«Gilets jaunes» à Toulouse: «Précarisées, discriminées, révoltées», les femmes sont dans la rue

SOCIAL Au lendemain de l’acte 8, des femmes « gilets jaunes » ont manifesté dans les rues de la Ville rose pour dénoncer, notamment, les inégalités et la précarité dont elles sont victimes…

Béatrice Colin

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Lors de la marches des femmes
Lors de la marches des femmes — B. Colin / 20 Minutes
  • Au lendemain de l’acte 8 des "gilets jaunes" qui a rassemblé plus de 2.000 personnes à Toulouse, selon la préfecture, une marche des femmes était organisée ce dimanche matin.
  • Dans le calme, le cortège a porté les revendications des femmes "gilets jaunes", notamment sur les inégalités salariales ou leurs conditions de vie précaire.

« Précarisées, discriminées, révoltées, femmes en première ligne », pouvait-on lire sur la banderole en tête de cortège, ce dimanche lors de la marche des femmes « gilets jaunes », à Toulouse. Au lendemain de l’acte 8, plusieurs centaines d’entre elles ont battu le pavé dans le calme pour dénoncer leurs conditions de vie.

Comme Marie-Claire, mobilisée depuis la première heure, tantôt sur les ronds-points, tantôt lors des manifestations toulousaines. Cette aide à domicile a décidé de rejoindre le mouvement pour porter la voie des personnes âgées qu’elle visite tous les jours. « Certaines sont précaires et doivent choisir entre manger et se soigner, entre avoir une aide pour le ménage ou pour faire les courses », déplore-t-elle.

Pour cette mère de trois enfants, la hausse du carburant a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

« En tant qu’aide à domicile, nous utilisons beaucoup notre voiture et nous ne sommes pas rémunérées à la hauteur de ce que nous dépensons en essence. C’est une profession très féminine, payée au SMIC, où l’on commence tôt on finit tard, et on oublie souvent qu’on a une double casquette, après le travail il y a la maison. Moi cela fait dix ans que je ne suis pas partie en vacances », relève celle qui a retrouvé « de l’humanité, de la solidarité et de la citoyenneté » au sein du mouvement des « gilets jaunes ».

Une solidarité que Claudine apprécie aussi. Cette enseignante dans le privé a trouvé dans la mobilisation des femmes de tous les milieux, qui comme elle « dans cette société se sentent encore plus discriminées quand on sait qu’à partir du mois de novembre nous travaillons toutes gratuitement ».

« Se faire voir »

Pour cette quinquagénaire la question du pouvoir d’achat est un symptôme du problème. « Ce qu’il faut c’est un changement de système. Depuis plusieurs années l’Etat nous a spoliés, avec une dette publique qui n’est pas la nôtre. Ils ont aussi privatisé EDF, GDF et les autoroutes qui rapportaient de l’argent, là il y a un manque à gagner pour les Français. Et puis ils nous ont imposé le libéralisme au niveau européen alors que nous étions contre », détaille cette Toulousaine, peu habituée à manifester jusqu’à présent.

Comme Evelyne et sa belle-fille Viviane*, venues de la banlieue. « Au quotidien, on se rend bien compte de la détérioration des conditions de travail des femmes. Ce sont elles qui occupent le plus de petits boulots, à durée déterminée, parfois en faisant une heure par-ci, une heure par-là. Et souvent elles n’ont pas le même salaire alors qu’elles valent autant. Il faut aussi sortir de cette société patriarcale », plaident-elles, bien décidées à « se faire voir » et à ne plus être invisibles.

« Mais on ne casse rien », tient à rappeler Evelyne qui regrette l’image donnée par les médias de leur mouvement. Après plus de deux heures de marche à travers la ville, une minute de silence devant le Monument aux morts en hommage aux blessés et une Marseillaise entonnée devant l’Hôtel de ville, la manifestation s’est achevée dans le calme à Arnaud-Bernard.