«Gilets jaunes» à Toulouse: Après une soirée de chaos, le quartier Saint-Cyprien se réveille avec la gueule de bois

REPORTAGE Le quartier Saint-Cyprien a été le théâtre samedi soir de violences urbaines. Des magasins ont été complètement mis à sac par des casseurs…

Béatrice Colin
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L'agence Allianz, située sur les allées Charles-de-Fitte, à Toulouse, a été complètement détruite.
L'agence Allianz, située sur les allées Charles-de-Fitte, à Toulouse, a été complètement détruite. — B. Colin / 20 Minutes
  • En marge de la manifestation toulousaine des «gilets jaunes», la Ville rose a été victime de violences urbaines samedi en fin de journée.
  • Des poubelles et des voitures ont été incendiées, des magasins saccagés dans le quartier Saint-Cyprien. Plusieurs policiers ont été blessés et 39 interpellations ont eu lieu.
  • De nombreux habitants dénoncent les violences des casseurs en faisant la distinction avec le mouvement des «gilets jaunes ».

« Castaner vient encore de dire à la télé que la situation d’hier avait été maîtrisée. Ah oui, eh bien, qu’ils viennent ici, il se fout de la gueule de qui ? », commente, énervé, un habitant du quartier Saint-Cyprien, à Toulouse.

Avec d’autres habitants, devant la façade complètement détruite d’une agence immobilière, il n’en croit pas ses yeux. « De véritables scènes de guérilla civile, hallucinant », lâche une jeune femme à côté de lui qui a tout vu depuis son balcon.

Après avoir été le théâtre d’échauffourées entre forces de l’ordre et lycéens toute la semaine, le quartier a été à nouveau au cœur des débordements samedi, en fin de journée, en marge de la manifestation des « Gilets jaunes ».

Des commerces mis à sac

Durant plusieurs heures, des dizaines de casseurs ont monté des barricades, brûlé des voitures, allumé des feux de poubelles et mis à sac plus d’une dizaine de commerces, en particulier des banques et des assurances, mais aussi un cordonnier, un tabac et un coiffeur.

Dès la fin de la soirée, les services de la propreté de la Ville de Toulouse étaient à pied d’œuvre pour nettoyer les débris, tags et restes de poubelles incendiées.

Mais certains stigmates restaient visibles. « Ce sont essentiellement des commerces qui représentent des symboles, notamment celui de l’argent comme les banques », relevait le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc qui s’est rendu dans le quartier dimanche matin.

Alexis de la Rupelle est venu constater les dégâts devant l’agence Allianz de son confrère, située juste en face du musée des Abattoirs, là où se sont concentrées durant plusieurs minutes les violences urbaines.

« Une honte, aucune dignité »

Dépité, ce représentant de l’union professionnelle des agents généraux de l’enseigne ne s’attendait pas à autant de violences dans la Ville rose.

« Nous sommes des commerçants, il y avait bien eu le saccage la semaine dernière de l’agence Allianz du boulevard Haussman, mais nous sommes à Toulouse, ce sont des agences de quartier où il n’y a rien à voler. C’est incompréhensible, c’est du pillage gratuit », déplore ce professionnel. Avant d’ajouter : « Il venait de refaire son agence, les travaux étaient terminés depuis quinze jours et il en avait eu pour 300.000 euros. Là il se retrouve au chômage technique et ce sont les assurés qui vont être pénalisés ».

Une agence immobilière a été saccagée, dans le quartier Saint-Cyprien de Toulouse.
Une agence immobilière a été saccagée, dans le quartier Saint-Cyprien de Toulouse. - B. Colin / 20 Minutes

Un peu plus loin, avenue Etienne-Billières, une retraitée n’en croit pas ses yeux en voyant les vitrines éclatées. « Je suis restée enfermée chez moi. J’habite dans le quartier depuis 50 ans, je n’ai jamais vu ça, c’est une honte. Ce sont des « merdeux », ils n’ont aucune dignité », peste-t-elle.

Des casseurs, pas des « Gilets jaunes »

Comme beaucoup d’habitants du quartier, elle fait la distinction entre casseurs et « gilets jaunes ».

« Il n’y a aucun rapport entre les deux. Là, ces casseurs sont des gens aguerris, on l’a vu en suivant en direct ce qu’ils faisaient sur YouTube tout au long de la soirée. Je ne sais pas qui ils sont, ce que je constate c’est qu’il n’y a eu personne pour les arrêter alors pour les lycéens, les policiers y arrivent. On voudrait pourrir la situation qu’on ne s’y prendrait pas autrement », relève une Toulousaine qui ne voit pas d’issue à ce mouvement de fond. « Car, qu’est qu’on leur propose à ces jeunes, à part un avenir de merde ? », interroge-t-elle.

« Les gens n’en peuvent plus »

Derrière le comptoir du marché couvert de Saint-Cyprien, les événements de la veille au soir sont aussi au cœur des conversations. Entre vendeurs et commerçants, personne n’est là pour légitimer la violence.

Contrairement à la colère des « gilets jaunes » qui trouve un écho entre les étals. « Cela n’arrive malheureusement pas par hasard, les gens n’en peuvent plus, on nous demande tout le temps de payer des taxes supplémentaires, on nous impose de changer nos balances ou encore les systèmes de carte bleue. Mais ou va l’argent ? », pointe un commerçant. Montrant du doigt la devise française, il conclut : « Liberté, égalité, fraternité, ça n’existe plus ».