Paris: Brouilleurs pour portables, téléphone fixe en cellule et gros travaux… La prison de la Santé a rouvert

PRISON Quatre-vingts détenus doivent réintégrer la prison de la Santé, ce lundi. L’établissement rouvre après 210 millions d’euros de travaux…

Floréal Hernandez

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L'entrée de la prison de la Santé en juin 2018.
L'entrée de la prison de la Santé en juin 2018. — GERARD JULIEN / AFP
  • Cette réouverture aura valeur de test : la Santé est « la première prison à être équipée à la fois d’un nouveau système de brouillage pour portables et de postes de téléphone fixe dans les cellules », souligne la directrice de l’établissement.
  • En 2017, un nouveau record a été battu : 40.067 téléphones et accessoires ont été saisis dans les 180 prisons françaises qui comptaient alors près de 70.000 détenus.
  • Le quartier des « particuliers », destiné aux personnes les plus vulnérables et aux « VIP », restera. La Santé prendra par ailleurs sa part dans l’accueil des détenus radicalisés.

Vieille de 150 ans, la prison de la Santé était devenue au fil des ans le symbole du délabrement des prisons françaises. Celle-ci vient d’être rénovée lors de travaux, effectués dans un partenariat public-privé pour un coût 210 millions d’euros. Ce lundi, quelque 80 détenus doivent réintégrer l’enceinte située dans le 14e arrondissement à Paris. Ils seront affectés au service général, pour un premier grand nettoyage avant l’arrivée progressive des autres pensionnaires, à raison de 25 par semaine à partir de la mi-janvier.

D’une capacité initiale de 808 places, dont une centaine en quartier de semi-liberté, l’établissement pourrait atteindre dès la fin 2019 un taux d’occupation de 150 %, alors que certaines maisons d’arrêt d’Ile-de-France sont déjà à 200 %. Dans cette perspective, la majorité des cellules ont d’ores et déjà été dotées de deux lits.

Plus de 40.000 téléphones saisis en prison en 2017

Cette réouverture aura valeur de test : la Santé est « la première prison à être équipée à la fois d’un nouveau système de brouillage pour portables et de postes de téléphone fixe dans les cellules », souligne la directrice de l’établissement, Christelle Rotach. Une révolution au sein de la détention et l’aboutissement d’un chantier lancé en janvier dernier par la ministre de la Justice Nicole Belloubet.

Le gouvernement est parti d’un double constat : l’inefficacité du brouillage – seuls 10 % des 804 brouilleurs actuels en prison sont effectifs – et la prolifération des téléphones portables en détention. En 2017, un nouveau record a été battu : 40.067 téléphones et accessoires ont été saisis dans les 180 prisons françaises, qui comptaient alors près de 70.000 détenus.

Le brouillage des portables a été confié pour une période de six ans à la société française SAGI.fr. Après la Santé, il sera progressivement étendu à d’autres établissements. Parallèlement, une concession de service public sur la téléphonie fixe a été accordée pour dix ans à Telio, un des leaders européens du secteur. « L’accès au téléphone fixe en cellule est un élément d’apaisement de la détention. Les détenus pourront, sans restriction, appeler leurs familles », sans avoir « besoin de solliciter les surveillants qui pourront se consacrer à d’autres tâches », explique Christelle Rotach.

8 centimes l’appel vers un fixe

Une innovation qui contribuera, espère la Direction de l’administration pénitentiaire (DAP), à la prévention du suicide et à une meilleure réinsertion. Les détenus pourront téléphoner uniquement aux numéros ayant fait l’objet d’une validation préalable. Aucun téléphone ne sera installé dans les quartiers d’isolement ou disciplinaires.

L’entreprise financera l’intégralité de l’investissement et se rémunérera par le prix des communications payées par les détenus. Le coût d’un appel vers un fixe s’élèvera à 0,08 euro par minute et à 0,18 euro vers un portable en France métropolitaine, environ dix fois moins qu’actuellement.

Accueil de détenus radicalisés

Pour Christelle Rotach, le tour de force a aussi été de garder la Santé dans son écrin historique de pierre meulière tout en bâtissant une prison moderne : des salles de sport creusées, des promenades ouvertes, des verrières ont été percées au-dessus des coursives. La lumière est aussi entrée dans les cellules : les fenêtres, très hautes, ont été descendues à hauteur d’homme. Sanitaires, douche, plaque électrique et frigo ont été installés. Loin des conditions « indignes » de détention de certaines maisons d’arrêt qui ont valu à la France d’être condamnée au niveau européen.

Le quartier des « particuliers », destiné aux personnes les plus vulnérables et aux « VIP », restera. La Santé prendra par ailleurs sa part dans l’accueil des détenus radicalisés, sous le regard de 380 surveillants.