Attentat à Strasbourg: L'auteur présumé Cherif Chekatt sera-t-il inhumé dans un cimetière de la ville?

FUSILLADES Ce mercredi, la famille de Cherif Checkatt a demandé l'inhumation à l'Algérie, mais à Strasbourg (Bas-Rhin) où le terroriste est né et a grandi, un débat entre élus avait été lancé la veille...

Bruno Poussard

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Le tireur présumé du marché de Noël de Strasbourg a été tué rue du Lazaret, deux jours après l'attentat, dans le quartier de Neudorf.
Le tireur présumé du marché de Noël de Strasbourg a été tué rue du Lazaret, deux jours après l'attentat, dans le quartier de Neudorf. — G. Varela / 20 Minutes
  • Plus d’une semaine après l’attentat, la famille de Cherif Checkatt, qui est né et mort à Strasbourg, a finalement demandé l'inhumation en Algérie.
  • Un débat avait été lancé dès ce mardi entre plusieurs élus de la capitale alsacienne : l’auteur présumé de l’attaque peut-il être inhumé à Strasbourg ?
  • Le maire Roland Ries était plutôt contre alors que son adjoint Eric Schultz militait pour une « solution intermédiaire » avec une tombe anonyme, notamment.

[EDIT: En fin d'après-midi ce mercredi, France 3 a révélé que la famille a demandé l'inhumation en Algérie, une information confirmée à 20 Minutes]

En fin de matinée ce mercredi, aucune demande n’avait été formulée auprès de la ville de Strasbourg (Bas-Rhin). Une fois l’examen médico-légal fini plus d’une semaine après l’attentat, c'est légalement à la famille de Cherif Checkatt, l’auteur présumé, de la formuler. Ses proches ont finalement demandé son inhumation en Algérie, selon une information de France 3 confirmée à 20 Minutes. Reste maintenant à connaître la réaction du pays d'Afrique du Nord.

Le débat avait été lancé dès mardi : peut-il être inhumé dans la capitale alsacienne ? Auprès de plusieurs de nos confrères, le maire Roland Ries et son premier adjoint Alain Fontanel se sont personnellement plutôt prononcés contre. En mettant tous deux en avant un risque « de trouble à l’ordre public » selon eux. Des échanges à ce sujet ont eu lieu entre élus, mais cette éventuelle décision finale là-dessus revient au maire de Strasbourg. Où Cherif Checkatt est né et a grandi.

La loi et une décision du Conseil d’Etat à ce sujet

La loi (et plus précisément le Code général des collectivités territoriales) affirme, elle, qu’une sépulture dans un cimetière d’une commune est notamment due « aux personnes décédées sur son territoire » ou « aux personnes domiciliées sur son territoire ». Plusieurs maires ont néanmoins tenté de refuser l’inhumation de terroristes récemment. Tous n’ont pas obtenu gain de cause.

Ainsi à Toulouse, malgré une position similaire à celle du maire de Strasbourg, Mohamed Merah avait été inhumé de manière anonyme, en catimini et sous très haute surveillance dans le carré musulman d’un cimetière en périphérie de la ville en 2012. Depuis, le Conseil d’Etat a toutefois autorisé un maire à s’y opposer pour la « sauvegarde de l’ordre public » en 2016.

La possibilité, sinon, d’une tombe anonyme

Le père de Mohamed Merah avait aussi formulé une demande d'inhumation en Algérie, qui l'avait refusée à la dernière minute. Si jamais la demande revient à Strasbourg, le maire Roland Ries devra définitivement trancher. Chargé du service funéraire, l’adjoint Eric Schultz lui a fait part de sa position différente, en faveur du respect de la loi imposée à tous les citoyens, mais dans des conditions spéciales : « C’est un débat compliqué et extrêmement sensible. »

« On ne peut pas traiter Cheriff Checkatt comme un défunt ordinaire, sa tombe pourrait donner lieu à des dégradations répétées ou un pèlerinage malsain. Il faut à tout prix éviter ça. Mais que fait-on ? »

Comme les frères Kouachi et Amedy Coulibaly, inhumés dans la plus grande discrétion en banlieue parisienne après les attentats de janvier 2015, Eric Schultz militait ce mercredi matin pour une « solution intermédiaire » : une tombe anonyme, dans un lieu et à un moment non dévoilés, en lien avec la police et la justice. « Ça permettrait d’éviter les dégradations, les tensions et les messages contradictoires. »

Un débat lancé entre les élus de la ville

L’adjoint au maire précisait : « Ce serait un moyen de rappeler que la loi s’applique, qu’elle est la même pour tous, de ne pas se dédouaner parce qu’il est né, il a grandi et qu’il a peut-être connu sa dérive [radicale] ici, et d’aller vers l’apaisement parce que si on le renvoie ailleurs, on dit aux gens d’origine étrangère qu’ils ne seront jamais complètement chez eux à Strasbourg. »

« Très réservée », l’élue d’opposition (Agir) et ex-maire Fabienne Keller disait partager « le sentiment de la majorité des Strasbourgeois qui demande que le corps de ce terroriste ne soit pas inhumé dans notre ville. » La sénatrice prolongeait : « Le temps est encore à l’émotion pour les victimes décédées et les blessés à l’hôpital. Le droit devra être précisé pour savoir ce qui peut être décidé. » En fonction de la décision de l'Algérie.