«Gilets jaunes»: Après les violences à Paris, les manifestants devant la justice

JUSTICE Dès lundi et mardi, des dizaines de suspects arrêtés pendant le week-end seront jugés au tribunal correctionnel de Paris en comparution immédiate...

20 Minutes avec AFP

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Après un troisième samedi de mobilisation des gilets jaunes, les appels à une nouvelle journée de mobilisation le 8 décembre prochain fleurissent déjà sur les réseaux sociaux.
Après un troisième samedi de mobilisation des gilets jaunes, les appels à une nouvelle journée de mobilisation le 8 décembre prochain fleurissent déjà sur les réseaux sociaux. — Luke Dray/Cover Images/SIPA

Au lendemain de violences «sans précédent» à Paris pendant la mobilisation des «gilets jaunes», la riposte judiciaire se met en place: près de deux-tiers des 378 gardés à vue doivent être présentés à la justice et des enquêtes seront lancées pour identifier notamment les auteurs des dégradations à l'Arc de Triomphe.

«La justice passera», a promis dimanche le tout nouveau procureur de la République Rémy Heitz, pour sa première conférence de presse depuis qu'il a succédé à François Molins à la tête du parquet de Paris. «A la suite de telles exactions, à la suite d'une telle émeute urbaine, à la suite de telles violences, il ne peut y avoir d'impunité», a-t-il assuré.

Dès lundi et mardi, des dizaines de suspects arrêtés pendant le week-end seront jugés au tribunal correctionnel de Paris lors d'audiences en comparution immédiate, dont le nombre été doublé pour faire face à un «afflux considérable», a précisé Rémy Heitz.

L'effectif des magistrats du parquet de permanence triplé

Le parquet de Paris n'avait «jamais eu à gérer un nombre aussi important de gardes à vue», a assuré le procureur lors d'une conférence de presse commune avec le préfet de police Michel Delpuech.

Pour y répondre, l'effectif des magistrats du parquet de permanence, chargés d'orienter les procédures, a été triplé par rapport à un dimanche ordinaire pour passer à quinze, la présence d'avocats doublée et le nombre de greffiers aussi augmenté considérablement. «Notre capacité de jugement a été très nettement augmentée», a souligné le procureur.

L'Arc de Triomphe tagué et saccagé, des grilles du jardin des Tuileries arrachées, des véhicules incendiés, des magasins pillés... Au total, 412 personnes ont été interpellées samedi, «un niveau jamais atteint dans les dernières décennies», a précisé le préfet de police évoquant «des violences d'une gravité sans précédent». En particulier, «249 feux» ont été recensés par les pompiers, visant «112 véhicules, 130 mobiliers urbains» et «six bâtiments», et les forces de l'ordre ont été visées par «des jets de marteaux», de «billes en acier» ou de «gros boulons», a énuméré Michel Delpuech.

Deux tiers des personnes en garde à vue seront déférées

En visite au service de traitement en temps réel des procédures pénales du tribunal de grande instance, situé dans le quartier des Batignolles à Paris, la garde des Sceaux Nicole Belloubet a, elle, indiqué qu'«environ deux tiers» des personnes en garde à vue feraient l'objet d'un défèrement devant la justice.

Pour les juger, cinq audiences de comparution immédiate sont prévues lundi, contre trois habituellement, et quatre mardi. Les audiences de comparution avec reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), une procédure qui permet d'éviter un procès, seront aussi doublées, selon Rémy Heitz.

Les prévenus devront répondre des chefs d'«actes de violence sur personne dépositaire de l'autorité publique», «dégradations sur des biens destinés à l'utilité publique», «regroupements en vue de commettre des violences», ou encore «port d'armes», des qualifications passibles de 3 à 7 ans d'emprisonnement, a indiqué le procureur.

Par ailleurs, concernant «des faits beaucoup plus graves», «des enquêtes au long cours se poursuivent pour mettre au jour des infractions commises, grâce notamment à la vidéo», a-t-il annoncé, précisant notamment que la police judiciaire avait été saisie pour les actes commis à l'Arc de Triomphe et le vol d'un fusil d'assaut dans un véhicule des forces de l'ordre. «Il y a la volonté que ce type de dégradations ne soit pas sans conséquences», a de son côté insisté la garde des Sceaux.