Saint-Etienne : La ville retrouve un peu de calme après «le chaos» de la veille

DEBORDEMENT De violents affrontements entre des jeunes et les forces de l'ordre ont eu lieu vendredi et surtout samedi dans le centre-ville...

Caroline Girardon

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La ville de Saint-Etienne a été le théâtre de violents affrontements entre les forces de l'ordre et les jeunes, samedi 8 décembre.
La ville de Saint-Etienne a été le théâtre de violents affrontements entre les forces de l'ordre et les jeunes, samedi 8 décembre. — C. Girardon / 20 Minutes
  • 30 personnes ont été interpellés après les heurts et les pillages survenus samedi dans le centre-ville de Saint-Etienne, en marge de la manifestation des «gilets Jaunes».
  • Selon certains commerçants, la ville a connu une situation de «chaos».
  • Reportage sur place au lendemain des débordements.

Sur la place de l’Hôtel-de-Ville à Saint-Etienne, une poignée de badauds flâne dans les allées désertes du marché de Noël. Les rues alentour ne sont guère plus peuplées. Dans les haut-parleurs, une chorale entonne un « Gloria » de Noël. La quiétude apparente ne laisse presque rien entrevoir du « chaos » dans lequel la ville a pourtant été plongée la veille.

Les stigmates sont toutefois visibles par endroits : poubelles incendiées, arrêts de tramways démontés, panneaux publicitaires brisés, vitrines dégoulinant de traces de peintures. Sans parler des magasins situés dans les rues adjacentes. Ceux qui ont été pillés samedi, ont baissé leurs rideaux. Des larges panneaux de bois remplacent désormais les vitres brisées en mille morceaux par les casseurs.

Après les pillages de samedi, certains magasins à Saint-Etienne ont dû installer des planches de bois pour éviter d'autres intrusions.
Après les pillages de samedi, certains magasins à Saint-Etienne ont dû installer des planches de bois pour éviter d'autres intrusions. - C. Girardon / 20 Minutes

30 personnes interpellées

Samedi, la ville de Saint-Etienne a été le théâtre de violents affrontements entre les jeunes et les forces de l’ordre en marge de la manifestation des «Gilets jaunes ». Près de 30 personnes ont été interpellées dont la moitié est des mineurs. « On a été obligé de défendre nos chalets. C’était le chaos », lâche un peu sonné un commerçant installé sur le marché de Noël. « On a dû mettre des barrières pour empêcher toute intrusion et pour éviter qu’ils ne cassent ou volent nos produits », explique sa voisine. Et d’ajouter : « On a été gazé toute la journée. Rincé au lacrymogène. Mais ce n’est pas à la police que l’on en veut ».

« Quand on entend des dames de 40 ans se faire insulter ou se faire traiter de collabo, on ne comprend pas. Eux, ils pensent que l’on défend Macron. Non, on défend tout simplement notre travail. Nous ne sommes pas contre les «gilets jaunes» mais qu’ils nous laissent travailler », enchaîne son confrère. Avant de se faire rappeler à l’ordre. Une voisine indique que la mairie leur a intimé de ne pas parler aux journalistes. Fin de la discussion. On n’en apprendra pas davantage.

« Cela ne se faisait pas de notre temps »

« Je trouve cela dramatique », confesse Bernadette, 80 ans, balayant du regard les quelques bris de verre, encore présents sur le trottoir. « C’est triste car on peut manifester sans tout dévaster », ajoute l’octogénaire qui a été « syndiquée pendant longtemps ». « Cela ne se faisait pas de notre temps. Si j’avais cassé, on m’aurait viré sur le champ », poursuit Bernadette, indignée par le comportement de « certains enfants dont les parents ne s’occupent pas » : « Maintenant, on casse des supérettes pour voler de l’alcool ». Ou des enseignes de téléphonie mobile, comme c’était le cas samedi. « En tout cas, cela montre que la France va mal et qu’elle risque de tomber très bas », conclut-elle.

Philippe, gérant d’un tabac, chemine café à la main. « Ce n’est pas vraiment une surprise. On savait qu’il y aurait des débordements, réagit-il. La casse, c’est toujours dommage mais si le gouvernement avait répondu positivement dès les premières semaines, on n’en serait peut-être pas là aujourd’hui ». Ce commerçant d’une cinquantaine d’années dit comprendre les revendications des manifestants. « Oui, notre chiffre d’affaires est en baisse mais ce sont des incidences toutes relatives. On n’a pas perdu la vie. Par contre, dans cette ville, certains ne parviennent pas à faire bouillir la marmite ou à payer la cantine à leurs enfants ». La solution, selon lui ? « Cela dépendra de la réponse qu’apportera le Président de la république. S’il se montre toujours aussi hautain, les choses ne vont pas s’améliorer », prédit-il.