Mouvement des lycéens: «On ne sait pas du tout à quoi s'attendre avec ce "mardi noir"»

INTERVIEW Philippe Vincent, secrétaire général du Syndicat national des personnels de direction de l'Education nationale (SNPDEN), ignore si des établissements fermeront leurs portes ce mardi…

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Blocage du lycée Colbert à Paris le 7 décembre 2018. Crédit :Yann Bohac
Blocage du lycée Colbert à Paris le 7 décembre 2018. Crédit :Yann Bohac — SIPA
  • Le syndicat lycéen UNL-SD a appelé les lycéens à un « mardi noir » pour protester contre les classes surchargées, la réforme du bac, la sélection à l’entrée de l’université et le service national universel.
  • Les chefs d’établissement ont du mal à avoir de la visibilité sur le mouvement car ils sont en manque d’interlocuteurs chez les lycéens en colère.
  • Pour le moment, aucun lycée n’a informé le SNPDEN qu’il comptait fermer ce mardi pour des raisons de sécurité.

Que va-t-il se passer ce mardi dans les 4.000 lycées de France ? C’est la question que se posent les chefs d’établissement, le syndicat lycéen UNL-SD ayant appelé les lycéens à un « mardi noir » ce mardi, pour protester contre les classes surchargées, la réforme du bac, la sélection à l’entrée de l’université et le service national universel. « Continuons les blocages et manifestations tout au long de la semaine, particulièrement le mardi pour la #revanchelycéenne4 », a déclaré le syndicat dans un communiqué. Philippe Vincent, secrétaire général du Syndicat national des personnels de direction de l'Education nationale (SNPDEN) explique à 20 Minutes comment les chefs d’établissement essayent de se préparer à toutes les hypothèses.

Selon le ministère de l’Education, 450 lycées sont perturbés, dont 50 bloqués, ce lundi. Peut-on en déduire que le « mardi noir », promis par l’UNL dans les lycées ne sera pas si noir que ça ?

On ne sait pas à quoi s’attendre avec ce « mardi noir » dans les lycées. Cela peut être un feu d’artifice final de la mobilisation lycéenne ou un moment où elle va prendre de l’ampleur. Car, contrairement aux mouvements lycéens habituels où nous avons des interlocuteurs (ce qui nous permet d’anticiper les choses), là, ce n’est pas le cas. Les mots d’ordre invitant les lycéens à se mobiliser sont relayés sur les réseaux sociaux, sans que l’on sache forcément d’où ils viennent. Et les blocages sont plus fréquents dans certaines académies, alors que, dans d’autres, il ne se passe rien.

Pourtant l’UNL se pose en représentant du mouvement…

Oui, mais certains lycéens qui organisent les blocages ne font pas partie de cette organisation. Par ailleurs, les mots d’ordre de l’UNL sont très fourre-tout, ce qui ne permet pas vraiment le dialogue. Par ailleurs, sur la réforme du lycée, cette organisation a été consultée par le ministère en amont des décisions. On ne voit pas pourquoi elle se rebelle maintenant contre la réforme. Finalement, cela donne l’impression de lycéens qui rejoignent le mouvement des « gilets jaunes », plus qu’un mouvement lycéen à part entière.

Craignez-vous des intrusions dans les établissements ?

Certains appels irresponsables sur les réseaux sociaux invitent en effet les manifestants à s’introduire dans des lycées, à mettre le feu aux poubelles… C’est ni plus ni moins qu’une forme de hooliganisme commandée par des jeunes, bien souvent non scolarisés, qui cherchent à en découdre avec les forces de l’ordre.

Certains proviseurs ont-ils décidé de fermer leur établissement ce mardi, comme on a pu le voir samedi dernier ?

Pour le moment, aucun lycée ne nous a informés qu’il comptait fermer. Mais, en cas de risque sécuritaire, certains lycées peuvent, en effet, fermer leurs portes sur décision préfectorale. Un chef d’établissement peut aussi prendre une mesure de suspension des cours et confiner les élèves à l’intérieur de l’établissement, si la situation est tendue à l’extérieur.

Redoutez-vous que les images des lycéens de Mantes-la-Jolie à genoux incitent certains lycéens à se mobiliser ?

Non. Même si ces images ont été choquantes, beaucoup de lycéens ont compris qu’au vu des circonstances, c’était le moyen que les forces de l’ordre ont trouvé pour ramener le calme et identifier les fauteurs de troubles qui avaient commis des dégradations.