Affaire Naomi Musenga: Agnès Buzyn annonce «une formation initiale d'un an» pour les opérateurs du SAMU

INFO «20 MINUTES» Le Dr François Braun, président de Samu - Urgences de France, a rencontré ce mercredi la ministre de la Santé Agnès Buzyn. Il dévoile les mesures qui devraient être mises en place concernant la formation des assistants de régulation médicale…

Propos recueillis par Anissa Boumediene

— 

Les futurs ARM devront dès la rentrée 2019 suivre une formation initiale d'un an.
Les futurs ARM devront dès la rentrée 2019 suivre une formation initiale d'un an. — JS EVRARD/SIPA
  • Dès la rentrée 2019, les assistants de régulation médicale devront suivre une formation initiale d’un an. Pour remplir cet objectif, plusieurs centres de formation devraient être ouverts en France dans les prochains mois.
  • Jusqu’à présent, l’immense majorité des ARM sont « formés sur le tas, dans le cadre de la formation d’adaptation à l’emploi ». Une formation pratique leur est donnée et ils sont « encadrés et formés par des médecins du SAMU et des ARM déjà en poste ».

Son appel au secours n’avait pas été pris au sérieux. Il y a un an presque jour pour jour, le 29 décembre dernier, Naomi Musenga perdait la vie. La jeune femme de 22 ans décédait. Quelques heures après avoir appelé le Samu de Strasbourg et été éconduite par l'assitante de régulation médicale (ARM) qui avait répondu à son appel. Un événement tragique qui avait mis en lumière un métier peu connu et soulevé de nombreuses questions. Pour la ministre de la Santé Agnès Buzyn, l’affaire ne relevait « pas d’une question de manque de moyens, mais d’une question de formation, d’empathie et d’écoute », plaidant ainsi pour une harmonisation des pratiques.

Sollicités par la ministre, les représentants d’urgentistes –Samu-Urgences de France, la Société française de médecine d'urgence (SFMU), et le Conseil national de l'urgence hospitalière (CNUH) – lui remettaient le 2 juillet dernier un ensemble de propositions. L’objectif de ces préconisations : améliorer la formation des assistants de régulation médicale et de contrôler et renforcer la qualité des plateformes de régulation médicale. Près de six mois plus tard, où en est-on ? Le Dr François Braun, président de Samu-Urgences de France, a été reçu ce mercredi par Agnès Buzyn, et dévoile en exclusivité pour 20 Minutes les pistes qui ont été lancées par la ministre.

Vous sortez à l’instant d’une rencontre avec la ministre de la Santé, qu’a-t-elle annoncé ? A-t-elle retenu vos préconisations ?

La ministre a réaffirmé sa volonté d’améliorer la formation des ARM. A cette fin, elle a annoncé la mise en place d’une formation initiale diplômante dès la rentrée 2019. Ce cursus devrait être dispensé sur une année complète de 1.470 heures : 50 % de la formation portera sur un enseignement théorique, et l’autre moitié sera consacrée à l’enseignement pratique, avec des stages. Une articulation de la formation qui correspond à nos préconisations. Cette rencontre a été positive, nous avons le sentiment d’avoir été entendus.

Si une formation diplômante est lancée pour la rentrée 2019, cela ne laisse que quelques mois pour tout mettre sur pied. Avez-vous eu des éléments concrets sur la mise en place de ces annonces ?

Un appel d’offres devrait être lancé afin de monter six à sept centres de formation sur le territoire d’ici le mois de septembre 2019. Ce qui permettra à l’avenir de former environ 200 nouveaux ARM chaque année. Dès le début du mois de janvier, un groupe de travail dédié va être lancé pour élaborer le programme pédagogique de formation. Un groupe auquel les représentants d’urgentistes – Samu - Urgences de France, l'Amuf, la SFMU et le CNUH – seront partie prenante, conjointement avec l'Ancesu (association nationale des centres d’enseignement des soins d’urgence) et l'  UNARM, l'Union nationale des ARM. Ce groupe de travail sera également chargé de plancher sur la formation continue des ARM en poste, comme nous l’avions préconisé, afin d’éviter qu’il y ait un « gap » entre les ARM en poste et ceux qui vont être formés.

Après l’affaire de Naomi Musenga, la ministre de la Santé a reconnu que le problème majeur lié à la profession était l’absence de formation initiale. A ce jour, comment sont formés les ARM ?

