«Gilets jaunes»: Y a-t-il un risque de contagion de la grogne sociale aux lycéens et aux étudiants?

SOCIAL Dans le sillage des « gilets jaunes », les lycéens commencent à se mobiliser dans plusieurs régions de France…

Delphine Bancaud

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Une banderole devant un lycée de Rennes,  le 12 novembre 2018.
Une banderole devant un lycée de Rennes, le 12 novembre 2018. — DAMIEN MEYER / AFP
  • Selon le ministère de l’Education contacté par « 20 Minutes », entre 100 et 150 lycées étaient perturbés ce lundi.
  • Ils pourraient être encore plus nombreux vendredi, l’UNL (Union nationale lycéenne) ayant lancé un appel à la mobilisation.
  • Le gouvernement craint ces mouvements de lycéens, car ils sont difficiles à contrôler et peuvent s’étendre aux étudiants…

C’est l’inquiétude de tous les gouvernements : la fronde des mouvements de jeunesse. Et le visage fermé du ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, ce lundi midi sur LCI en disait long sur la crainte de ce « péril jeune ». Car selon le ministère de l’Education contacté par 20 Minutes, entre 100 et 150 lycées étaient perturbés ce lundi. « Les situations sont hétérogènes, cela va du barrage filtrant, au blocage partiel ou total de l’établissement, aux poubelles brûlées à l’extérieur… », a détaillé la rue de Grenelle.

Des perturbations ont été plus manifestes dans certaines académies comme Créteil, Marseille et Toulouse. Des violences ont même éclaté lundi devant le lycée professionnel Jean-Pierre Timbaud, à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. A Nice, les lycéens ont également bloqué plusieurs routes. Leurs revendications sont assez larges : « On s’inscrit dans le contexte des "gilets jaunes", mais on proteste contre les classes à 35 élèves, la réforme du bac, la sélection à l’entrée d’université et le service national universel », explique à 20 Minutes, Louis Boyard, président de l’UNL (Union nationale lycéenne).

Le souvenir cuisant du CPE

Une situation qu’a tenté de minimiser Jean-Michel Blanquer sur LCI, rappelant qu’il y avait « 4.200 lycées en France » et que c’était à chaque fois « une toute petite minorité d’élèves » qui bloquaient l’entrée des lycées. Mais pour Nicolas Palluau, chercheur post-doctorant à l'EHESS (École des hautes études en sciences sociales) et spécialiste des mouvements de jeunesse, ce début de mobilisation n’est pas anodin : « Les pouvoirs politiques ont peur de la colère des mouvements sociaux de la jeunesse car ils sont incontrôlables. Et ce n’est pas parce que les syndicats lycéens et étudiants ont un taux d’adhésion assez faible, que la jeunesse ne se reconnaît pas dans l’opposition à des projets gouvernementaux. Rappelons-nous sa contestation du CPE, de la réforme du Code du travail… », insiste-t-il.

D’autant que le fait que les jeunes descendent dans la rue pose « le problème de leur propre sécurité », souligne le chercheur. « Les chefs d’établissements dialoguent avec les forces de sécurité », précise d’ailleurs la rue de Grenelle. Reste qu’il semble impossible d’empêcher les lycéens de manifester avec potentiellement le risque pour eux d’être en présence de casseurs et de faire les frais de certains débordements. Ce que ne pardonnerait pas dans l’opinion publique…

Un grand appel à la mobilisation pour vendredi

Autre risque pour le gouvernement : « Que les étudiants rejoignent les lycéens », avance Nicolas Palluau. Ces derniers pourraient parvenir à une convergence des luttes, sur la contestation de Parcoursup , notamment. Si pour l’heure, l’Unef et la Fage n’ont pas lancé d’appel à la mobilisation, le syndicat des enseignants du supérieur, le Snesup-FSU a demandé ce lundi dans un communiqué aux personnels des universités d' « être aux côtés des étudiant.e.s et lycéen.en.s, pour la défense d’une université publique, gratuite et ouverte, sans sélection ni discrimination ».

Et les tensions pourraient s’accroître les prochains jours. « Car nous avons lancé un grand appel à la mobilisation pour vendredi. Nous tablons sur 300 lycées perturbés et nous manifesterons à Paris », annonce Louis Boyard. « Si le mouvement prend de l’ampleur, il sera difficile de l’arrêter », estime Nicolas Palluau. Mais il existe une possibilité d’éteindre l’incendie selon chercheur : « Il faut que les ministres de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur discutent avec les corps intermédiaires et remettent des propositions sur la table », indique-t-il.