«J'aime bien les "gilets jaunes", sauf le samedi»... Que pensent les enfants de la crise actuelle?

VOUS TEMOIGNEZ «20 Minutes» a interrogé des parents et des enfants pour savoir ce que les petits et les adolescents percevaient du mouvement des «gilets jaunes»...

Delphine Bancaud

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Des enfants lors d'une manifestation de "gilets jaunes" à Pau le 18 novembre 2018. Crédit:QUENTIN TOP/SIPA.
Des enfants lors d'une manifestation de "gilets jaunes" à Pau le 18 novembre 2018. Crédit:QUENTIN TOP/SIPA. — SIPA
  • Depuis près d’un mois, beaucoup d’enfants entendent parler du mouvement des « gilets jaunes » à la maison et à l’école, voient les images des manifestations à la télévision et se sont fait une idée de la crise sociale qui secoue actuellement la France.
  • Si l'on aurait pu croire que les plus petits n’avaient rien compris à cette crise, force est de constater que ça n’est pas le cas.
  • Si les opinions des enfants reflètent souvent celles de leurs parents, beaucoup d’entre eux avouent avoir peur face aux violences et aux destructions provoquées par certains manifestants.

« Les "gilets jaunes", ils ont des problèmes d’argent et ils payent trop d’impôts », raconte à 20 Minutes, Nathanaël, 11 ans. Comme lui, depuis près d’un mois, beaucoup d’enfants entendent parler du mouvement des « gilets jaunes » à la maison et à l’école, voient les images des manifestations à la télévision et se sont fait une idée de la crise sociale qui secoue actuellement la France.

« Au départ les "gilets jaunes" ont manifesté car ils n’étaient pas contents de la hausse du carburant que le Président avait décidée pour que les gens arrêtent de rouler au diesel. Après, une partie des "gilets jaunes" et les casseurs ont commencé à détruire des boutiques et se sont attaqués à l’Arc de Triomphe », explique Anaïs-Rose, 12 ans. « Ils ont raison, car chez nous aussi c’est dur, on n’a pas toujours ce qu’on aimerait », commente aussi Thomas, 11 ans.

« Tout est cher et les gens ils en ont marre ! »

Et si l’on aurait pu croire que les plus petits n’avaient rien compris à cette crise, force est de constater que ça n’est pas le cas. « Les "gilets jaunes", ils sont en colère contre Emmanuel Macron parce que tout est cher ! Le manger c’est cher, l’essence c’est cher, les jouets c’est cher. Tout est cher et les gens ils en ont marre ! », a ainsi lancé Appoline, 4 ans, à son papa. Quant à Anna, 4 ans, elle a posé plein de questions à son père lorsque des « gilets jaunes » ont arrêté sa voiture. Avant de conclure : « Moi, je veux bien aller sonner au palais du Président et je lui dirai : "pourquoi est-ce que tu fais l’essence trop chère ?" ».

Les opinions des enfants reflètent-elles souvent celles de leurs parents ? C’est le cas de celles de Manoa, 4 ans et demi, dont la maman fait partie des « gilets jaunes ». « Mon compagnon et moi nous nous relayons pour participer souvent à des manifestations devant la préfecture de l’Ariège. Du coup, on lui a expliqué la situation et il a voulu nous accompagner lors de certaines manifs. Il met son imperméable jaune pour l’occasion. Et ces derniers jours il répète souvent : "le Président doit partir" », confie Esther. Idem pour Noam, 5 ans, qui vit à La Réunion et qui n’a pas eu école pendant deux semaines, en raison du mouvement de contestation : « Je lui ai expliqué que nous travaillons beaucoup son père et moi. Qu’en ce moment, nous payons beaucoup de taxes et que c’était pour cela que les gens étaient en colère. Je lui ai dit que j’étais d’accord avec eux. Il a alors crié "bon courage" à chaque barrage des "gilets jaunes" et a comparé leur situation à l’histoire de Robin des bois. Il m’a aussi demandé s’il pouvait avoir un gilet jaune pour Noël », raconte Manon, sa mère.

« Maman, ils vont gâcher Noël les "gilets jaunes" »

Mais certains enfants ont été marqués par les images des violences lors des manifestations, à l’instar de Nathanaël : « Ça m’a fait peur quand j’ai vu les images des villes en feu, des voitures retournées », confie-t-il. « Les "gilets jaunes", je ne veux pas en entendre parler », répète de son côté Alexis, 7 ans à ses parents dès que le sujet vient sur la table. Idem pour Victor, 5 ans et demi : « Oh, non, on parle de ça encore », s’est-il écrié en regardant le journal télévisé avec ses parents.

« J’ai peur », a également lancé Arno, 8 ans, en apercevant quelques images des violences urbaines sur Internet. « On l’a rassuré, en faisant des liens avec l’histoire de France et en lui disant qu’il fallait parfois descendre dans la rue pour améliorer ses conditions de vie », indique Isabelle. « Maman, ils vont gâcher Noël les "gilets jaunes" », s’inquiète de son côté Hermione. « Je comprends que les "gilets jaunes" manifestent, mais pas en cassant tout », s’offusque aussi Anaïs-Rose. « J’aime bien les "gilets jaunes", sauf le samedi », complète son frère, Maximilien, 8 ans.

« Macron, il doit réconcilier les Français »

Et le bras de fer des « gilets jaunes » avec le gouvernement s’exporte aussi dans les cours de récré. « On en parle avec mes amis. Beaucoup d’entre eux sont pour les "gilets jaunes" », raconte Anaïs-Rose. « L’autre jour, ma fille de 7 ans est revenue de l’école en nous disant qu’elle s’était fâchée avec des copines qui étaient pour les "gilets jaunes". Nous lui avons alors dit que ce n’était pas un sujet pour les enfants lors de la récré et qu’il fallait respecter les opinions de chacun car nous avons la chance d’être dans un pays où nous sommes libres de penser ce que nous voulons », raconte Ajudel, qui a répondu à notre appel à témoins. « Entre copains, quand l’un de nous s’énerve dans la cour, on lui dit "ne fais pas ton gilet jaune" », ironise quant à lui Nathanaël.

Mais qu’ils soient pour ou contre les « gilets jaunes », les enfants se retrouvent sur un point : ils espèrent que le climat social va s’apaiser en France. C’est le cas des enfants de Sophie, qu’elle a surpris des outils de bricolage à la main : « On répare Paris car les "gilets jaunes" ont tout cassé », lui ont-ils expliqué. « Macron, il doit réconcilier les Français », estime de son côté Maximilien. « Le président, il a fait un énorme effort au journal télévisé. J’ai retenu qu’il allait hausser le Smic. Il ne faut pas en demander toujours plus », déclare de son côté, Anaïs-Rose.