Justice: L'assassinat du juge Renaud évoqué pour la première fois devant un tribunal

JUSTICE L’ex-magistrat Georges Fenech a intenté un procès en diffamation contre Francis Renaud, le fils du juge assassiné en 1975 dans des circonstances qui n'ont jamais été élucidées...

20 Minutes avec AFP

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Le juge François Renaud en 1975.
Le juge François Renaud en 1975. — STF / AFP

Quarante-trois ans après l’assassinat du juge lyonnais François Renaud, cette affaire jamais élucidée a été évoquée pour la première fois devant un tribunal lundi lors d’un procès en diffamation intenté par l’ex-magistrat Georges Fenech contre Francis Renaud, le fils de la victime assassinée dans la nuit du 2 au 3 juillet 1975.

« On a fait le procès qui n’aura jamais lieu », a estimé la procureure en soulignant la « bonne foi » du prévenu dans cette affaire. Dans un documentaire diffusé en juillet 2015 sur France 3 intitulé Le juge Renaud : un homme à abattre, il était notamment avancé par Francis Renaud que dans cette affaire d’assassinat dont l’instruction, restée infructueuse, a duré 17 ans, « la raison d’Etat » avait « triomphé ».

« Dysfonctionnement grave de nos institutions »

Arguant de sa bonne foi, la procureure a demandé au tribunal correctionnel de Versailles de relever le prévenu des fins de la poursuite. Même réquisition pour la responsable de la maison de production du documentaire, Mano a mano, son réalisateur et deux témoins de l’époque s’exprimant dans celui-ci qui comparaissaient également sur le banc des prévenus.

« Je ne suis pas là pour crier vengeance, il y a prescription » depuis 2002 dans ce dossier « et je respecte la justice de mon pays, mais il y a eu dysfonctionnement grave de nos institutions et mon père en est la victime », a déploré Francis Renaud, co-auteur du documentaire, dont trois passages sont incriminés.

Pour lui, son père est mort assassiné par un commando armé en 1975 en pleine rue à Lyon parce qu’il s’intéressait au financement du parti UDR à travers certains hold-up imputés au « gang des Lyonnais » en lien avec le Service d’action civique (SAC, considéré comme la police parallèle du pouvoir gaulliste).

« Vous venez me jeter en pâture »

Une thèse repoussée par l’ancien juge d’instruction et ex-député LR du Rhône, qui a mis un point final à ce dossier en rendant un non-lieu en 1992. « Quand j’ai été désigné comme juge d’instruction dans ce dossier, j’ai fait venir le chef de la PJ de Lyon et je lui ai dit : "pour moi, c’est le dossier numéro 1" », a argué Georges Fenech, dernier des cinq magistrats qui se sont succédé sur celui-ci.

« On a beaucoup travaillé » et « la vérité du dossier, c’est que François Renaud a été tué par la pègre lyonnaise », a-t-il dit. « Il n’y a jamais eu la moindre chose qui ait pu accréditer la thèse de l’assassinat politique », a-t-il ajouté.

Pourtant Francis Renaud en est certain : « il y avait quelque chose d’anormal » dans cette affaire. Son père lui avait dit la veille de son assassinat qu’il était sur un gros dossier et qu’il risquait sa vie pour ça, a-t-il raconté devant le tribunal. « Vous venez me jeter en pâture », s’est indigné Georges Fenech rappelant que dans le reportage Francis Renaud explique qu’il est le juge qui a « tué le dossier ».

« Francis Renaud n’a rien contre vous mais il a un sentiment d’injustice et vous l’incarnez », a répliqué Me Laurent Boyon, avocat du prévenu. La décision est attendue le 18 février 2019.

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