Agressions en hausse: Mais pourquoi tant de haine envers les pompiers?

MALAISE Les agressions de pompiers déclarées ont triplé en dix ans. Les soldats du feu n'hésitent plus à porter plainte…

Jean-Loup Delmas

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Un camion de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris. (Illustration)
Un camion de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris. (Illustration) — SIPA
  1. Le nombre d'agressions de pompier déclarées a augmenté en dix ans.
  2. Cela serait principalement dû au fait que les pompiers hésitent de moins en moins à porter plainte.
  3. Des mesures préventives et de soutien sont prises à leur égard.

C’est un nombre en constante augmentation depuis neuf ans. Dans une note publiée ce mercredi, l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) révèle qu’entre 2008 et 2017, le nombre d’agressions de pompiers déclarées a plus que triplé (+213 %), pour atteindre le chiffre de 2.813 pompiers agressés l’année dernière.

Pourtant, en mai 2014, une enquête réalisée par le cabinet d’études GfK Verein montrait que les pompiers faisaient l’unanimité en France, en étant la profession qui inspirait le plus de confiance, avec un taux record de 99 %. Un sentiment que confirme Leslie*, pompier-volontaire dans les Pyrénées-Orientales : « Dans la vie de tous les jours, on sent surtout un profond respect, et même une reconnaissance pour notre métier. Après on sait qu’en intervention, tout peut arriver. » Avec une si bonne réputation, comment expliquer une telle hausse des agressions ?

Des événements qui restent « minoritaires »

Le chiffre est d’abord à relativiser avec les millions d’interventions annuelles réalisées par les pompiers. En moyenne, six pompiers se font agresser par tranche de 10.000 interventions. Comme le souligne Christophe Soullez, responsable de l’Observatoire, « par rapport aux autres professions exposées aux violences, c’est un chiffre brut relativement bas, si on le compare aux agressions de policiers ou de gendarmes par exemple. On constate que les pompiers jouissent encore d’une image extrêmement positive, et que ces événements, aussi scandaleux soient-ils, sont minoritaires ».

Le responsable de l’ONDRP voit trois raisons principales à la hausse des chiffres : « Il y a d’abord des passages à l’acte en augmentation, mais aussi une meilleure remontée de l’information des agressions, et un abaissement du seuil d’acceptabilité. Les pompiers n’acceptent plus de se faire agresser et le déclarent plus facilement. »

La tolérance zéro

Confirmation auprès des Sapeurs Pompiers de Paris, dont le capitaine Guillaume Fresse explique cette nouvelle politique : « On est passé à la tolérance zéro, à savoir un dépôt de plainte systématique à la moindre agression physique ou verbale. C’est important pour nous, surtout que passer sous silence ce genre d’acte était très mal vécu par le pompier. Une fois la plainte déposée, il peut y avoir des dommages et intérêts, et on voit également que le simple fait de dénoncer via une plainte cette agression, de ne pas passer outre, aide à la reconstruction de la personne. »

A des centaines de kilomètres de là, Leslie* témoigne elle aussi de ce changement de mentalité au sein des pompiers : « Ça m’est déjà arrivé quand je me faisais insulter de ne rien dire. Maintenant, j’en ai marre. Une insulte = une plainte, c’est mieux que de baisser les yeux et faire comme si de rien n’était. »

Loin des clichés et des conclusions hâtives

S’occupant de Paris et de la petite couronne, Guillaume Fresse a vu lui aussi le nombre d’agressions augmenter dans son secteur. Mais il tient à éviter certains clichés trop faciles : « Cela ne se passe pas que dans les quartiers difficiles. Au-delà des gens en détresse sociale, il y a aussi énormément d’agressions dues à une consommation excessive d’alcool ou de stupéfiants. On sait que certaines rues mondaines mais pleines de bars ou de discothèques sont aussi des zones à risque », souligne-t-il.

Depuis début 2018, 293 pompiers ont été agressés dans son secteur, contre 198 sur toute l’année 2017. Une augmentation de 68 %. « En 2018, on devrait atteindre les 525.000 interventions, soit 25.000 de plus que l’an passé. Et fatalement plus il y a d’interventions, plus il y a de risque d’agression », souligne le capitaine.

Christophe Soullez invite lui aussi à bien analyser les chiffres et à ne pas tomber dans les conclusions toutes faites sur un pays de plus en plus hostile. « Par rapport à 2016, le nombre de jours d’arrêt de travail a par exemple baissé de 41 %, note-t-il. C’est surtout les petites violences qui sont mieux répertoriées. »

Des pompiers de plus en plus soutenus et encadrés

Mais le relativisme à ses limites. Les pompiers prennent maintenant de plus en plus de précaution. Les sapeurs pompiers s’entraînent dès leurs formations aux problématiques d’agressions, des psychologues et des accompagnants sont également présents pour le suivi post-agression. L'idée est surtout de prévenir le danger, notamment avec la collaboration de la police. Dans le secteur parisien notamment, la plate-forme d’appel est commune aux deux services. « Dès qu’on a l’information durant l’appel sur un possible danger lors de l’intervention, on envoie également une équipe de police sécuriser la zone. Dès qu’une équipe de pompiers arrive et repère un danger, elle prévient également la police pour là aussi intervenir », explique Guillaume Fresse.

Car ces agressions sont prises très au sérieux : « Il ne faut pas oublier qu’en plus d’être dangereuse pour le pompier, ces agressions mettent en danger la victime, poursuit le capitaine. Lorsqu’on part en intervention, c’est pour sauver les gens en danger, et ce sont ces personnes qui sont les premières à être mises en péril par les agressions. S’en prendre aux pompiers, c’est s’en prendre à l’intégrité des personnes à secourir. »

*Le prénom a été modifié