«Gilets jaunes» à Toulouse: «C’est pire que l’année des attentats»... Sur le marché de Noël, c'est la sinistrose

REPORTAGE Si les commerçants interrogés soutiennent les revendications des « gilets jaunes », ils assurent souffrir de leur mode d’action…

Nicolas Stival

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Le marché de Noël sur la place du Capitole de Toulouse, le 8 décembre 2018.
Le marché de Noël sur la place du Capitole de Toulouse, le 8 décembre 2018. — N. Stival / 20 Minutes
  • Le commerce du centre-ville de Toulouse, forain ou sédentaire, souffre des manifestations qui essaiment ces dernières semaines.
  • Ce samedi, malgré les nouvelles manifestations prévues dans le centre-ville, la mairie de Toulouse a autorisé l'ouverture marché de Noël sur la place du Capitole.
  • « On constatera les dégâts dans six mois », prévoit un commerçant.

Ce samedi, en fin de matinée, les allées du marché de Noël sur la place du Capitole se remplissent gentiment. Malgré les nouvelles manifestations prévues dans le centre-ville, la mairie de Toulouse a autorisé son ouverture. « Depuis le début [le 23 novembre], je n’ai pas vu un "gilet jaune" ici », indique Thierry. Ce quadragénaire, qui tient l’un des bars éphémères de l’endroit, n’a pas non plus vu des masses de visiteurs.

« Les gens qui viennent habitent souvent les villages autour de Toulouse, ils ont peur de prendre la rocade pour venir en ville et de se retrouver bloqués. » Autour d’un café, le seul client du moment, Laurent, acquiesce.

« Je tiens une boutique de prêt-à-porter près d’ici et je vis l’enfer. Depuis que les manifs ont commencé, mon chiffre d’affaires a chuté de plus de 50 %, alors que c’est la période phare de l’année. Je ferme dans un mois, et je ne suis pas le seul dans ce cas. Dans les petits commerces du centre-ville, les mecs ne tiennent pas. »

« On constatera les dégâts dans six mois », renchérit Thierry. Les deux hommes n’ont rien contre les revendications des « gilets jaunes », pourtant. « La démarche est bonne, juge Thierry, mais ce n’est pas ici qu’il faut agir. » « Ils devraient plutôt bloquer les entrepôts d’Amazon ou les ports, et aménager des couloirs pour que les gens viennent faire les courses au centre, ajoute Laurent. Pendant ce temps, Amazon a augmenté son chiffre d’affaires de 56 %, alors que l’entreprise ne paie pas ses impots en France. »

Le géant américain du commerce électronique revient aussi dans les conversations, une dizaine de mètres plus loin. En bordure d’une longue allée où voisinent bonnets de Noël, pain d’épices, spiritueux gascons et sacs à dos anti-pickpocket, Arnaud vend des savons. « Le grand gagnant, c’est Amazon, assène le trentenaire. Cela fait sept ans que je fais ce marché, et je n’ai jamais connu ça. C’est pire que l’année des attentats [en 2015]. »

« Est-ce qu’on va arriver à payer notre chalet et les fournisseurs ? »

Durant toute la semaine dernière, les commerçants des lieux ont vécu au gré des ouvertures et des fermetures du marché, selon la plus ou moins grande proximité des cortèges de lycéens en manif. « Dès qu’on ferme, on perd une heure ou deux, puis de nouveau une heure ou deux quand on rouvre, le temps que les gens reviennent, calcule Arnaud. On en discute entre nous : est-ce qu’on va arriver à payer notre chalet et les fournisseurs ? Sachant que derrière, il y aura les impôts. »

Sur un groupe Facebook local de « gilets jaunes », le commerçant a passé un appel pour que les manifestants ne viennent pas sur la place du Capitole. « C’est dangereux, avec les familles, les poussettes dans les allées étroites. »

Lui aussi, pourtant, partage les revendications des personnes mobilisées. Mais, comme ses collègues, il reste dubitatif devant le mode d’action choisi. « Evidemment que l’on comprend, nous sommes aussi des travailleurs du peuple, nous souffrons des charges. Mais pourquoi ne pas tout concentrer sur les préfectures ou les conseils départementaux ? »

Des touristes étrangers, malgré tout

A quelques mètres de là, près du débonnaire Père Noël factice posté au centre du marché, Miquel est en balade. Ce quinquagénaire est arrivé jeudi de Gérone, en Catalogne espagnole, avec sa femme, ses enfants et une famille amie. Sept personnes au total, pour un séjour de quatre jours. « Nous avons regardé la situation et nous avons décidé de venir. Nous n’avons eu aucun souci, d’autant qu’il y avait une opération "barrière de péage ouverte" à la frontière. »

Loin des soucis des commerçants du centre-ville toulousain, Miquel et son entourage sont pourtant eux aussi rattrapés par la brûlante réalité française du moment : « On devait visiter les usines d'Airbus cet après-midi, mais c’est annulé. »