Immeubles effondrés à Marseille: Un «tribunal populaire» pour obtenir des réponses face à une mairie silencieuse

MOBILISATION Malgré le report du conseil municipal de Marseille par crainte de débordements, les manifestations se sont déroulées dans le calme…

Adrien Max

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Le tribunal populaire organisé par des collectifs devant la mairie de Marseille.
Le tribunal populaire organisé par des collectifs devant la mairie de Marseille. — Adrien Max / 20 Minutes
  • Par crainte de « débordements », Jean-Claude Gaudin a décidé, dimanche, de reporter le conseil municipal prévu ce lundi.
  • Les collectifs ont maintenu leur mobilisation. La manifestation a pris la forme d’un tribunal populaire devant la mairie, dans le plus grand des calmes et avec beaucoup de solennité.

Jean-Claude Gaudin craignait des débordements, il n’y en a pas eu. Malgré le report du conseil municipal de Marseille, programmé ce lundi, les manifestations prévues ont bien eu lieu devant la mairie. Dans le plus grand des calmes, et avec beaucoup de solennité.

« Compte tenu des débordements qu’ont connus les manifestations de ces derniers jours et [samedi] encore à Paris comme dans l’ensemble du pays, j’ai informé M. le préfet de région, Pierre Dartout, de ma décision de renvoyer le conseil municipal prévu ce lundi 10 décembre », avait pourtant justifié le maire.

Tribunal populaire

Aux alentours de 8h30, un cortège funéraire avec huit cercueils noirs, avec les prénoms des huit victimes du drame de la rue d’Aubagne, ont rejoint les quelques dizaines de personnes déjà réunies devant la mairie. Accompagné d’un hymne funéraire et emmené par des proches, des membres de collectifs, et plus généralement des habitants, le cortège s’est positionné sous les fenêtres du bureau de Jean-Claude Gaudin, pour ouvrir un « tribunal populaire ».

« Les élus ont eu trop peur. Nous, le tribunal populaire, réclamons par notre présence le droit d’exprimer la voix des Marseillais », a déclamé une habitante avant de donner la parole à des familles de victimes, des sinistrés et des membres de collectifs contre l’habitat indigne.

« Il n’y a plus de “bons jours” à Marseille »

« Il n’y a aucune prise en charge des victimes, nous attendions tous des réponses et ils ont préféré annuler. Ils sont incapables de répondre au peuple, aux familles en deuil. Ils n’ont même pas organisé d’hommage, heureusement que le peuple marseillais le fait. Cela ne fait qu’augmenter notre haine et notre rage, c’est un long combat mais ils céderont tôt ou tard », a prévenu Linda, la cousine de Cherif, une des victimes de la rue d’Aubagne.

Le cortège funéraire arrivant devant la mairie de Marseille.
Le cortège funéraire arrivant devant la mairie de Marseille. - Adrien Max / 20 Minutes

D’autres proches ont tenu à souligner que la mairie n’avait toujours pas pris en charge les frais d’obsèques de certaines familles, alors qu’une délibération en ce sens devait être votée lors du conseil municipal.

Plus les prises de parole se succédaient, plus la colère montait. « Salut peuple marseillais. Depuis plus d’un mois je ne dis plus “bonjour”, car il n’y a plus de bons jours à Marseille, s’est exclamé un membre du collectif Un centre-ville pour tous. Même les hommes préhistoriques savaient qu’il fallait reconstruire les toits, arrêtez de nous prendre pour des idiots, nous ne voulons pas de votre maquillage pour le tourisme », a-t-il hurlé sous les fenêtres du maire.

« Ce report ne rajoute que du mépris à la colère »

Pour Kevin Vacher, du collectif du 5 novembre : Noailles en colère, il était important d’être là pour « continuer de mettre la pression sur le maire ». « Il échappe à ses responsabilités dans une forme d’évitement qui n’est en réalité qu’un mépris social et politique », considère-t-il.

Les cercueils avec les prénoms des victimes de la rue d'Aubagne devant la mairie de Marseille.
Les cercueils avec les prénoms des victimes de la rue d'Aubagne devant la mairie de Marseille. - Adrien Max / 20 Minutes

Plusieurs élus de l’opposition étaient également présents comme Benoit Payan (PS), Samia Ghali (PS), Marie-Arlette Carlotti (PS) ou Jean-Marc Coppola (PCF). « Ce report ne rajoute que du mépris à la colère. Je vais envoyer encore plus de bois que ce que je n’avais prévu lors de mon intervention, pour être à la hauteur du mépris que Jean-Claude Gaudin formule aux Marseillais et aux élus », a prévenu Jean-Marc Coppola.

Pendant le rassemblement, Jean-Claude Gaudin se baladait du côté de la mairie des 1er et 7e arrondissements pour constater les dégradations commises lors de la manifestation des «gilets jaunes», samedi. Le collectif du 5 novembre Noailles en colère prévoit, lui, une nouvelle mobilisation lundi prochain, devant la préfecture cette fois.