«Gilets jaunes»: «Avancées» ou «entourloupe»... Les réactions aux annonces de Macron

REACTIONS Ce discours était présenté comme décisif pour le président, confronté à la crise politique la plus grave depuis le début de son quinquennat il y a 18 mois...

M.C.

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Des «gilets jaunes» regardent le discours d'Emmanuel Macron à la télévision, le 10 décembre 2018.
Des «gilets jaunes» regardent le discours d'Emmanuel Macron à la télévision, le 10 décembre 2018. — GUILLAUME SOUVANT / AFP

Comme prévu, la réponse présidentielle a divisé. Emmanuel Macron a tenté lundi de calmer la colère des « gilets jaunes » en annonçant une série de mesures sociales, qui ont été saluées comme une « avancée » par certains protestataires tandis que d’autres les jugeaient insuffisantes pour arrêter leur mobilisation.

 

Augmentation de 100 euros des salaires au niveau du Smic, exemption de la hausse de la CSG pour les retraités gagnant moins de 2.000 euros par mois, heures sup payées « sans impôts ni charges » : le chef de l’Etat a annoncé plusieurs nouveaux gestes face à ce qu’il a appelé « l’état d’urgence économique et sociale ». « Mon seul souci, c’est vous. Mon seul combat, c’est pour vous », a affirmé le chef de l’Etat en concluant son « adresse à la Nation » de près de 13 minutes.

« On ne peut pas passer le reste de notre vie sur des ronds points »

Ce discours était présenté comme décisif pour le président, confronté à la crise politique la plus grave depuis le début de son quinquennat il y a 18 mois. Suffira-t-il à y mettre fin ? L’une des figures des « gilets jaunes », la Bretonne Jacline Mouraud, a appelé à « une trêve » car « il y a des avancées, une porte ouverte ». « Maintenant il faut sortir de cette crise » car « on ne peut pas passer le reste de notre vie sur des ronds points », a ajouté cette porte-parole des « gilets jaunes libres », un collectif jugé plus modéré.

Mais, pour d’autres, il n’est pas question de se retirer car « Macron n’a pas pris la mesure de ce qui se passait », selon Pierre-Gaël Laveder, manifestant à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire). « Chaque annonce a été huée et la première réaction a été : "On se fout de notre gueule" », a-t-il témoigné après avoir regardé l’intervention avec une soixantaine de « gilets jaunes ».

Réactions moins négatives à droite qu’à gauche ou à l’extrême droite

L’enjeu d’Emmanuel Macron « était de créer une brèche dans l’opinion, en s’adressant surtout à ceux qui soutiennent les gilets jaunes » afin « de marginaliser les jusqu’aux boutistes », estime Christian Delporte, expert en communication politique. « Si ceux qui ont soutenu les gilets jaunes disent "arrêtez", il aura gagné », selon lui.

Dans le monde politique, les premières réactions étaient un peu moins négatives à droite qu’à gauche ou à l’extrême droite. « Je vais être très sincère, je n’ai pas été déçu », a ainsi déclaré le député LR Guillaume Pelletier, en saluant des mesures « pour la France moyenne ».

« Une entourloupe extraordinaire »

Mais pour Olivier Faure, premier secrétaire du PS, « le cap n’est pas modifié ! » et « le nouveau monde, c’est "retour vers le futur" (…) du Sarkozy ». Les députés socialistes décideront finalement mardi seulement s’ils déposeront une motion de censure commune avec les Insoumis et les communistes contre le gouvernement.

Jean-Luc Mélenchon (LFI) a pointé la « réalité bien crue » que « toutes les mesures annoncées » seront « payées par les contribuables et les assurés sociaux, aucune par les grandes fortunes, ni les profits ». « C’est trop tard et c’est trop d’entourloupes et c’est pour ça que la mobilisation va continuer », a jugé Olivier Besancenot, porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), déclarant : « On préférait quand il se taisait, c’est une entourloupe extraordinaire de faire croire qu’on va augmenter le Smic de 100 euros ».

Emmanuel Macron « recule pour mieux sauter », a déclaré Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national, selon qui le président « refuse d’admettre que c’est le modèle dont il est le champion qui est contesté ».

« C’est très loin de ce que nous demandions »

Pour le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, le président de la République « n’a rien compris ou ne veut rien comprendre de la colère qui s’exprime ». La hausse de 100 euros mensuels au niveau du Smic, « c’est très loin de ce que nous demandions », a-t-il réagi sur franceinfo. La CGT revendique un Smic à 1.800 euros.

Dans un communiqué, la centrale de Montreuil relève aussi l’absence d’annonce sur « le point d’indice des fonctionnaires », ou encore le fait qu’il n’y ait « rien sur la justice fiscale et rien sur l’ISF et le CICE ».

L’Unsa « note que l’intervention du président de la République marque enfin un geste concret et visible » même si « rien n’est encore réglé ». Solidaires est beaucoup plus critique, estimant dans un communiqué que les annonces sociales « sont loin de constituer un tournant dans la politique de ce gouvernement ». « La question d’une juste répartition des richesses est totalement évincée », conclut le syndicat.