Emotions et enfants: «L’apprentissage de la langue des émotions devrait être obligatoire à l’école!»

INTERVIEW On découvre petit à petit combien l’intelligence émotionnelle est fondamentale dans tous les domaines. Comment familiariser les enfants avec leurs émotions ? La coach Eveline Bouillon nous livre quelques conseils.

Propos recueillis par Oihana Gabriel

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Illustration d'une petite fille en colère.
Illustration d'une petite fille en colère. — Pixabay
  • Self-control, résilience, empathie… Voilà autant de notions qu’on a longtemps méprisées ou méconnues mais qui de plus en plus sont valorisées.
  • Connaître ses émotions et les exprimer est important dans la vie personnelle comme professionnelle.
  • Et cette langue des émotions, il faut l’apprendre aux enfants dès le plus jeune âge, voilà ce que prône Eveline Bouillon, coach et spécialiste de l’intelligence émotionnelle que « 20 Minutes » a rencontrée.

Quand votre enfant se roule par terre et hurle parce qu’il veut un deuxième chocolat, il arrive qu’on s’interroge sur comment faire pour gérer ses propres émotions… et lui apprendre à écouter et réguler les siennes. Alors que 20 Minutes vous propose ce mercredi un podcast consacré aux mystères des émotions et aux méandres de nos cerveaux, nous avons donné la parole à Eveline Bouillon, coach et auteure de deux ouvrages bien utiles Quotient émotionnel (avec nombre de tests) et Mon carnet de coaching 100% émotions. 

C’est quoi l’intelligence émotionnelle ?

La capacité de réguler les émotions que l’on ressent. L’important, c’est l’adaptation de la réaction : est-ce qu’elle est proportionnelle ? Un exemple très concret : on vous marche sur le pied, il est normal d’avoir un réflexe instinctif de défense, mais pas de taper la personne. Si vous avez des réactions disproportionnées, malvenues ou désagréables, c’est symptomatique d’une difficulté à gérer une émotion. Une des règles de base : si on étouffe trop les émotions, elles explosent. L’intelligence émotionnelle, pour la découvrir, il faut la vivre. C’est comme un muscle, plus on l’entraîne, plus on est habile…

Pourquoi est-ce important de parler d’émotions aux enfants ?

On a longtemps méconnu ce langage. Mais cela avance ! On se rend compte que c’est assez facile de faire beaucoup de bien en gérant mieux ses émotions. Ceci dit, les enfants ont une meilleure régulation des émotions que les adultes. Ils ont une grande capacité de résilience, ils sont profondément adaptables. Développer l’intelligence émotionnelle des enfants est une excellente idée. Cela leur servira aussi bien dans leur vie de couple, leur vie professionnelle, sociale… Et le plus tôt, le mieux ! C’est comme une langue. Donc plus tôt on la parle, mieux on est équipé ! La plupart du temps on se rend compte qu’un enfant sensibilisé aux émotions va développer une attention à lui-même et aux autres.

Toutes les émotions peuvent être bénéfiques
Toutes les émotions peuvent être bénéfiques - Pixabay

C’est tout de même compliqué de dire à son enfant : « écoute tes émotions, mais arrête de faire des colères »…

C’est tout le problème… Les bébés ont une intelligence émotionnelle très forte : si la maman va bien ou mal, ils le sentent. Mais la sociabilisation gomme cette intelligence. On apprend avec la collectivité à se tenir, à moins écouter ses émotions au profit du groupe. Et c’est dommageable. On peut aider un enfant à maîtriser lui-même ses émotions sans le canaliser, le bloquer. C’est beaucoup plus formateur pour un petit. Cela passe par plusieurs étapes : j’accueille mon émotion, j’essaie de comprendre, de verbaliser, j’essaie d’observer et comprendre l’émotion de l’autre et donc d’adapter ma réaction.

Concrètement, si un enfant fait une grosse colère, on fait quoi ?

Je conseille au parent de s’asseoir à côté de lui et de lui expliquer : « je vois que tu ne vas pas bien, qu’est-ce qui se passe en toi, qu’est-ce que tu ressens ? » Rien que ça, on aide l’enfant à se connecter à ses émotions au lieu de casser le lien entre conscient et émotionnel. Par contre, « pourquoi » n’est pas la bonne question, c’est trop général et rationnel. Mieux vaut choisir une question précise sur un moment de la journée, comme « il s’est passé quelque chose à la cantine ? » L’enfant a besoin qu’on acte sa colère, mais aussi qu’on lui donne l’espoir de trouver une sortie. C’est important de lui dire qu’on a confiance en lui, qu’il est capable de gérer cette colère. Les Anglo-Saxons sont d’ailleurs beaucoup moins dans la prise en charge de l’émotion que nous, ce n’est pas pour rien que « self-control » et « fair-play » n’ont pas été traduits de l’anglais, on n’a pas d’équivalent…

Comment aider son enfant à développer cette intelligence émotionnelle ?

La première chose, c’est que les adultes soient plus à l’aise avec leurs émotions. Si on intervient tout le temps soit avec un câlin ou des cris, on ne l’aide pas à gérer seul sa colère. L’apprentissage des petits se fait en miroir, s’il voit son père ou sa mère hurler, il va avoir du mal à se calmer. En revanche, je conseille aux parents de verbaliser, de dire même à un bébé : « je vais sortir de la chambre pour me calmer, je ne t’abandonne pas, on se reparle dans deux minutes ». C’est sûr, cela demande de la patience ! On peut aussi pour approfondir ses connaissances apprendre les différentes phases de développement de l’enfant. Et acheter des livres (La couleur des émotions, Le livre des émotions, A l’intérieur de moi…) pour lui en parler régulièrement. Les parents qui veulent aller plus loin peuvent participer à des ateliers de communication non violente, sur l’intelligence émotionnelle, sur la discipline positive.

Comment faire pour aider ses élèves ou ses enfants à apprendre cette langue des émotions ?

L’apprentissage de la langue des émotions devrait être obligatoire à l’école ! Dans plein de pays, notamment Suède et Norvège, les enseignants ont mis en place des ateliers de sensibilisation aux émotions dès la maternelle. Et en France, ça commence. Des enseignants proposent des dessins de visages en colère, contents, fatigués, excités et chaque enfant donne sa météo intérieure. Ou alors ils choisissent une image de soleil, nuage, pluie et les élèves disent où ils en sont.