Blocage des lycées à Toulouse: Après les élèves, des professeurs entrent dans la danse

MOBILISATION Dans plusieurs lycées de Toulouse et de sa région, des enseignants sont en grève ce mardi. Notamment à Saint-Sernin…

Nicolas Stival

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Des professeurs du lycée Saint-Sernin en grève, le 11 décembre 2018 lors d'une manifestation à Toulouse.
Des professeurs du lycée Saint-Sernin en grève, le 11 décembre 2018 lors d'une manifestation à Toulouse. — CDG
  • Les professeurs en grève protestent notamment contre les suppressions de postes, Parcoursup et la réforme du lycée.
  • Leur protestation s’ajoute à celle des lycéens, invités à un « mardi noir ».

Les lycéens de France sont appelés à un « mardi noir » par le syndicat UNL-SD. A Toulouse, des professeurs de Saint-Sernin, en grève, se tiennent également devant les grilles de cet établissement réputé du centre-ville, qui compte environ 2.000 élèves. Au menu du petit matin, en face de la fameuse basilique romane : distribution de tracts, pour convaincre les collègues de rejoindre leur combat. En fin de matinée, 68% des profs présents étaient grévistes.

« C’est une mobilisation des enseignants qui se construit ici, mais aussi dans une quinzaine d’établissements de lycées de l’agglomération toulousaine. Cela s’étend progressivement à d’autres départements », explique René Domergue, professeur d’histoire-géographie et adhérent du Snes-FSU, syndicat majoritaire dans le second degré.

Les grévistes ont de nombreux griefs contre les décisions de leur ministre Jean-Michel Blanquer. Dépités face aux suppressions de postes, ils sont aussi vent debout, comme bon nombre de leurs élèves, contre le dispositif Parcoursup et la réforme du lycée, qui doit entrer en vigueur dès l’année scolaire 2019-2020.

« Une grosse inégalité pour les élèves »

« Il y a mise en concurrence des matières et des établissements mais aussi une grosse inégalité pour les élèves, selon les endroits où ils se trouvent, indique Coralie*, non syndiquée, qui enseigne également à Saint-Sernin. Des établissements ne pourront pas proposer toutes les spécialités [qui doivent remplacer dès l’année prochaine les séries L, ES, S…], alors qu’on fait croire aux élèves qu’ils auront le choix. »

Avant le départ de la manifestation, à 14 h place Arnaud-Bernard, une assemblée générale est prévue dans le lycée pour décider des suites à donner à ce mouvement enseignant. Les parents qui le peuvent sont aussi conviés entre midi et deux, en attendant une autre réunion programmée la semaine prochaine.

« Il y a une campagne de communication du gouvernement que nous devons contrer, au sujet notamment de la large liberté de choix qu’auraient les familles, ce qui est faux, reprend René Domergue. Pour cela, on s’adresse largement aux parents. Ils ont leur mot à dire, car ils seront aussi impactés par la réforme Blanquer ne serait-ce que pour la question de l’orientation post-bac qui devra être déterminée dès la fin de la seconde. »

Un climat social qui sert d’accélérateur

La mobilisation des professeurs de Saint-Sernin a commencé à se structurer, doucement, voici deux mois. Le climat français actuel a servi d’accélérateur pour passer à l’étape de la grève. « Notre mouvement s’inscrit dans le cadre d’un ras-le-bol social plus large qui s’exprime d’un côté par les “gilets jaunes”, mais aussi par les lycéens, avec des mots d’ordre divers et variés », observe l’enseignant d’histoire-géo.

Si Coralie redoute que les omniprésents « GJ » fassent « un peu passer les revendications des professeurs au second plan », René Domergue ne partage pas cette crainte.

Le fait qu’il y ait un mouvement social nous permet de dire que peut-être, pour une fois, on peut gagner. Ce n’était pas forcément le cas il y a un mois et demi. Là, depuis dix jours, on se dit que c’est possible. »

Quel regard portent-ils sur la mobilisation de certains de leurs élèves ? « Evidemment, on la soutient, assène Coralie. Mais nous ne les incitons pas à manifester, ni à bloquer. Nous sommes très vigilants. Nous leur conseillons d’être très attentifs quand ils partent en manif, afin qu’ils ne se placent pas en queue de cortège, qu’ils fassent attention aux mouvements de foule et aux éventuels casseurs. »

« Quand il y a des parents d’élèves et des enseignants devant les établissements, cela permet de diminuer les tensions, de mettre de l’huile dans les rouages », complète René Domergue. En revanche, entre le ministère et ces profs toulousains, le mécanisme est bien grippé.

*le prénom a été modifié