«Des regards perçants comme des aigles», le photographe Valéry Hache raconte son portrait des «deux Marianne»

COULISSES La photo prise samedi et publiée dans le monde entier a été très commentée…

Fabien Binacchi

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La photo de Valéry Hache a fait le tour du monde
La photo de Valéry Hache a fait le tour du monde — AFP
  • Samedi sur les Champs-Elysées, le photographe niçois de l’AFP Valéry Hache a pris une photo qui a depuis fait le tour du monde.
  • Prise en marge d’une manifestation des « gilets jaunes », elle montre une gendarme en tenue d’intervention et une artiste en tenue de Marianne se faire face.
  • Les commentaires se concentrent sur ces deux représentations de la République.

Le cliché fait le tour du monde. Manifestation des «gilets jaunes» samedi matin à Paris. Deux femmes qui se font face, semblant se toiser du regard. L’une est gendarme en tenue d’intervention, l’autre est une artiste en « performance », bonnet phrygien sur la tête et sein découvert. Depuis la publication de la photo, signée par Valéry Hache, les commentaires se multiplient sur la représentation de ces deux Marianne. Le photographe niçois de l’Agence France Presse (AFP) raconte la scène.

« Je suis venu couvrir la manifestation en renfort. Arrivé sur les Champs-Elysées vers 8h, pour faire des photos d’illustration de la mise en place des véhicules blindées, j’ai aperçu un groupe de cinq jeunes femmes à la peau maquillée argentée. Ça m’a interloqué. J’ai pensé à des Femen, puis finalement je me suis dit qu’elles devaient sortir de soirée. Je suis passé à autre chose », explique le photoreporter.

« Elles se sont cherchées du regard »

Mais les choses se sont accélérées. Les membres de ce petit groupe laissent tomber leur veste. En dessous, la même tenue rouge laissant la moitié de la poitrine découverte et une capuche piquée d’une cocarde tricolore. Emmenées par l’artiste Deborah de Robertis, ces jeunes femmes en tenue de Marianne partent en direction d’un escadron de gendarme.

« Il y avait plein de journalistes et moi j’avais déjà 30 secondes de retard. J’ai essayé de me faufiler et j’ai vu les deux femmes se faire face. J’ai remarqué leur ressemblance. Les mêmes yeux, le même nez, les cheveux tirés en arrière. Pendant quelques secondes, elles se sont cherchées du regard. C’était perçant. Comme deux aigles. »

L’image de la République en question

Bloqué contre un bouclier de gendarme, coincé entre « un photographe en dessous et un au-dessus » de lui, avec la caméra d’une équipe de télévision « sur l’épaule », Valéry Hache a juste le temps de régler son appareil : « Au 35 mm et avec une profondeur de champ à 2.8 pour que l’arrière-plan se détache. J’ai réussi à prendre deux photos. » Depuis, son appareil directement connecté en 4G, le photographe transmet les photos à sa rédaction en deux minutes. « Cinq minutes après » elles étaient publiées par l’AFP, mises à la disposition des rédactions du monde entier.

Cette photo (sur une cinquantaine signées Valéry Hache et publiées sur le fil de l’AFP) est republiée maintes et maintes fois et largement commentées. Certains s’opposant sur la véritable image de Marianne, de la République. La femme gendarme ou son interprétation artistique ? Valéry Hache, lui, ne tranche pas. « Ce n’est pas mon boulot de journaliste. J’étais juste là pour rapporter les meilleures images possible. »