de ce sommeil va être coupé, ce qui va nuire à ses capacités d’apprentissage », explique-t-elle.

D’ailleurs, une expérience menée en Angleterre sur des adolescents dont on avait retardé l’entrée en classe avait porté ses fruits. « Leur capacité d’apprentissage s’était améliorée. Ils se concentraient plus rapidement et avaient une attention plus soutenue », explique Claire Leconte. Et en 2014, l’Académie américaine de pédiatrie avait aussi recommandé aux collèges et lycées de ne pas commencer les cours avant 8 h 30 le matin. Des établissements qui avaient suivi cette préconisation ont vu les résultats scolaires de leurs élèves s’améliorer.

« La qualité du sommeil est aussi importante »

Si le fait de se lever un peu plus tard peut favoriser le bien-être des adolescents, il n’est pourtant pas un remède miracle. « La qualité du sommeil est aussi importante. Il ne faut pas que le fait d’avoir cours plus tard entraîne un coucher plus tardif, ce qui ne produirait aucun bénéfice », prévient Claire Leconte.

L’impératif pour les collégiens et les lycéens est d’apprendre à repérer leur heure d’endormissement idéal, qui dépend d’un individu à l’autre. « Pour le déterminer, il faut être attentif au coup de froid ressenti par le corps dans la soirée, qui est le signe que l’on est mûr pour le sommeil », explique la chercheuse.

Autre précaution à prendre : se tenir éloigné des écrans au moins une heure avant le coucher « car l’écran bleuté peut perturber l’horloge biologique et empêcher le sommeil d’arriver. Il faut aussi retirer les champs magnétiques de la chambre », insiste la chercheuse. Il est donc déconseillé d’utiliser son portable comme réveil. Il est en revanche recommandé de se coucher tous les soirs à la même heure pour instaurer un rythme de sommeil régulier.

Revoir les emplois du temps dans l’intérêt des élèves

L’autre moyen d’améliorer la qualité des capacités d’apprentissage des élèves serait aussi de revoir les emplois du temps des collégiens et des lycéens afin de s’adapter mieux à leur rythme biologique : « Il faut éviter certaines aberrations comme les cours d’EPS à 14h avec un cours d’histoire-géo derrière par exemple. Car ce cours de sport va leur demander beaucoup d’efforts à cette heure-là et ils seront fatigués juste après. Idéalement, il faudrait qu’ils commencent leur journée de classe avec des cours plus pratiques et plus créatifs, qu’ils déjeunent vers 13h.…», explique Claire Leconte. Par exemple, les arts plastiques, la technologie…

Pas évident à réaliser quand on sait que les chefs d’établissement s’arrachent déjà les cheveux pour concevoir des emplois du temps sans trop d’heures de trou pour leurs élèves…