Pourquoi ils et elles sont devenus végétariens? «Je mangeais mes tranches de jambon sans imaginer les cris de la truie»

TEMOIGNAGES Lizzie, Romain et Axelle sont devenus végétariens il y a quelques années pour différentes raisons et ils nous expliquent leur cheminement et leurs découvertes…

Oihana Gabriel

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Certains Français ont choisi de dire non à la viande et au poisson, trois d'entre eux nous expliquent leurs raisons.
Certains Français ont choisi de dire non à la viande et au poisson, trois d'entre eux nous expliquent leurs raisons. — Pixabay
  • A quelques jours de Noël et après la récente COP24, 20 Minutes donne la parole à trois végétariens qui ont accepté de raconter leur parcours.
  • Bien-être animal, santé et écologie, ces trois motivations se mêlent dans le choix de Lizzie, Romain et Axelle.

Et si on faisait une raclette sans charcuterie, un déjeuner familial sans rôti, un sushi sans saumon et un pique-nique sans rillettes ? Si vous ne grimacez pas devant cette invitation, c’est sans doute que vous avez dans votre entourage proche ou lointain (ou que vous êtes) un végétarien. Un mode de vie, encore confidentiel aux pays de la bonne chère, qui prend de l’ampleur.

Selon une étude de l’échantillon de consommateurs Kantar Worldpanel, dévoilée par Le Monde, 1,9 % des ménages français comptaient au moins un végétarien en 2017, plus qu’en 2016 (1,7 %) et encore plus qu’en 2015 (1,5 %). Sans compter les nombreux flexitariens, dont vous faites peut-être partie sans le savoir : ce sont des personnes qui mangent très peu de viande. Selon une étude du Crédoc,​ la consommation de viande a baissé de 12 % entre 2007 et 2017. A l’occasion d’une série d’articles sur la viande et le véganisme, 20 Minutes a interviewé trois personnes qui ont fait le choix de renoncer totalement à la viande et au poisson pour évoquer leurs raisons, le quotidien et leurs découvertes.

Romain, 39 ans, Francilien, végétarien depuis deux ans et demi

« Quand je cuisine, c’est vegan. Mais ma femme est plutôt végétarienne et je n’avais pas envie de mettre le feu dans mon couple et d’avoir deux frigos séparés… Ça a été un choix progressif. Au début, j’ai regardé des documentaires à la télé sur la viande industrielle, notamment sur les colorants dans le jambon sous vide. J’ai commencé par me dire que ce serait mieux d’y renoncer pour prendre soin de soi. C’était à ce moment que j’ai eu ma première fille, et la parentalité pousse à s’interroger sur ce qu’on veut mettre dans l’assiette de nos enfants. On a d’abord acheté notre viande uniquement chez le boucher, meilleure, plus chère et donc moins souvent. Et à force de découvrir des reportages et des documentaires, notamment je me souviens de Earthlings (Terriens), cela a provoqué la bascule pour devenir végétarien.

C’est très difficile pour moi de mettre un couvercle sur cette réalité d’une humanité qui court à sa perte.

Finalement, j’ai commencé par changer mon alimentation d’abord pour des raisons de santé, puis de bien-être animal et à force de lire, de me renseigner, c’est l’aspect écologique qui aujourd’hui prime dans cette décision. Et ça a été le début d’un vrai changement de consommation. On ne peut plus dire qu’on n’était pas au courant. On sent l’urgence de faire quelque chose donc je fais ce que je peux : je cuisine les légumes de l’Amap, je fais du vélo, j’ai un fairphone… Ce n’est pas parfait, il y a toujours des incohérences. Par contre, il faut raisonnablement pouvoir discuter sans agresser ou culpabiliser les autres. Sinon on ne va pas créer un nous. C’est un peu dangereux d’aller voir toutes les vidéos L214​, personnellement j’ai arrêté, maintenant que je sais pourquoi je fais tout ça, je n’ai plus besoin de me convaincre et d’argumenter. »

Axelle, 16 ans, lycéenne à Mougins (Provence-Alpes-Côte d’Azur), végétarienne depuis un an et demi

« Cela faisait un petit moment que j’y réfléchissais, je n’aimais pas tellement la viande et je me sentais mal en mangeant des animaux. J’ai regardé le film Okja  [film coréen qui raconte le combat d’une petite fille pour sauver son gros animal tendre] qui m’a beaucoup marqué. Du jour au lendemain, j’ai voulu être vegan, mais c’était vraiment compliqué avec mes parents qui mangent et viande et produits laitiers. J’ai commencé par arrêter la viande et au bout de deux mois, j’ai renoncé aussi au poisson.

