Brexit: La menace d’une sortie sèche fait trembler le port de Saint-Malo et ses compagnies maritimes

BREXIT Plus de 700.000 personnes ont embarqué ou débarqué dans la cité corsaire l’an dernier...

Camille Allain

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Un navire de la Brittany Ferries, ici en escale au port de Saint-Malo.
Un navire de la Brittany Ferries, ici en escale au port de Saint-Malo. — C. Allain / 20 Minutes
  • Le Parlement britannique a rejeté mardi soir les modalités de sortie du Royaume-Uni dans le cadre du Brexit.
  • A Saint-Malo, le port est en première ligne. Il voit chaque année passer plus de 700.000 passagers qui voyagent vers l’Angleterre ou les îles anglo-normandes.
  • L’allongement des contrôles de passagers et de marchandises fait craindre une perte de compétitivité du port breton.

EDIT : Ce reportage a été réalisé et publié avant le vote du Parlement britannique prévu en décembre 2018. Seuls les éléments de contexte ont été modifiés.

Au lendemain du rejet par le Parlement britannique de l’accord de sortie de l’Union européenne, ce mardi, tout le Royaume-Uni retient son souffle. Les négociations sont également regardées de près de l’autre côté de la Manche. A Saint-Malo, plus de 700.000 personnes voyagent chaque année vers Portsmouth et l’Angleterre ou vers les îles anglo-normandes. Le choix d’un Brexit dur et d’une sortie sèche chamboulerait l’organisation du port breton, et pourrait même menacer sa compétitivité. Explications.

Niché à deux pas de la célèbre ville close, le terminal de la Naye voit chaque jour les imposants bateaux de la Brittany Ferries et de Condor Ferries débarquer et embarquer des milliers de passagers, dont une majorité d’Anglais. Pièce d’identité à la main, les voyageurs se contentent aujourd’hui de passer devant la police aux frontières, qui opère de temps à autre des contrôles inopinés parmi les piétons mais aussi les véhicules qui ont traversé la Manche. A leurs côtés, les douanes et les services sanitaires ciblent le transport de marchandises, s’assurant de leur conformité.

En cas de « hard Brexit », les formalités administratives seraient bien différentes pour les passagers comme pour les marchandises. « Cela nous inquiète car il y aura inévitablement un allongement des procédures de contrôle. Les flux sont énormes », estime Pierre Karleskind. Le vice-président chargé de la mer et des infrastructures portuaires à la région Bretagne sait que le terminal ne pourra pas s’agrandir. « Le port est un espace contraint ».

Passer « le moins de temps possible au port »

Mais comment faire pour contrôler les 1.800 passagers et 450 voitures du ferry « Bretagne » ? « Les compagnies maritimes ne gagnent de l’argent que quand leurs bateaux sont en mer. Elles doivent donc passer le moins de temps possible au port », résume le chef de projet du terminal du Naye. La Brittany compte 1h30 pour débarquer et embarquer plus de 3.000 personnes. Plus petits, les bateaux de Condor ne font escale que 45 minutes. « Les ports sont en compétition les uns avec les autres. Il est primordial que Saint-Malo reste compétitif », rappelle l’élu Pierre Karleskind.

Le port de Saint-Malo et ses files d'attente à la descente des ferries.
Le port de Saint-Malo et ses files d'attente à la descente des ferries. - C. Allain / 20 Minutes

La région, propriétaire du port, et la CCI, qui en assure l’exploitation, ont déjà prévu d’augmenter le nombre de points de contrôle et la police devrait être plus nombreuse sur place. Les infrastructures seront également agrandies pour permettre de « stocker », tous les voyageurs en attente d’être contrôlés. Des files « UE » et « hors UE » similaires à celles des aéroports devront être instaurées.

Impossible de chiffrer le montant des investissements

Mais il faudra également vérifier la marchandise. Le port de Saint-Malo va devoir se doter d’un PED (point d’entrée désigné) et d’un PEC (point d’entrée communautaire) afin que les services vétérinaires et sanitaires puissent contrôler le fret transporté sur les ferries. Des quais de déchargement devront être aménagés pour accueillir les services de la Draaf (direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt). Des frais que la région se refuse à chiffrer pour l’instant. « Il y a trop d’incertitudes », explique le chef du terminal.

La perspective d’un allongement des escales pourrait à terme réduire le trafic maritime à Saint-Malo et donc menacer la rentabilité de son port. Et dans le même temps diminuer l’afflux touristique. La suite de la procédure du Brexit sera scrutée de près des deux côtés de la Manche.