Les amendes des radars sont-elles en partie redistribuées à des entreprises privées?

FAKE OFF Une intox affirme que les amendes liées aux radars automatiques alimentent une « spéculation sur la sécurité routière » au profit d’entreprises privées…

Alexis Orsini

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Un radar automatique à Argentan.
Un radar automatique à Argentan. — Raphael Bloch/SIPA
  • Sur Facebook, un post-viral affirme qu’une partie des amendes administrées grâce aux radars automatiques bénéficie aux entreprises gérant ces appareils.
  • Il se base sur un reportage de France 2 présenté comme récent mais qui date en réalité de 2005.
  • Si ces entreprises peuvent se voir réattribuer des fonds de fonctionnement prélevés sur les amendes, il n’y a pas pour autant de « spéculation sur la sécurité routière », comme l’explique à « 20 Minutes » la Délégation à la sécurité routière.

Une « révélation » scandaleuse sur les radars automatiques serait-elle passée inaperçue au détour d’un journal télévisé ? C’est ce que laisse penser un post Facebook partagé plus de 27.000 fois depuis sa publication, le 19 décembre.

« Il y a quelques jours, est passée, sur France 2, une petite info qui fait réfléchir. Sur un ton humoristique, le reportage montrait un radar automatique, quelque part du côté de Clermont-Ferrand, qui avait été hors service pendant 3 semaines. Pourquoi ? Parce qu’EDF avait coupé le courant pour facture impayée ! », débute ainsi ce texte.

Avant d’en venir à sa « découverte » : « Le journaliste nous expliqua que la société qui gère ce radar n’avait pas payé en temps sa facture d’électricité. (…) Je croyais que les radars dépendaient de l’Etat. Mais alors, si on réfléchit, cela veut dire qu’au passage il y a des gens qui se sucrent sur les infractions des automobilistes et que l’argent des amendes, loin d’aller entièrement dans les caisses de l’Etat (…) va en partie dans des poches privées ! »

Or, si l’incident évoqué a bien eu lieu (il y a plus de dix ans) et que ces sociétés peuvent bénéficier de fonds de fonctionnement prélevés sur le montant des amendes, cela ne donne pas lieu pour autant à une « spéculation sur la sécurité routière » et n’amène pas « ces entreprises (à être) intéressées proportionnellement à la rentabilité des radars », contrairement à ce qu’affirme le post.

Le post Facebook très partagé qui dénonce une « spéculation sur la sécurité routière »
Le post Facebook très partagé qui dénonce une « spéculation sur la sécurité routière » - capture d'écran

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Le 7 février 2005, le journal de 20 Heures de France 2 rapportait en effet cette anecdote atypique (visible à partir de 16 : 35 dans cette vidéo repérée par La Montagne) : « Que se passe-t-il quand un client ne paye pas sa facture d’électricité ? On lui coupe le courant… et tant pis si le mauvais payeur est une entreprise qui gère les radars. Dans le département de l’Allier, depuis 15 jours, l’appareil ne flashait plus personne sans qu’aucun automobiliste ne s’en rende compte ».

C’est donc une « facture impayée de 180 euros », qui aura entraîné, du côté d’EDF, cette coupure de courant provisoire avant que la somme ne soit acquittée et que le radar reprenne du service.

Mais le travail réalisé par des entreprises privées autour des radars – qu’il s’agisse de leur installation ou de la gestion automatisée des PV – n’a rien de confidentiel. Contactée par 20 Minutes, la Délégation à la sécurité routière (DSR) confirme : « Toutes les entreprises titulaires du contrat d’installation et d’entretien du parc de radars automatiques ont été publiées sur le Bulletin officiel des annonces de marché public ( BOAMP). »

« Le maintien en condition des radars est sans rapport avec le volume des amendes »

« Ces entreprises (…) travaillent dans le cadre de marchés publics octroyés après respect des règles de la concurrence [et] sélectionnées après mise en concurrence dans le cadre d’un appel d’offres régulier (…) afin d’assurer l’installation et le maintien des radars automatiques » poursuit la DSR, qui précise en outre : « Le maintien en condition des (…) radars est donc totalement (sans rapport avec le) volume des amendes radars ».

Sur son site, la Sécurité routière détaille par ailleurs le total des amendes de radars automatiques administrées en 2017 et la façon dont il a été dépensé : cette somme de 1,01 milliard d’euros a ainsi été affectée à 8,8 % (environ 89 millions d’euros) au désendettement de l’Etat. Et à 91,2 % à la lutte contre l’insécurité routière (soit 924 millions d’euros), qui inclut donc le virement de fonds aux entreprises privées compétentes dans le cadre de « l’entretien et (de l') adaptation du parc des radars automatiques ».

L’intox, qui n’a visiblement pas changé de forme depuis sa première apparition, en 2005, fait en outre référence au « ministre Gilles de Robien », dont le frère aurait été « le PDG » de l’entreprise visée, Atos. Une autre affirmation fausse et d’autant plus datée que Gilles de Robien n’est plus ministre depuis 2007 et qu’Atos n’est plus « prestataire de ce marché depuis 2015 », comme l’indique la société à 20 Minutes.

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