Un choix qui a inquiété mes parents au début. Les deux premiers mois, les gens disaient “c’est pas sérieux”, “c’est une passade”, mettaient ça sur le compte de la crise d’ado… Je connais des gens qui ont arrêté, à cause des railleries. J’ai un frère qui ne mange que de la viande. Quand mon père cuisinait des risottos avec du poulet, au début j’enlevais tous les bouts un par un. Après, on a fait des protéines végétales dans le risotto. J’ai été à des dîners où je ne pouvais rien manger. On passe pour une personne égoïste ou compliquée alors que j’ai toujours tout mangé dans mon assiette !

Petit à petit, je me suis renseignée sur ce qui pouvait remplacer les protéines, et je mange pas mal de soja, d’œufs, de lentilles, de quinoa… C’est important, surtout à l’adolescence, quand on n’a pas fini sa croissance. Depuis que je suis végétarienne, je mange mieux. Et je me sens plus légère, c’est comme si je voulais arrêter depuis longtemps et que maintenant que c’est fait, je me sens fière. Et contrairement aux préjugés, les protéines végétales, ça fait gagner du muscle ! Certains croient que les végétariens deviennent forcément tout maigres. C’est pas du tout le cas, j’ai plutôt amélioré mes performances en boxe et athlétisme.

Je trouve qu’il y a plus de jeunes végétariens que chez les personnes plus âgées. Ce n’est pas une mode, mais une prise de conscience.

Dans ma classe de première l’année dernière, un quart des élèves étaient végétariens et deux ou trois vegans. Cela prend de l’ampleur aussi parce que le régime végétarien devient plus accessible : les produits végétaux sont de moins en moins chers et il y a plus d’offres par exemple dans les rayons végétariens des supermarchés. »

Lizzie, 33 ans, Parisienne et végétarienne depuis quatre ans et demi

« J’étais très carnivore, donc autant dire que ce n’est pas par goût ! C’est un article du journaliste Chris Hedges qui expliquait combien il était difficile d’être anti capitaliste, écologiste ou de gauche sans être végétarien. Je me suis dit, c’est quoi cette histoire ? Quand on est un peu contre la surconsommation en général, c’est vrai que manger du saucisson en apéro, du saumon en entrée et de la viande en plat, ça fait beaucoup ! A l’époque, c’était très déconnecté de moi la mort de l’animal. Je pouvais manger mes tranches de jambon sans imaginer une seconde les cris de la truie. Mais aujourd’hui, on est de plus en plus noyés par des images choquantes : la maltraitance des animaux, la pêche intensive… Cela a commencé à m’écœurer de manger viande et poisson. Même quand c’est délicieux, quand tu vois des sushis shops à tous les coins de rue, ce n’est pas étonnant que cela déséquilibre la chaîne alimentaire…

Je culpabilisais de prendre l’avion et je me suis rendu compte qu’arrêter de manger de la viande de bœuf pouvait avoir un effet plus fort sur l’environnement…

Ce qui est assez agréable, c’est que mon copain a eu le même mouvement, je ne suis pas sûre que j’aurais réussi à devenir végétarienne si j’avais été seule. En ce moment, je suis enceinte donc je dois faire assez attention à bien équilibrer mes repas. Il arrive qu’on s’autorise de manger du poisson, très occasionnellement, mais ça devient une célébration, on va chercher un poisson local, frais, sur un marché…

Progressivement, mon entourage s’est adapté. Ces questionnements, c’est un peu contagieux ! J’ai deux ou trois amis qui ont sauté le pas. Et quand au restaurant il n’y a aucun plat végétarien, je fais mon petit laïus. Aujourd’hui, on est tiraillé entre des images hyper alarmistes sur l’environnement et un laisser-aller dans la réalité, alors faire un petit ou un grand effort, ça fait se sentir bien. Pour notre enfant, on ne lui imposera pas d’être végétarien, mais il saura d’où vient la viande. Le neveu de mon copain à 7 ans est arrivé en larmes un jour, lors d’un repas familial : mais papa, le jambon, en fait c’est du cochon… Il était atterré par cette découverte, et encore plus que son père soit au courant et qu’il n’en soit pas choqué. Il ne mange plus de viande depuis un an… »