L’immense majorité des ARM sont formés sur le tas, dans le cadre de la formation d’adaptation à l’emploi. En clair, ils reçoivent cette formation pratique durant les trois à cinq premières semaines de leur prise de fonctions. Ils sont encadrés et formés par des médecins du Samu et des ARM déjà en poste. Ces formations peuvent tout à fait être dispensées correctement, mais ce n’est pas un cadre permettant de bénéficier des outils modernes de formation destinés aux futurs ARM. Des simulations d’appels ne sont pas toujours au programme. Et de manière plus globale, la durée extrêmement courte de cette formation ne permet d’aborder l’ensemble des connaissances nécessaires à l’exercice de ce métier. Ce mardi a eu lieu la journée nationale de régulation médicale. A cette occasion, nous avons présenté la version 3 du guide de régulation médicale, fruit de deux ans de travail et d’une refonte complète de ce document. Ce guide électronique de 600 pages, didactique et pratique, a vocation à aider et accompagner les ARM au quotidien. C’est une sorte de bible exhaustive qui passe en revue les motifs d’appels et les points clés leur permettant de les traiter au mieux.

L’idée d’harmoniser la formation des ARM fait consensus. Mais quel type de formation préconisez-vous ?

Avec mes confrères, nous avons rappelé la nécessité absolue de mettre en place une formation initiale longue et obligatoire pour les ARM, ce qui permettrait de dispenser un enseignement théorique et pratique complet aux futurs ARM. Il faut du temps pour apprendre les connaissances de base nécessaires à l’exercice de ce métier, acquérir des notions sur les pathologies que les patients pourront leur décrire en appelant le Samu. Et cela requiert beaucoup de temps aussi pour apprendre à prendre en charge un appel, gérer le stress de l’appelant et son propre stress. Pour cela, il faut développer les cours de communication et de psychologie qui permettent d’apprendre à apaiser l’appelant et recueillir les informations essentielles à sa prise en charge médicale. Cette formation initiale longue offrirait aussi le cadre pour un enseignement pratique, avec des stages, des immersions sur le terrain, dans des services d’urgences hospitalières notamment. Cette expérience montrera très concrètement aux futurs ARM les cas auxquels ils seront confrontés lorsqu’ils décrocheront le téléphone une fois diplômés. Et pour les ARM déjà en poste, nous souhaitons que la formation continue soit elle aussi améliorée, toujours dans cet objectif d'harmonisation des savoirs et des pratiques. Tout cela passe nécessairement par l’élaboration d’un programme national, afin que, partout sur l’ensemble du territoire, tous les ARM soient formés de la même manière.

Depuis l’affaire de Naomi Musenga, y a-t-il eu des changements dans la prise en charge des appels par les ARM ?

Nous travaillons par ailleurs à l’harmonisation du scriptage d’appels, pour que chaque appel soit traité de la même manière, peu importe le département dans lequel l’appel au Samu est passé. En juillet dernier, nous avons remis une première copie à la ministre de la Santé. Désormais, nous travaillons sur un deuxième volet de recommandations, consacré à l’amélioration de la régulation des appels. Cela passe notamment par un meilleur traitement des enregistrements de régulation médicale. Dans ce but, nous plaidons pour l’accélération du déploiement du système d’information des Samu – ou Programme SI-Samu –, qui doit fiabiliser et sécuriser le système d’information et les moyens de télécommunication utilisés par l’ensemble des Samu : il s’agit de sortir d’un système pour l’heure départemental et passer à des outils uniformisés sur tout le territoire national. Or, ce système devait être déployé en 2018, or nous arrivons à la fin de l’année et il n’est toujours pas en place. Nous avons évoqué ce point avec la ministre de la Santé, elle nous a entendus et les échéances de déploiement devraient être rapides.

Comment a évolué le métier d’ARM et quel est l’avenir de cette profession, notamment depuis cette affaire Naomi Musenga ?

A ce jour, les ARM sont considérés comme des secrétaires, ils ne sont pas considérés comme exerçant un métier de santé. Au départ, la mission des ARM était davantage administrative s’agissant des informations recueillies auprès des appelants – victimes ou proches –, qui sollicitaient le Samu. Mais cette vision du métier d’ARM était valable il y a quinze ou vingt ans. A l’époque, on vous passait le médecin dès que vous appeliez un centre d’appels d’urgence. Mais depuis ces dernières années, avec l’explosion du nombre d’appels reçus par le Samu et de l’augmentation des missions qui nous sont confiées, leurs tâches ont elles aussi évolué. Désormais, il ne s’agit plus seulement de recueillir les données géographiques de l’appelant ils sont davantage impliqués dans l’identification du problème médical des appelants, et ont parfois des urgences vitales à traiter et ont la capacité de déclencher l’envoi de moyens avant même de transférer l’appel au médecin régulateur. Pour l’heure, à l’issue des échanges que nous avons ce jour au ministère, il n’est pas prévu dans l’immédiat que l’assistant de régulation médicale soit reconnu comme un métier de santé. Mais le plan Ma santé 2022 prévoit une large réforme des métiers de santé, nous avons de grandes attentes, et espérons que ce sera l’occasion de voir évoluer le statut des ARM.