«Gilets jaunes»: «S'il faut rester mobilisé jusqu'à la fin du mandat de Macron, je le ferai»

TEMOIGNAGE Jordan, 25 ans, a fait partie des premiers « gilets jaunes » de la Sarthe. Il explique sa détermination à faire plier le gouvernement…

Charlotte Murat

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Des «gilets jaunes» ont tenté de bloquer le dépôt pétrolier du Mans, le 29 novembre 2018.
Des «gilets jaunes» ont tenté de bloquer le dépôt pétrolier du Mans, le 29 novembre 2018. — JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
  • Jordan, 25 ans, est mobilisé avec les « gilets jaunes » dans la Sarthe depuis le début.
  • Samedi, il viendra manifester à Paris pour la première fois.
  • Il est déterminé à faire plier le gouvernement, et doute que les « gilets jaunes », qui se tempèrent pour le moment, contiennent leur colère encore bien longtemps.

Pour la première fois depuis le début du mouvement des « gilets jaunes », il manifestera dans les rues de Paris samedi 1er décembre. A 25 ans, Jordan fait partie des premiers mobilisés de la Sarthe. Depuis le 17 novembre, ce fonctionnaire du service espaces verts d’une municipalité passe en moyenne deux jours sur trois sur des lieux de blocage pour défendre son pouvoir d’achat.

« Je suis en colère. Je ne comprends pas le gouvernement, il fait tout à l’envers, ça n’a pas de sens ! Je gagne 1.401 euros net par mois. Une fois que j’ai payé mon loyer, mes factures, mon carburant pour aller travailler, mes impôts et ma nourriture, il me reste 35 euros. Il y a deux ans, c’était 40 euros et 100 euros mis de côté tous les mois. Ce n’est pas normal. Et encore, je ne suis pas le plus malheureux, c’est déjà bien de gagner ça à mon âge. Je ne suis pas à 900 euros par mois comme certains.

« On nous reproche de ne pas penser à l’avenir de la planète, mais c’est faux »

Je suis mobilisé depuis le début. Je n’avais pas les moyens d’aller à Paris le 17 novembre, alors j’ai cherché des pages Facebook de mobilisations dans mon département. J’y passe tout mon temps libre, mes soirées, mes week-ends. Vous savez, ce n’est pas une partie de plaisir. Je préférerais rester chez moi, mais il faut que les choses bougent.

Cette semaine, quand j’ai entendu que le prix de l’électricité allaient augmenter, ça m’a décidé à aller à Paris samedi. C’est quand même dingue ! Ça fait deux semaines que la France est mobilisée pour demander une baisse des taxes et une hausse du pouvoir d’achat et on nous annonce exactement l’inverse. Alors s’il faut tenir jusqu’à la fin du mandat d’Emmanuel Macron, je le ferai.

On nous reproche souvent de ne pas penser à l’avenir de la planète avec nos voitures. Mais c’est faux. Moi je ne demande que ça de rouler vert, de changer ma façon de consommer. Et c’est pareil pour tous les « gilets jaunes » avec lesquels je discute. Mais qu’on nous en donne les moyens. Comment est-ce qu’on peut s’acheter une voiture plus verte quand on finit tous les mois dans le rouge ? Les « gilets jaunes » ne veulent pas être encore et encore et encore et encore ceux qui doivent faire des efforts. Le gouvernement taxe les mauvaises personnes. Qu’il rétablisse l’ISF !

« Demain, ça peut dégénérer »

Je ne sais pas comment ça va se passer à Paris. Je ne sais pas quoi penser des images de violences sur les Champs-Elysées le 24 novembre. Les gens sont à fleur de peau. Et les cortèges sont à l’image de notre société, il y a de tout : des gens pacifiques, des gens violents. Mais ce qu’il faut que le gouvernement comprenne, c’est que, si on est dans la rue, c’est qu’on a une raison d’y être.

Dans la Sarthe, jusqu’à jeudi soir [quand des « gilets jaunes » ont tenté de bloquer un dépôt de carburant et ont affronté la police], ça s’est toujours très bien passé. Je n’ai jamais vu autant de fraternité entre les gens, et c’est bien la seule valeur qui est encore debout dans notre devise. Mais face à l’attitude du gouvernement, beaucoup de gens se tempèrent, se retiennent, moi compris. On a trop de colère en nous. Alors oui, demain, ça peut dégénérer. »