«Gilets jaunes»: Combien vont coûter les annonces d'Edouard Philippe?

FACTURE Les diverses suspensions de taxes d'Edouard Philippe sont évaluées à deux milliards d'euros et pourraient mettre en danger le budget de la France...

20 Minutes avec AFP

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Edouard Philippe, le 4 décembre 2018 à Paris.
Edouard Philippe, le 4 décembre 2018 à Paris. — AFP

Suspension des taxes liées au carburant, pas d’augmentation du prix du gaz et de l’électricité en hiver, suspension du durcissement du contrôle techniqueLes mesures annoncées par Edouard Philippe ce mardi rebattent les cartes budgétaires pour 2019, alimentant les doutes sur la capacité de la France à maintenir son déficit sous la limite européenne des 3 % du PIB.

Deux milliards d’euros : c’est ce que devraient coûter aux finances publiques le gel des tarifs du gaz et le moratoire sur la hausse de la fiscalité des carburants, décidés ce mardi pour une période de six mois. Des propositions gouvernementales destinées à apaiser la colère des « gilets jaunes ».

Deux milliards d’euros de manque à gagner

Une somme importante, qui va obliger l’exécutif à revoir les équilibres de son projet de loi de finances (PLF) pour 2019, adopté en première lecture à l’Assemblée nationale et actuellement en discussion au Sénat. « Deux milliards d’euros, c’est 0,1 point de PIB », souligne François Ecalle, ancien magistrat à la Cour des comptes et spécialiste des finances publiques. « Par rapport au budget de l’Etat, c’est marginal, mais c’est quand même un réel manque à gagner. »

Un « manque à gagner » qui pourrait au demeurant être plus important si la hausse des taxes venait à être purement et simplement annulée au terme des six mois de suspension. Dans un tel cas, la perte pour l’Etat serait « de l’ordre de quatre milliards d’euros » l’année prochaine. Soit un niveau suffisant pour « remettre en cause l’architecture » du projet de budget 2019, estime François Ecalle.

Un déficit à la limite des règles de l’UE

Dans le PLF 2019, qui doit être discuté en deuxième lecture à l’Assemblée à partir du 17 décembre, le gouvernement a prévu un déficit public de 2,8 % du produit intérieur brut, en légère hausse par rapport à 2018 (2,6 % attendus), malgré des efforts plus marqués sur la dépense publique.

La fameuse règle des 3 % de déficit, qu’Emmanuel Macron a promis de respecter, est-elle désormais menacée ? Si le gel des taxes devait être prolongé sur douze mois, le déficit public atteindrait 3 % - soit la limite fixée par les traités européens. Mais un dérapage au-delà de 3 % est possible au vu des risques qui pèsent sur l’activité. Dans le PLF, Bercy a en effet prévu une croissance à 1,7 %. Une estimation jugée optimiste par nombre d’économistes au vu des dernières données conjoncturelles disponibles.

Que fera le gouvernement pour prévenir tout dérapage ? Lors de son allocution télévisée mardi, le Premier ministre Edouard Philippe a promis que le gel des taxes ne remettrait pas en cause les objectifs budgétaires de l’exécutif. « Si les impôts baissent, il faudra que les dépenses baissent, car nous ne voulons pas léguer des dettes à nos enfants […] Cela s’applique dès à présent pour la suspension des taxes que je viens de décider », a prévenu Edouard Philippe.