Blocage des lycéens: Y a-t-il eu des mesures répressives excessives contre des jeunes?

SOCIAL Alors que 170 établissements étaient perturbés mardi matin selon le ministère de l’Education, les critiques se multiplient sur le traitement réservé à certains manifestants…

Delphine Bancaud

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Dans le cadre de la contestation des Gilets jaunes, des face à face ont opposé des lycéens et des policiers àMontpellier, donnant lieu à six interpellations en deux jours. Crédit:Xavier Malafosse/SIPA.
Dans le cadre de la contestation des Gilets jaunes, des face à face ont opposé des lycéens et des policiers àMontpellier, donnant lieu à six interpellations en deux jours. Crédit:Xavier Malafosse/SIPA. — SIPA
  • Lors d’une conférence de presse ce mardi, la FCPE (Fédération des conseils de parents d’élèves), l’UNL (l’Union nationale lycéenne) et le Saf (Syndicat des avocats de France) ont dénoncé le traitement réservé aux lycéens lors des manifestations de ces dernières semaines.
  • C’est d’abord l’intervention parfois musclée des forces de l’ordre qui est critiquée.
  • Mais aussi les interpellations, les gardes à vue et la manière dont elles se tiennent.

Les images de l’interpellation de masse de lycéens à Mantes-la-Jolie (Yvelines), à genoux et les mains sur la tête, qui ont circulé la semaine dernière sont encore dans toutes les têtes. Et les blocages des lycées par des élèves manifestants ces dernières semaines contre plusieurs réformes éducatives ont parfois été marqués par de vives tensions entre les jeunes et les forces de l’ordre (caillassages, voitures renversées…).

Conséquence : une petite musique dénonçant le traitement réservé aux lycéens lors des manifestations se fait de plus en plus entendre. La preuve encore ce mardi où la FCPE (Fédération des conseils de parents d’élèves), l’UNL (l’Union nationale lycéenne) et le Saf (Syndicat des avocats de France) ont condamné lors d’une conférence de presse « les atteintes graves à la liberté de réunion, de la manifestation et d’expression dont sont victimes les jeunes manifestants en raison d’un usage clairement disproportionné de la force publique ».

Plusieurs cas de lycéens blessés dénoncés

C’est d’abord l’intervention parfois musclée des forces de l’ordre qui est critiquée : « Il y a une sorte de répression policière inacceptable. La démocratie nécessite de respecter ses interlocuteurs », fustige Rodrigo Arenas, président de la FCPE. « Depuis le début de la mobilisation, des centaines de lycéens ont été interpellées sans motifs réels. Des dizaines de lycéens ont été atteints à la tête par des tirs de lanceur de balles de défense (LBD). D’autres ont été la cible de gaz lacrymogènes », estime la Fidl (Fédération indépendante et démocratique lycéenne) dans un communiqué. Certaines affaires commencent aussi à remonter. Ce mardi, un lycéen de 17 ans a été légèrement blessé par un tir de LBD lors d’incidents devant un lycée de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). « Les policiers ont utilisé des grenades lacrymogènes et, les jets de projectiles continuant, ont tiré au LBD. Un lycéen de 17 ans a été touché à la tête », a précisé une source proche de l’enquête.

Un lycéen de Lyon gravement blessé à l’œil au cours d’une manifestation la semaine dernière, a porté plainte avec ses parents contre la police pour « violences volontaires », a indiqué ce mardi leur avocat à l’AFP. Selon Me Maxence Pascal, cette blessure a été causée par un tir de lanceur de balles de défense (LBD). Mais selon une source policière jointe par l’AFP, une enquête de l’IGPN a été ouverte. « On peut déjà dire qu’aucune faute n’a été relevée côté policier », a précisé cette source. « Le jeune homme a été vu en train de lancer des projectiles vers les policiers et la réponse s’est faite dans les règles », a-t-elle ajouté, contestant l’usage de balles de défense.

Les gardes à vue choquent

Autre point de crispation : les interpellations de lycéens. Selon Louis Boyard, le président de l’UNL « 1.000 lycéens ont été interpellés en une semaine » en marge des manifestations. « Des enfants sont placés en garde à vue, sont présentés devant les juges et les parquets font des réquisitions de mandat de dépôt. C’est traumatisant. La justice des mineurs est clairement instrumentalisée pour impressionner les enfants et tenter d’écraser le mouvement lycéen », dénonce Carlos Lopez, co-secrétaire national du SNPES-PJJ (Syndicat National des personnels de l’éducation et du social).

De son côté, Laurence Roch, présidente du SAF pointe des entorses au droit lors des gardes à vue : « Lors de certaines d’elles, les avocats ne sont pas attendus pour auditionner les élèves. Or, quand une centaine de mineurs sont déférés en même temps, les barreaux locaux ne peuvent pas s’organiser rapidement. Pourtant, rappelons que la présence d’un avocat lors de la garde à vue est une exigence de la Cour européenne des droits de l’homme », insiste-t-elle.

Les images de Mantes-la-Jolie considérées comme symboliques

Dans ce contexte, les interpellations de lycéens à Mantes-la-Jolie avec des scènes filmées montrant des jeunes maintenus à genoux, apparaissent symboliques du climat actuel, selon Laurence Roch : « Ces images portent atteinte à la présomption d’innocence et ont un caractère humiliant. Le fait de les avoir diffusées, c’est une manière de dire aux autres lycéens "voilà ce qui va vous arriver si vous manifestez" ». D’ailleurs dans plusieurs manifestations, des lycéens se mettent à genoux en signe de soutien à leurs camarades qui ont vécu cette situation. Mais pour Louis Boyard, pas question d’en rester là : « On a déposé une plainte avec la Ligue des droits de l’homme. Cette répression ne restera pas impunie ». Contacté par 20 Minutes, le ministère de l’Intérieur n’a pas encore réagi à ces critiques.