VIDEO. COP 24: Quels sont les effets du réchauffement climatique dans le massif du Mont-Blanc?

COP 24 A l'occasion de la COP 24, qui a commencé dimanche à Katowice, en Pologne, «20 minutes» s'est intéressé aux conséquences du réchauffement climatique dans le massif du Mont-Blanc... 

Elisa Frisullo

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Le Mont-Blanc, en Haute-Savoie. Lancer le diaporama
Le Mont-Blanc, en Haute-Savoie. — Allili/ Sipa
  • « 20 minutes » s’est intéressé aux conséquences du réchauffement climatique dans le massif du Mont-Blanc, à l’occasion de la COP 24 qui a débuté en Pologne.
  • Dans le massif du Mont-Blanc, la hausse des températures, plus rapide, se traduit par la poursuite de la fonte des glaciers et une multiplication des écroulements.
  • Pour les guides de la haute montagne, les méfaits du réchauffement sont déjà bien visibles et vont imposer une nette évolution de leur métier et des pratiques.

Fin août 2017, dans les Grisons, en Suisse, plus 3 millions de m3 du Piz Cengalo se sont effondrés. Huit personnes sont mortes dans l’avalanche rocheuse et la coulée de boue qui ont suivi. Un écroulement exceptionnel, de par son volume, qui illustre bien, selon les chercheurs, les effets du réchauffement climatique dans les massifs alpins, comme celui du Mont-Blanc.

Des conséquences bien visibles depuis une vingtaine d’années dans les Alpes qui devraient encore s’accentuer jusqu’à la fin du siècle, selon des spécialistes interrogés par 20 Minutes, à l’occasion de la COP 24 qui a commencé dimanche en Pologne.

« Les températures vont continuer de se réchauffer de plus en plus vite », indique Ludovic Ravanel, un géomorphologue de 36 ans, chargé de recherches CNRS au laboratoire Edytem de l’Université de Savoie. Depuis le début des années 2000, ce spécialiste de la haute montagne sillonne le massif du Mont-Blanc pour étudier l’évolution des parois rocheuses sous l’effet des évolutions climatiques. Et il ne chôme pas, l’accélération du réchauffement étant deux à trois fois plus rapide dans les sommets alpins qu’ailleurs.

Entre 3 et 5 degrés de plus d’ici à la fin du siècle

« Depuis 1936, soit en trois quarts de siècle, les températures enregistrées à Chamonix ont augmenté de 2°C contre 0.74°C à l’échelle planétaire sur tout le XXe siècle », souligne-t-il. Une situation qui ne devrait pas s’arranger dans les prochaines décennies, les climatologues prévoyant une hausse des températures de 3 à 5 degrés d’ici à la fin du siècle.

Signe le plus visible, la fonte des surfaces glacières, qui ont diminué de moitié dans les Alpes depuis le début du XXe siècle, devrait se poursuivre de manière marquée. Les scientifiques prévoient qu’à l’horizon 2100, tous les glaciers situés en dessous de 3.500 mètres d’altitude auront disparu.

Parmi les autres effets du changement climatique, la hausse des écroulements (chute de pierre de plus de 100m3), observée ces dernières années, inquiète dans le massif du Mont-Blanc. Depuis 2007, plus de 150 phénomènes de ce type y ont été enregistrés. « Leur fréquence et leur volume devraient continuer d’augmenter en raison de la dégradation du permafrost. Cet état thermique ne permet plus à la glace, là où normalement les terrains sont durablement gelés, de jouer son rôle de ciment de nos montagnes », précise le chercheur. Résultat, la roche cède et les écroulements se multiplient.

« Il va falloir changer nos habitudes de guide »

Face au changement climatique, dont ils perçoivent désormais au quotidien les méfaits, les professionnels de la montagne ne se bercent guère d’illusions. « Il va falloir changer nos habitudes de guide. Tout cela va nous forcer à évoluer dans notre pratique afin de choisir le terrain le plus sûr, par rapport à sa stabilité, au moment le plus sûr », confie Jean-Christophe Bèche, guide dans le massif du Mont-Blanc depuis 1978.

Des étés caniculaires et des hivers très enneigés, ce haut-savoyard en a connus. Mais l’hiver dernier lui est apparu particulièrement compliqué. « Les conditions d’enneigement étaient bonnes. Mais en quelques heures, à 3.000 mètres, on passait de la neige à la pluie, puis au grand beau. Ces variations de températures, très rapides, rendaient le manteau neigeux particulièrement instable. Cela a été un casse-tête tout l’hiver pour les guides. Tous les jours, nous devions remettre en cause nos projets », se souvient le montagnard, également président de l’association de secours et prévention La Chamoniarde.

 

Des périodes de bonne pratique plus courtes

Au cours des dernières décennies, il a vu le massif changer. « Plusieurs courses de neige qui étaient habituelles en juillet et en août ne sont plus d’actualité », ajoute Jean-Christophe Bèche. La voie normale de l’Aiguille verte par exemple, qui était encore bien enneigée l’été dans les années 80, est aujourd’hui privée de neige dès la fin du printemps.

Des changements avec lesquels les professionnels de l’alpinisme et du tourisme vont devoir composer pour s’en sortir. « Les évolutions climatiques font que les conditions de bonne pratique sont de plus en plus courtes et décalées du rythme saisonnier. Même si nous faisons des efforts, on ne peut plus faire machine arrière. La montagne va continuer de changer. Mais les périodes de vacances scolaires sont importantes pour nous. Nous allons devoir nous interroger sur la manière dont nous allons articuler le tourisme », conclut le guide.