VIDEO. «Gilets jaunes»: Soutien d'un conseil des droits de l'homme, manifestant blessé à la main... Le vrai du faux du mouvement

FAKE OFF « 20 Minutes » décrypte des contenus devenus viraux sur les « gilets jaunes »…

Mathilde Cousin et Alexis Orsini

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Des « gilets jaunes » à Bordeaux
Des « gilets jaunes » à Bordeaux — Ugo Amez/SIPA
  • 20 Minutes revient sur des photos et des rumeurs qui circulent sur le mouvement des « gilets jaunes ».
  • Mort d’un manifestant, blessure à la main d’un autre, mystérieux soutien du « Conseil de Genève des droits de l’homme et de la justice », faux soutien d’un gendarme et un faux sosie, 20 Minutes décrypte cinq contenus partagés sur les réseaux sociaux.

Mort d’un manifestant, blessure à la main d’un autre, mystérieux soutien du « Conseil de Genève des droits de l’homme et de la justice » et un faux sosie, 20 Minutes revient sur des photos et des rumeurs qui circulent sur le mouvement des « gilets jaunes ».

  • Non, un manifestant n’est pas mort samedi

La rumeur a été relayée par des blogs conspirationnistes. Ceux-ci ont publié une vidéo dans laquelle une femme portant un gilet jaune explique qu’une personne a été tuée lors de la manifestation samedi sur les Champs-Elysées. « Il a été déclaré mort par les pompiers », explique la femme à son auditoire. Contactés par 20 Minutes, les pompiers de Paris indiquent « ne pas avoir de notion de victime décédée sur cette manifestation ».

  • ​​Qu’est-ce que le « Conseil de Genève des droits de l’homme et de la justice », qui appelle le gouvernement à répondre aux « gilets jaunes » ?

Dans un post de blog publié le 25 novembre, le « Conseil de Genève des Droits de l’Homme et de la Justice » appelle « le gouvernement français à répondre aux demandes des gilets jaunes ». Ce post a été partagé des milliers de fois sur Facebook.

« Le Conseil de Genève des Droits de l’Homme et de la Justice a appelé samedi le gouvernement français à respecter l’escalade des manifestations populaires dans le pays, à répondre à ses demandes et à s’abstenir de toute répression du droit de manifestation et de réunion pacifique garanti par le droit international », est-il écrit dans cette note de blog. L’organisation qualifie le mouvement de protestation « d’automne français. »

Une organisation bien peu transparente

Cette organisation est différente du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, lui aussi installé à Genève. Peu d’informations sur la composition de ce « Conseil de Genève » sont disponibles sur son site internet. Dans la rubrique « à propos de nous », il se définit comme une « organisation non gouvernementale », « vouée à la promotion du respect de l’éthique, des principes et des normes relatifs aux droits de l’homme. » Aucun nom de membre n’est indiqué.

Le site internet a été créé en mai 2018 en anglais et en arabe. Il existe en français depuis octobre. En juin, ce « Conseil de Genève » a organisé un séminaire au Danemark sur les droits de l’homme en Arabie saoudite. Un membre du parti social démocrate danois aurait participé à ce séminaire. Contacté par 20 Minutes, le parti n’était pas en mesure de confirmer si l’homme est bien membre des sociaux-démocrates. 20 Minutes a contacté d’autres participants de ce séminaire, sans retour de leur part.

Une deuxième organisation similaire

Le 19 novembre, ce Conseil de Genève a publié une note de blog en français présentée comme une dépêche de l’agence Reuters. Dans la version anglaise du site, il n’est plus fait mention de l’agence de presse. Cette fausse dépêche n’est disponible que sur le site du « Conseil de Genève ».

Cette note de blog cite trois organisations qui appellent conjointement « la communauté internationale à prendre fermement position contre les violations des droits de l’Homme en Arabie saoudite ». Sont signataires de cet appel le « Conseil de Genève », « l’Institut francophone des libertés » et la « Fédération internationale des droits de l’Homme et du développement », dont le responsable est un Palestinien.

Point troublant, cet « Institut francophone des libertés » possède un site internet qui est fortement inspiré de celui du « conseil de Genève » et qui a lui aussi été créé en mai 2018. La rubrique « à propos » des deux sites est quasiment identique.

  • Une porte-parole des « gilets jaunes » identifiée (à tort) auprès de Macron
Le comparatif viral sur les réseaux sociaux
Le comparatif viral sur les réseaux sociaux - capture d'écran

Le même type d’intox a déjà été repéré chez les « gilets jaunes » : certains de leurs leaders seraient en fait des « taupes » au service du gouvernement, à l'instar de Jean-Baptiste Hubert, coorganisateur d’un des blocages du 17 novembre dans l’Aisne. Marine Charrette-Labadie, l’une des huit porte-parole officiels du mouvement, en est victime à son tour, par le biais d’un photomontage très partagé. On y voit une capture d’écran de la jeune femme à lunettes, lors de son interview par BFM-TV, à côté d’une autre image où l’on distingue une femme à la monture similaire, derrière Emmanuel Macron.

