Des forces de l'ordre ont-elles retiré leur casque pour soutenir les «gilets jaunes»?

FAKE OFF Plusieurs vidéos montrant des forces de l'ordre retirer leur casque devant des « gilets jaunes » affirment à tort que ce geste vise à soutenir les manifestants...

Alexis Orsini

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Des forces de l'ordre à Paris, le 1er décembre 2018.
Des forces de l'ordre à Paris, le 1er décembre 2018. — Nicolas Messyasz/SIPA
  • Depuis plusieurs semaines, des vidéos filmées lors des actions des « gilets jaunes » montrent des forces de l'ordre retirer leur casque face aux manifestants.
  • Ce comportement est perçu par de nombreux internautes comme un signe de soutien des « CRS » à cette mobilisation.
  • Or, outre le fait qu'il ne s'agit pas de CRS, le retrait du casque n'implique en rien une adhésion aux « gilets jaunes » comme l'expliquent à « 20 Minutes » la gendarmerie et la police nationale. 

Côte à côte, face aux « gilets jaunes » qui leur font face, les policiers se mettent à retirer leur casque l’un après l’autre. Un geste qui leur vaut d’être applaudis par les manifestants, puis de voir ces derniers entonner la Marseillaise.

« Le gouvernement est mal barré… les CRS (sic) enlèvent leur casque en signe de soutien aux manifestants à Pau » affirme la légende de cette vidéo filmée le 1er décembre, qui cumule aujourd’hui près de 650.000 vues et plus de 26.000 partages.

Elle est toutefois loin d’être la seule à relayer cette théorie, comme le montrent les légendes de plusieurs vidéos à succès tournées en France ces dernières semaines : « Les forces de l’ordre manifestent leur soutien aux gilets jaunes », « les policiers retirent leurs casques et rejoignent les gilets jaunes »…

Or, malgré la portée symbolique qui lui est prêtée, ce comportement ne représente pas un soutien aux manifestants.

FAKE OFF

« Ce n’est pas un geste de soutien, mais d’apaisement » indique à 20 Minutes la police nationale, tout en précisant que les policiers filmés à Pau font partie d’une compagnie de sécurité et d’intervention (CSI), que l'on voit aussi sur les images tournées par La République des Pyrénées.

« [Le retrait des casques] s’est fait grâce à un accord entre les policiers et les manifestants » nous explique pour sa part Quentin Top, le photographe indépendant qui a filmé et tweeté la scène aujourd’hui reprise sur les réseaux sociaux avec une légende trompeuse. « Je ne sais pas vraiment pourquoi les manifestants voulaient que les policiers retirent leur casque – ils l’avaient déjà fait le jeudi soir – mais c’est un peu ça qui a provoqué la fin de la manifestation ».

 « Les policiers se sont mis en ligne rue Saint-Louis pour protéger la sortie du théâtre, vu qu’il s’agit du même bâtiment que la mairie [de Pau]. Les "gilets jaunes" pensaient qu’ils voulaient protéger des élus [...] donc ils se sont mis en face de cette ligne. Jusqu’à ce que l’un d’eux demande le retrait des casques aux policiers » se souvient Quentin Top.

Il s’écoule alors entre « 5 et 10 minutes » avant que les policiers ne retirent leur casque et les manifestants finissent par se disperser, malgré l’envoi d’un œuf sur les forces de l’ordre.

« Enlever son casque ne signifie pas qu’on adhère à une position politique »

Une autre vidéo virale, initialement diffusée en direct et présentée comme ayant été tournée à Saint-Dié-des-Vosges (Lorraine), prétend également montrer des « CRS [baisser] les casques » pour rejoindre les « gilets jaunes ». On y voit des gendarmes mobiles – et pas des CRS – retirer leur casque sous les encouragements des manifestants (et notamment de la vidéaste qui leur répète à quel point ils sont « beaux » à visage découvert).

Mais il s’agit là encore d’une interprétation toute personnelle et erronée de leur comportement, comme nous l’explique la gendarmerie nationale : « Les [gendarmes mobiles] enfilent ou retirent leur casque selon la consigne qui leur est donnée : soit de l'enlever si la situation est calme, qu’il n’y a pas de jet de projectiles, soit le mettre dans le cas inverse ou s’il y a une tension générale. Le fait d’enlever son casque ne veut pas du tout dire qu’on adhère à une position politique. »

« Le casque est un moyen de protection qui relève de la posture de maintien de l’ordre […]. On l’enlève aussi de manière pratique pour se soulager, parce qu’il est très lourd à porter » conclut-elle.

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