VIDEO. «Gilets jaunes»: Violences et dégradations... 412 interpellations et 133 blessés dont un «en urgence absolue»

VIOLENCES Le parquet veillera à « ne pas laisser impunies ces exactions inacceptables », a affirmé le procureur de Paris Rémy Heitz...

M.C. avec AFP

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La mobilisation des «gilets jaunes» a dégénéré sur les Champs-Elysées, le 1er décembre 2018.
La mobilisation des «gilets jaunes» a dégénéré sur les Champs-Elysées, le 1er décembre 2018. — Luke Dray/Cover Images/SIPA

Un rare déferlement de violences à Paris où des véhicules et restaurants ont été incendiés, des magasins pillés et des policiers attaqués. La mobilisation des « gilets jaunes » samedi a donné lieu à des scènes de chaos, fermement condamnées par le chef de l’Etat, dans plusieurs quartiers de la capitale.

Au total, 412 personnes ont été interpellées dont 378 entendues sous le régime de la garde à vue. Par ailleurs 133 personnes ont été blessées, dont une est « en urgence absolue », a indiqué la préfecture de police ce dimanche matin. Vingt-trois membres des forces de l'ordre ont été blessés.

Samedi soir, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avait donné un bilan de 287 interpellations et 110 blessés.

Macron réagit depuis Buenos Aires

« Aucune cause ne justifie que les forces de l’ordre soient attaquées, que des commerces soient pillés, que des passants ou des journalistes soient menacés, que l’Arc du Triomphe soit souillé », a de son côté déclaré Emmanuel Macron à Buenos Aires, à la fin du sommet du G20, en annonçant une réunion d’urgence « dimanche matin » notamment avec son Premier ministre.

Du quartier de l’Opéra à la prestigieuse avenue Foch en passant par la rue de Rivoli, des scènes de guérilla urbaine se sont répétées dans plusieurs quartiers huppés de la capitale, éclipsant le message porté ailleurs en France par des dizaines de milliers de « gilets jaunes ». Le Premier ministre Edouard Philippe a évoqué des violences « incroyablement choquantes » lors d’une visite samedi soir dans une caserne de policiers. En début de soirée, la situation était « plus apaisée » dans la capitale, « mais pas totalement sécurisée », a observé Christophe Castaner.

23 policiers blessés

A l’issue de cette troisième journée d’action nationale des « gilets jaunes », 412 personnes ont été interpellées dans la capitale et 133 blessées, dont 23 parmi les forces de l’ordre. Au total, près de 190 départs de feu ont été traités par les sapeurs-pompiers pendant la journée et six immeubles incendiés. Le parquet veillera à « ne pas laisser impunies (ces) exactions inacceptables », a affirmé le procureur de Paris Rémy Heitz.

Plusieurs faits trahissent le désordre qui a régné dans certaines rues de la capitale où 4.600 gendarmes et policiers étaient mobilisés. Un fusil d’assaut a été dérobé dans une voiture de police, un manifestant a été gravement blessé par une grille du Jardin des Tuileries qu’il venait de desceller avec d’autres « gilets jaunes » et une voiture des forces de l’ordre a été incendiée.

« Je suis solidaire avec les "gilets jaunes", mais j’ai envie de pleurer face à toute cette violence », résumait Fanny, une infirmière de 47 ans. « Ça sent la Révolution ». Dans plusieurs quartiers au cœur de la capitale, des personnes cagoulées ont pris à partie des pompiers et érigé des barricades de fortune pour freiner les forces de l’ordre qui ont répliqué par des tirs de lacrymogène, ont constaté des journalistes de l’AFP.

« Les coupables de ces violences ne veulent pas de changement, ne veulent aucune amélioration, ils veulent le chaos », a affirmé Emmanuel Macron. Le syndicat de police Alliance a évoqué des « scènes d’insurrection » tandis qu’Unité SGP Police refusait que les policiers soient les « boucs émissaires de l’autisme du gouvernement ».

Scènes surréalistes et Arc de triomphe tagué

« Il va falloir à un moment que Macron nous entende sinon ça va être de pire en pire », a déclaré Gaetan Kerr, 52 ans, agriculteur venu de l’Yonne, non loin des Champs-Elysées. C’est dans ce quartier, sur le rond-point de l’Étoile, que les premiers heurts ont éclaté vers 8h45 quand des manifestants ont tenté de forcer un barrage selon une source policière, s’attirant la riposte des forces de l’ordre.

Les échauffourées autour de l’Arc de Triomphe ont donné lieu à des scènes surréalistes. Réunis autour de la flamme du soldat inconnu, des manifestants ont entonné la « Marseillaise » dans les nuages de gaz lacrymogène et des tags anti-Macron ont été peints au pied du monument.

Après ces premiers heurts, les manifestants les plus radicaux ont reflué dans des avenues adjacentes. Tout au long de la journée, la situation a de fait été nettement plus calme sur l’avenue des Champs-Elysées elle-même, sécurisée par un quadrillage policier très serré.

Des défilés ont dégénéré à Bordeaux, Toulouse, Nantes, Tours ou Dijon

Plusieurs figures de l’opposition, dont Jean-Luc Mélenchon, ont accusé le gouvernement de mettre en scène ces violences pour discréditer les « gilets jaunes », une affirmation « honteuse » selon Christophe Castaner. Pour le porte-parole des Républicains (LR) Gilles Platret, « il est impératif » que l’exécutif « fasse un geste significatif » envers les "gilets jaunes".

Le mouvement s’est également poursuivi hors de Paris. Selon le dernier bilan disponible établi à 15h, 75.000 manifestants avaient été recensés samedi en France. La première journée nationale, le 17 novembre, avait réuni 282.000 personnes, et la deuxième 106.000. La plupart des mobilisations se sont déroulées dans le calme mais des défilés ont dégénéré à Bordeaux, Toulouse, Nantes, Tours ou Dijon. A Saint-Etienne, des casseurs ont tenté de pénétrer dans un centre commercial et en Haute-Loire, la préfecture a été incendiée après le jet de cocktails molotov.