Mouvement des lycéens: Pourquoi certains élèves sont-ils vent debout contre la réforme du lycée?

SOCIAL Selon le ministère de l’Éducation, environ 200 lycées restaient perturbés ou bloqués ce mercredi dans le sillage de la mobilisation des « gilets jaunes »…

Delphine Bancaud

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Une lycéenne à Pau qui manifeste contre les réformes dans l'éducation.Crédit:QUENTIN TOP/SIPA
Une lycéenne à Pau qui manifeste contre les réformes dans l'éducation.Crédit:QUENTIN TOP/SIPA — SIPA
  • Selon Philippe Vincent, secrétaire général du syndicat des proviseurs (Snpden), « ces mots d’ordre servent d’habillage à la mobilisation des lycéens car il n’y a eu aucun mouvement d’alerte à propos de ces réformes dans les établissements ».
  • Mais selon Louis Boyard, le président de l’Union nationale lycéenne (UNL), les lycéens ont de vraies raisons de protester contre le renforcement du contrôle continu au bac, la carte des spécialités qui sera proposée aux élèves, la spécialisation plus pointue des élèves de première.
  • Il pense que le mouvement de grogne va s’intensifier.

Depuis la fin de la semaine dernière, certains lycéens crient leur colère dans la foulée de la contestation des « gilets jaunes ». Selon le ministère de l’Éducation, environ 200 lycées restaient perturbés ou bloqués mercredi dans une quinzaine d’académies sur trente, avec des perturbations plus importantes dans celles de Créteil, Versailles, Marseille ou Lyon.

Les lycéens contestataires et leurs représentants syndicaux appellent notamment à l’abandon des réformes du lycée et du bac, actuellement dans les tuyaux. Mais selon Philippe Vincent, secrétaire général du syndicat des proviseurs (Snpden), « ces mots d’ordre servent d’habillage à la mobilisation car il n’y a eu aucun mouvement d’alerte à propos de ces réformes dans les établissements », affirme-t-il. Ce que conteste vivement Louis Boyard, le président de l’Union nationale lycéenne (UNL) : « Les lycéens ne sortent pas dans la rue pour s’amuser. Ils sont informés sur ce qui les attend avec la réforme du lycée ». Un avis partagé par Célia, élève dans un lycée de Chelles (Seine-et-Marne) : « Dans mon lycée, on a déjà organisé des blocus à ce sujet et on le refera », promet-elle.

« Ça va créer des inégalités entre les établissements »

Le ministère publiera fin décembre les nouveaux programmes de seconde et de première. Et dès cette année, les élèves de seconde devront choisir trois enseignements de spécialité qu’ils suivront en plus de ceux du tronc commun. Car le nouveau bac mettra fin aux séries S, L, et ES pour aller vers des parcours plus individualisés. Or, les élèves de seconde ne savent pas encore quelles seront les spécialités proposées par leur établissement. « Les établissements les communiqueront a priori mi-janvier. Et les élèves auront deux mois pour émettre des vœux provisoires et devront faire un choix définitif en juin », explique Philippe Vincent. Mais, le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer a bien précisé que les douze spécialités prévues sur le plan national n’existeront pas dans tous les lycées : « En moyenne, ils en proposeront sept. Dans les gros lycées de centre-ville, on montera à dix-douze en fonction des moyens humains dont ils disposent, mais dans certains lycées ruraux on sera plutôt à cinq spécialités », explique Philippe Vincent.

Et cette perspective déplaît très fortement à certains lycéens : « Ça va créer des inégalités entre les établissements », estime Célia. Mais selon le ministère, si un élève veut faire une spécialité n’existant pas dans son lycée, il pourra la suivre dans un lycée voisin. Une hypothèse à laquelle ne croit pas Louis Boyard : « Dans certaines régions, il y a parfois 50 kilomètres séparant deux lycées. Je ne vois pas commun un élève pourra étudier aussi loin de chez lui », fustige-t-il.

Le renforcement du contrôle continu inquiète

Par ailleurs, la spécialisation plus pointue des élèves de première crée quelques inquiétudes chez les élèves : « Ça va obliger les élèves de seconde à définir quelles études ils vont faire après le bac. C’est beaucoup trop tôt pour eux », estime Célia. Pour qu’ils soient mieux accompagnés dans leur processus d’orientation, la réforme du lycée a prévu la mise en place de deux professeurs principaux dès la seconde. « Mais force est de constater que ce n’est pas le cas dans tous les lycées. Par ailleurs, les profs principaux ne sont pas des professionnels de l’orientation, ils ne connaissent pas bien les filières », observe Louis Boyard.

Autre grief de certains lycéens contre la réforme du lycée. Le fait que le contrôle continu compte désormais pour 40 % de la note finale du bac ne plaît guère à certains d’entre eux : « Cela met fin à la dimension nationale de l’examen. D’autant qu’un 15/20 n’aura pas la même valeur dans un lycée d’éducation prioritaire que dans un établissement élitiste », indique Louis Boyard. « Cela va créer de la concurrence entre les établissements et certains profs risquent d’avoir la tentation de noter généreusement leurs élèves pour les valoriser et augmenter leurs chances d’obtenir la formation de leur choix sur Parcoursup », renchérit Célia.

« Un mardi noir » prévu dans les lycées la semaine prochaine

Et même s’il conteste le fait que la grogne actuelle des lycéens soit réellement due à la réforme du lycée,​ Philippe Vincent n’estime pas pour autant que certains points de friction soient exclus à l’avenir : « Avec les spécialités, les emplois du temps vont se complexifier. Ça peut générer des trous en pleine journée, ce qui ne ferait pas plaisir aux élèves », indique-t-il. « Pour moi, le mouvement de contestation contre la réforme du lycée va forcément prendre de l’ampleur », estime de son côté Louis Boyard. Selon une note de la Direction du renseignement de la préfecture de police datant de mardi et consultée par 20 Minutes, l’UNL annonce d’ailleurs un « mardi noir dans les lycées pour exiger de vraies mesures éducatives ».