Heurts matinaux entre «gilets jaunes» et forces de l'ordre, samedi 1er décembre sur les Champs-Elysées à Paris.
Heurts matinaux entre «gilets jaunes» et forces de l'ordre, samedi 1er décembre sur les Champs-Elysées à Paris. — Alain JOCARD / AFP

INTERVIEW

«Gilets jaunes»: «Les forces de l'ordre sont éprouvées, car elles sont mises à rude épreuve depuis un moment»

Alors qu’une nouvelle manifestation des « gilets jaunes » est organisée samedi à Paris, policiers et gendarmes, mis à rude épreuve depuis le début de la mobilisation, redoutent le pire, comme l'explique Grégory Joron, du syndicat Unité SGP-Police FO...

  • Les « gilets jaunes » préparent « l’acte 4 » de leur mobilisation, samedi.
  • La semaine dernière, des manifestants violents avaient semé le chaos dans les rues de la capitale.
  • Les forces de l’ordre ont eu bien du mal à contenir les hordes de casseurs venues en découdre avec eux.
  • « 20 Minutes » fait le point avec Grégory Joron, secrétaire national du syndicat Unité SGP-Police FO, en charge des CRS.

Les images sont dans toutes les têtes. Des barricades dressées en plein milieu des Champs-Elysées, des carcasses de voitures calcinées jonchant les rues de la capitale, des forces de l’ordre dépassées par des hordes de casseurs semant le chaos place de l'étoile… Samedi dernier, la manifestation des « gilets jaunes » à Paris a été émaillée par de nombreux incidents. Compagnies républicaines de sécurité (CRS), gendarmes mobiles et policiers des compagnies d’intervention ont eu du mal à contenir ces centaines de manifestants ultra-violents venus en découdre avec eux.

Alors qu’un nouveau rassemblement, très redouté par l’Elysée, est prévu samedi, la place Beauvau finalise un nouveau dispositif de maintien de l'ordre. A quoi faut-il s’attendre ? 20 Minutes fait le point avec Grégory Joron, secrétaire national du syndicat Unité SGP-Police FO, en charge des CRS.

Quatre semaines après le début de la mobilisation des « gilets jaunes », dans quel état sont les forces de l’ordre ?

Elles sont éprouvées, forcément, après avoir été engagées plusieurs week-ends de suite. Mais plus généralement, les forces de l’ordre sont mises à rude épreuve depuis un moment. Après l’attentat de Charlie Hebdo, le risque terroriste a été très élevé et les CRS - notamment - ont été très mobilisés. Il y a eu ensuite plusieurs événements à sécuriser : la COP 21, l’Euro de football, les rassemblements organisés dans le cadre de la Coupe du monde... Donc forcément, aujourd’hui, les collègues sont fatigués.

Les forces de l’ordre sont-elles assez nombreuses et assez équipées pour sécuriser les manifestations des gilets jaunes ou des lycéens ?

C’est très compliqué d’avoir du matériel efficient. Nous avons des collègues qui sont envoyés sur des opérations de maintien de l’ordre, comme cela a été le cas à Paris mercredi, avec des casques de vélo et des protège-tibias de football, c’est quand même extraordinaire ! Il faut que l’administration nous donne les moyens de notre ambition. Concernant les CRS, il y a un énorme problème d’effectifs depuis longtemps. Aujourd’hui, nous tirons la sonnette d’alarme. Il faut rehausser significativement le nombre de fonctionnaires en CRS, car elles sont dans un état critique.

Pourquoi le dispositif de sécurité mis en place samedi dernier à Paris n’a-t-il pas fonctionné ?

On a consommé énormément de forces, positionnées sur des points de filtrages, ou dans le quartier de la place Beauvau. Par conséquent, nous avions peu de policiers à la manœuvre, et peu de monde derrière en appui. Nous avons donc demandé au ministre de l’Intérieur, qui a reçu les syndicats mardi matin, de mettre en place ce samedi un dispositif plus mobile. Christophe Castaner nous a répondu que c’était à l’étude.

Redoutez-vous que les policiers, fatigués et pris pour cible par les casseurs, commettent des bavures ?

Cela nous inquiète forcément quand on sait que des fonctionnaires sont sur le terrain depuis près de 20 heures, comme le week-end dernier et celui d’avant. L’intérêt d’avoir un dispositif plus mobile, avec des forces de l’ordre qui ne sont pas figées, c’est que les unités à la manœuvre pourront se relayer. Cela permettra de préserver un peu les collègues qui pourront ainsi intervenir dans de bonnes conditions.

A-t-on franchi, samedi dernier, une ligne en termes de violence contre les forces de l’ordre ?

On l’a franchi, malheureusement, il y a bien longtemps. Lors des manifestations contre la loi Travail, des policiers ont terminé en torche humaine après avoir reçu des cocktails Molotov, d’autres qui ont été la cible de jets de boules de pétanques ou de batterie de voiture. Ce qui est inédit, concernant les deux derniers samedis, c’est la durée des violences. On n’a pas réussi à bouger les gros groupes de casseurs au moyen des gaz lacrymogènes car ils sont de mieux en mieux équipés.

Avez-vous des craintes concernant la mobilisation de samedi ?

Oui, car nous avons observé, sur les réseaux sociaux, des appels aux meurtres ou à vouloir pénétrer dans l’Elysée…