Pourquoi les débats sur les «gilets jaunes» risquent de torpiller vos repas de fêtes

NOËL Entre la poire et le fromage, il y a fort à parier que les pro et anti « gilets jaunes » s’empoigneront…

Delphine Bancaud

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Illustration d'un conflit familial à propos des gilets jaunes.
Illustration d'un conflit familial à propos des gilets jaunes. — O.JUSZCZAK/20 MINUTES
  • Certains Français appréhendent les fêtes car ils savent que le sujet «gilets jaunes» va immanquablement s’inviter à table et révéler des fractures idéologiques dans les familles.
  • Si les débats sur le sujet atteignent souvent une telle intensité, c’est aussi parce qu'il touche aux valeurs de chacun, à sa conception des inégalités, aux difficultés à trouver sa place dans la société.
  • Pour éviter le pugilat, mieux vaut d’abord poser un cadre à la discussion, ne pas consacrer trop de temps à ce débat et passer à autre chose si l’ambiance s’électrise.

« Les "gilets jaunes" sont un sujet de dispute dans ma famille ! Mon copain et ma sœur participent à ce mouvement alors que je ne l’approuve pas du tout. Tous les samedis c’est la galère et je sens que pour Noël ça va faire des étincelles », confie Marine-Laura à 20 Minutes. Et elle n’est pas la seule dans ce cas, car la crise des « gilets jaunes » risque fort de s’incruster à table entre le foie gras et le la bûche glacée. « Les repas de famille sont en effet propices aux discussions sur des sujets sociétaux, comme ce fut le cas par exemple, pour le mariage pour tous. Chacun a une opinion marquée et veut la partager avec ses proches », observe la psychologue clinicienne, Gene Ricaud-François.

Sauf que la discussion a des chances de tourner au vinaigre, car le sujet est épidermique dans certaines familles : « Les défenseurs du mouvement, tout comme les opposants peuvent rester campés sur leur position et ne pas écouter les arguments de la partie adverse. Un convive "gilet jaune" parlera, par exemple, de ses problèmes financiers, alors qu’un autre, profession libérale, expliquera qu’il a perdu du chiffre d’affaires en raison du conflit. Et cette rigidité des positions peut entraîner facilement le conflit », indique la psychologue praticienne, Karine Danan.

Le sujet « renvoie chacun à son système de valeurs »

Le contexte des fêtes peut d’ailleurs raviver les crispations : « Les membres d’une famille qui n’ont pas vraiment envie de se voir, tiennent un rôle pendant les repas festifs. Mais il suffit parfois d’une discussion un peu trop passionnée pour que l’ambiance dégénère », constate Gene Ricaud-François. Si les débats sur les « gilets jaunes » atteignent souvent une telle intensité, c’est aussi parce qu’il ne s’agit pas d’un sujet purement politique, comme l’analyse Gene Ricaud-François : « Ce mouvement révèle le mal-être des personnes qui ont des difficultés à trouver leur place dans la société ». « Il renvoie chacun à son système de valeurs et interroge sur ce qu’il peut supporter en termes d’inégalités dans la société », complète la psychothérapeute et psychanalyste Virginie Bapt.

Une discussion sur le sujet peut aussi s’embraser parce qu’elle peut réveiller de vieilles rancœurs familiales : « L’un des principaux moteurs des conflits familiaux est la jalousie. Un frère va en vouloir à sa sœur car il pense qu’elle a été l’enfant préférée de ses parents. Ou une sœur va en vouloir à son autre sœur car elle occupe une position sociale supérieure à la sienne. Or, les inégalités sociales dénoncées par les "gilets jaunes" peuvent symboliser les inégalités manifestes au cœur d’une famille », estime Virginie Bapt.

« Il faut éviter de l’aborder en fin de soirée lorsque tout le monde aura un peu bu »

Et l’alcool consommé pendant le repas peut être un facteur favorisant les réactions explosives : « L’alcool est désinhibiteur. Il fait sauter les filtres, rend l’argumentation difficile. D’où la propension de certains à dire des choses brutales », souligne Karine Danan. Avec des conséquences plus ou moins sévères dans les familles : « Certaines personnes peuvent repartir fâchées d’un repas de Noël et rester en froid quelque temps avec des membres de leur tribu », indique Gene Ricaud-François. Les disputes animées peuvent aussi durablement marquer les esprits des plus jeunes : « L’enfant est très réceptif à l’émotionnel. Donc une discussion très vive entre adultes le mettra mal à l’aise. Il aura l’impression qu’il va devoir choisir son camp », indique Gene Ricaud-François.

Alors faut-il tout bonnement éviter le sujet des « gilets jaunes » pour éviter les risques d’orage un soir de fête ? « Non, mais il faut éviter de l’aborder en fin de soirée lorsque tout le monde aura un peu bu. Et il est souhaitable de mettre un cadre à la discussion avant de commencer à entrer dans le vif du sujet. Demander à chacun de s’exprimer, d’écouter les arguments des autres, mais sans pour autant tomber dans le jugement et l’invective », conseille Gene Ricaud-François.

« Il vaut mieux couper court avant d’aller à la confrontation violente »

« Il faut également lâcher la volonté de convaincre l’autre et rester à l’écoute. Puis au bout d’un moment, passer à un autre sujet », complète Karine Danan. « Il faut éviter d’utiliser le "tu" accusatoire ou d’attaquer un membre de sa belle-famille sur ce sujet. Et ne surtout pas généraliser, en disant par exemple, "les gilets jaunes ce sont tous des casseurs" », ajoute Virginie Bapt.

Si malgré ces précautions, le dîner de fête se transforme peu à peu en pugilat, « il vaut mieux couper court avant d’aller à la confrontation violente et rappeler collectivement pourquoi on est là », souligne Karine Danan. « Et si nos mots ont dépassé notre pensée, il faut être capable de présenter des excuses pour avoir tenu des paroles blessantes », recommande Gene Ricaud-François. Et ça c’est souvent ce qu’il y a de plus dur à faire entre proches.