Cette ressemblance a visiblement suffi à convaincre nombre d’internautes, à commencer par l’auteur du post Facebook viral : « MEFIANCE : ETRANGE RESSEMBLANCE, EN EFFET ! Voici la photo de la gamine de 22 ans faisant partie des 8 personnes censées être nos porte-parole. A côté de cette photo, vous pouvez voir une photo de Macron avec des personnes derrière lui, et dans ces personnes, on voit une jeune fille pouvant être la jumelle de la porte-parole. On change de coupe de cheveux et le tour est joué. »

La femme visible derrière Emmanuel Macron n’a pourtant rien à voir avec la porte-parole des « gilets jaunes » de Corrèze puisqu’il s’agit de l’une de ses attachées de presse, Marion Beyret. « C’est bien moi [à l’époque où je travaillais pour] La République en marche », confirme cette dernière à 20 Minutes. Ce qui explique sa présence aux côtés du futur président lors de cette interview réalisée par Quotidien le 23 avril 2017, alors qu’il fêtait sa victoire au premier tour de l’élection présidentielle dans la célèbre brasserie parisienne La Rotonde.

En outre, une comparaison entre la photo de profil Twitter de Marion Beyret et une autre capture d’écran tirée d’une intervention de Marine Charrette-Labadie sur LCI permet de mettre à mal cette « étrange ressemblance ».

Marine Charrette-Labadie, porte-parole des « gilets jaunes »
Marine Charrette-Labadie, porte-parole des « gilets jaunes » - capture d'écran
  • Non, un gendarme anonyme n’a pas apporté son soutien aux « gilets jaunes »

« Un message de la gendarmerie », écrit cet internaute en légende d’une photo qui met en scène un gendarme portant un bout de papier sur lequel il est écrit « ne lâchez rien !! ». L’internaute a posté la photo, repérée par AFP Factuel, sur Facebook le 24 novembre, journée de manifestations dans toute la France.

Cette photo date au moins d'octobre 2016.
Cette photo date au moins d'octobre 2016. - Capture d'écran Facebook

La photo a été partagée plus de 184.000 fois. Pourtant, elle n’a pas été prise cette année. Grâce à une recherche inversée d’images, on la retrouve sur un blog. La publication remonte à octobre 2016.

  • Oui, un « gilet jaune » a bien eu la main arrachée à Paris

Si nombre d’images d’affrontements entre forces de l’ordre et manifestants qui circulent depuis plusieurs semaines sont sorties de leur contexte, d’autres sont authentiques. A l’instar de la vidéo, particulièrement violente, montrant plusieurs personnes tenter de venir en aide à un « gilet jaune » à la main arrachée alors qu’il manifestait à Paris le 24 novembre.

Plusieurs médias s’étaient fait l’écho de cette information sur Twitter en fin de journée. « On vient de croiser un jeune homme la main à moitié arrachée par une grenade (on ignore le modèle) » rapportait ainsi la revue Ballast, au même titre que l’hebdomadaire Lundi matin : « Avenue Franklin-Roosevelt, un homme a la main arrachée, la police continue de gazer là où d’autres manifestants tentent de le prendre en charge. Très très violent »

Contacté par 20 Minutes, le journaliste de Lundi matin présent sur place raconte : « Juste avant 18 heures, les policiers évacuaient les Champs-Elysées alors que l’ambiance était calme, il n’y avait absolument aucun affrontement. Ils envoyaient des grenades lacrymogènes de près et de loin, comme ils l’ont fait tout l’après-midi. »

« J’ai vu ce pauvre jeune homme qui a eu la mauvaise idée d’écarter la grenade à la main pour éviter qu’elle ne touche son cercle familial, et elle lui a explosé dans la main. Une fois blessé, un proche l’a transporté et déplacé […] à l’écart des [forces de l’ordre], qui ont relancé des gaz lacrymogènes », poursuit-il. Une blessure grave confirmée par Cyrille Choupas, le photographe de la revue Ballast : « Je n’ai pas vu l’explosion en soi [mais] j’ai vu le gamin avec la main en sang, sa mère était à côté. »

Deux personnes gravement blessées à la main

La préfecture de police de Paris nous indique en outre que le bilan humain de la journée du 24 novembre est de « 31 personnes blessées : 24 parmi les manifestants, dont une personne blessée sérieusement à la main, et 7 blessés parmi les forces de l’ordre, dont une sérieusement ».

Elle précise toutefois que la victime touchée à la main est une femme, qui se trouvait « sûrement dans le secteur des Champs-Elysées », confirmant ainsi une information de nos confrères de CheckNews, sur la prise en charge par les pompiers de deux personnes gravement blessées à la main ce jour-là.

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