Des «gilets jaunes» manifestent sur le Vieux-Port à Marseille le 1er décembre 2018
Des «gilets jaunes» manifestent sur le Vieux-Port à Marseille le 1er décembre 2018 — CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

INTERVIEW

VIDEO. «Gilets jaunes» : «Présenter une liste aux municipales, c’est une quasi-évidence» affirme Hayk Shahinyan

Fondateur de l’association « Gilets jaunes le Mouvement », Hayk Shahinyan a réuni samedi à Marseille des gilets jaunes pour structurer le mouvement. Son objectif est de construire une force politique... 

  • Joint par 20 Minutes, le fondateur de l'association « Gilets jaunes le Mouvement », Hayk Shahinyan explique pourquoi le mouvement devrait se poursuivre. 
  • « Il faut se mettre autour de la table pour construire ensemble une force politique», explique-t-il.

Après les manifestations, la structuration. Ce samedi, une soixante de «gilets jaunes» se sont réunis dans les locaux de La Provence à Marseille à l’invitation de Bernard Tapie. Une initiative lancée entre autres par Hayk Shahinyan qui poursuit un objectif : construire une force politique capable de s’immiscer dans les prochaines élections.

Hayk Shahinyan a fondé l'association «Gilets jaunes le Mouvement»

L’association « Gilets jaunes le Mouvement » que vous avez créée existe depuis fin novembre. Pourquoi avoir organisé cette réunion à Marseille ce samedi ?

L’association existe en effet depuis trois ou quatre semaines mais le lancement de ce mouvement citoyen n’avait pas été vraiment annoncé, chose faite ce samedi lors d’une conférence de presse. Mais cette structure n’est pas la dernière pierre de l’édifice. L’objectif est de regrouper largement les « gilets jaunes ». L’association compte 14.000 adhérents. Il s’agit aussi de lancer une coordination nationale avec des personnalités et des acteurs du mouvement associatif. On souhaite travailler avec toute la société civile et des représentants du mouvement associatif pour construire un véritable projet de société. La rue, c’est bien, mais il faut bien se structurer à présent.

En voulant structurer le mouvement, vous visez les prochaines élections européennes ?

Le cœur de la réunion de samedi n’était pas les élections européennes. On n’a en aucun cas décidé en huis clos des têtes de liste, par exemple. Mais il faut se poser la question : est-ce qu’on veut qu’un parti politique récupère le mouvement ? Ou est-ce qu’on est plus intelligent en se prenant en main et en travaillant sur cette liste, pour défendre nous-mêmes notre bifteck ? Les européennes, c’est dans trois à quatre mois. On prend le temps de réfléchir à tout ça. C’est une question qui divise les « gilets jaunes ». Mais participer aux élections européennes ne veut pas dire qu’on approuve le système européen tel qu’il est aujourd’hui.

De toute façon, même si on n’est pas aux européennes, on voit plus loin. Présenter une liste aux municipales, c’est une quasi-évidence. Même les plus réfractaires y sont favorables. On est dans beaucoup de ronds-points, y compris dans le milieu rural.

Comment expliquer que plusieurs gilets jaunes aient manifesté devant La Provence pour contester votre réunion ?

Il y a eu une mauvaise compréhension, avec une quarantaine de personnes vraiment opposées à discuter, mais avec qui au final on est allé ensemble au resto. Il y avait d’une part un règlement de comptes purement local à l’encontre du représentant marseillais des « gilets jaunes », à mes côtés à la réunion, qui était contesté. Et d’autre part, il y avait des gens qui voulaient juste en découdre avec Bernard Tapie [propriétaire de La Provence, N.D.L.R.]. Alors qu’il n’était pas là, et qu’il n’est pas intervenu. Il nous a juste proposé un local gratuitement pour se réunir, et une page par semaine dans La Provence pendant quatre semaines, dans laquelle on publie ce que l’on veut.

Pourquoi avoir accepté la proposition de Bernard Tapie de se réunir dans les locaux de La Provence ?

J’ai été personnellement trois fois en contact avec Bernard Tapie. Je suis allé chez lui, le rencontrer, pour voir quelles étaient ses intentions. Et j’ai vu qu’il ne voulait interférer dans rien. Il n’a pas exprimé ses opinions lors de cet entretien. Il a mis à disposition quelque chose en tant que citoyen. Et je trouvais aussi cela symboliquement fort, de se réunir dans un journal, à l’heure où plusieurs journalistes ont été agressés récemment. Je ne suis toutefois pas certain qu’on retourne dans les locaux de La Provence, vu comment cela s’est passé.

Quelles suites envisagez-vous ?

Je vais rencontrer la semaine prochaine à Paris des personnes du monde associatif et des personnalités, voir si elles seraient prêtes à nous rejoindre. Une majorité de Français soutient ce mouvement. Il faut qu’on arrive à tous les rassembler, pas seulement ceux qui portent un gilet jaune. Il faut se mettre autour de la table pour construire ensemble une force politique.

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