VIDEO. «Gilets jaunes» à Marseille: Les élèves de seconde ne veulent pas «d'un Bac mention quartiers Nord!»

MOBILISATION Comme souvent avec les mouvements lycéens, les élèves de seconde ne sont pas en première ligne. A Marseille, on en a interrogé plusieurs, à proximité d’un lycée des quartiers Nord bloqué ce lundi…

Jean Saint-Marc

— 

Une poubelle a été mise à feu devant le lycée Saint Louis, dans les quartiers Nord de Marseille.
Une poubelle a été mise à feu devant le lycée Saint Louis, dans les quartiers Nord de Marseille. — J. Saint-Marc / 20 Minutes
  • Les lycéens rejoignent le mouvement des « gilets jaunes » partout en France. Deux jeunes ont été blessés devant deux établissements marseillais.
  • Au lycée Saint-Exupéry, dans les quartiers Nord, l’ambiance était plus pacifique, malgré quelques dégradations. Des élèves de seconde témoignent de leurs inquiétudes au sujet de la réforme du baccalauréat.

« Je veux être au sommet du vide » : c’est ce slogan que contemplent chaque matin les élèves du lycée (public) Saint-Exupéry, dans le 15e arrondissement de Marseille. La vue sur le port de l’Estaque et sur la mer Méditerranée est magnifique. Si on se retourne, c’est nettement moins joli : Frédéric, gardien du lycée (privé) Saint Louis, nettoie le cadavre d’une poubelle brûlée. « C’est en face que ça bloque, ici, tout va bien », persifle-t-il, en pestant contre les milliers d’euros qu’il faudra débourser pour réparer l’interphone parti en fumée.

C’était tôt ce matin, en marge d’un rassemblement de lycéens «  gilets jaunes ». Au lycée Floride, un élève a été victime d’un coup sur la tête. Aux abords de Jean-Perrin, un jeune de 15 ans a été brûlé au dos, indiquent les pompiers, qui dénombrent aussi de très nombreux feux de poubelles.

Sarah, Marwa et leur petit groupe de copines redescendent la rue pour aller choper leur bus. « Elle fait peur, très très peur, cette réforme », lâche Sarah : « Je voulais aller en ES, mais ils suppriment la section ! Il faudra choisir soi-même ses matières. Mais je prends quoi, moi ? Je suis nulle en maths ! » Les profs - qui dialoguent avec les élèves devant le lycée - tentent de les rassurer, de leur expliquer un projet de réforme qu’ils ne comprennent pas tout à fait eux-mêmes.

Plus de contrôle continu et moins d’égalité ?

« De toute façon, c’est Parcoursup qui décidera à la fin. C’est un logiciel qui décide de ton avenir », résume Nawfan : « T’auras un bac des beaux quartiers et un bac mention quartiers Nord… Et résultat, personne ne voudra de nous ! » Une élève de première le coupe : « Wallah ! Tu seras surtout noté qu’avec des contrôles toute l’année où tu pourras tricher comme un bâtard, alors que nous, on se galère avec notre putain de Bac ! »

Le jeune Mehdi, 14 ans, 1 mètre 40 (estimation approximative), saute partout autour du piquet de grève. « Whoo, tu saoules, calme ta joie » : les « grands », les leaders du mouvement calment le jeu. Eux sont en BTS ou en master de médiation territoriale, à la fac. Aucun n’est adhérent d’un syndicat étudiant ou lycéen, mais l’UNL (Union nationale des lycéens) est passé dans le coin, la semaine dernière. « Leur tract m’a choqué, c’était écrit que les lycéens de Jean-Perrin et tous ceux du centre-ville étaient prioritaires par rapport à nous », s’alarme Mehdi. Il rêve d’être ingénieur :

Au départ, j’avais l’idée d’essayer de faire un bac scientifique, ou un bac STI2D (Sciences et technologies de l’industrie et du développement durable). Mais les options n’ont plus rien à voir ! Franchement, je suis perdu. »

Au « sommet du vide », Mehdi a un peu le vertige.