Non, un organisateur des «gilets jaunes» n'était pas un casseur à la solde du gouvernement

FAKE OFF Dans l'Aisne, un « gilet jaune » qui avait co-organisé un des blocages du 17 novembre est accusé d'être un casseur à la solde du gouvernement...

Alexis Orsini

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Le post Facebook devenu viral.
Le post Facebook devenu viral. — capture d'écran
  • Le 17 novembre, des « gilets jaunes » avaient organisé un blocage au rond-point de Fayet, près de Saint-Quentin (Aisne).  
  • L'un des organisateurs de ce mouvement est aujourd'hui accusé dans différents posts Facebook viraux d'être un casseur ayant oeuvré pour le gouvernement.
  • Celui-ci a porté plainte pour diffamation, et dément ces rumeurs auprès de 20 Minutes, qui fait le point sur cette intox. 

Alors que le flou entoure l’« acte 3 » du mouvement  des « gilets jaunes » - une nouvelle journée de mobilisation prévue le 1er décembre mais démentie par l’un des représentants du mouvement-, certains rassemblements locaux sont en proie à des dissensions.

Dans l’Aisne, l’un des coordinateurs de la journée de blocage initiale du 17 novembre, Jean-Baptiste Hubert, est ainsi ciblé par des rumeurs qui le présentent comme une « taupe » du gouvernement. Un post Facebook mis en ligne le 21 novembre et partagé plus de 147.000 fois affirme ainsi que l’artisan est un « casseur [payé par Emmanuel Macron] pour se mêler » aux rangs des « gilets jaunes ».

« Cet homme, qui [soi-disant] était l’organisateur des gilets jaunes sur St Quentin est ni plus ni moins qu’un bouffon envoyé par le gouvernement pour foutre la merde et faire passer les gilets jaunes pour des casseurs. Ce qu’il a réussi en partie à faire samedi soir au rond-point de Fayet. Pour preuve, il est passé sur BFMTV derrière Mr. Waquier [sic] » poursuit ce post.

Le post Facebook accusateur.
Le post Facebook accusateur. - capture d'écran

L’ex-coordinateur du blocage du 17 novembre réalisé au rond-point de Fayet, à l’entrée de Saint-Quentin, est aussi visé par un long texte critique publié le 19 novembre sur Facebook. Signé d’une des organisatrices locales du mouvement, il lui reproche notamment de « manipule [r] la foule » et d’utiliser « des très jeunes gens pour scander des slogans contre Macron alors que lui même [a] la carte du parti. »

Autant d’affirmations démenties auprès de 20 Minutes par Jean-Baptiste Hubert, qui a porté plainte pour atteinte à la vie privée et diffamation, comme le rapporte Le Courrier Picard.

FAKE OFF

« Je ne suis pas un casseur et je doute que le gouvernement envoie des casseurs », nous indique l’ex-coordinateur local des « gilets jaunes ». Contacté par 20 Minutes, le parquet de Laon souligne que « l’intéressé ne fait pas partie des personnes convoquées en justice dans le cadre des infractions commises par le mouvement des "gilets jaunes". »

Jean-Baptiste Hubert précise en outre : « Je n’ai jamais donné d’interview à BFM-TV et je ne suis pas encarté chez En Marche !, ni dans aucun parti politique ». Sawsen Clément-Jebbari, responsable La République en marche (LREM) dans l’Aisne, nous confirme n’avoir « aucun adhérent de ce nom ».

Jean-Baptiste Hubert reconnaît en revanche volontiers son militantisme politique et notamment sa récente participation à la campagne législative de 2017 en faveur du candidat de Debout la France (DLF) dans la 2e circonscription de l’Aisne, Jean-Christophe Seube.

Si l’artisan était bien présent en tant que co-organisateur au rond-point de Fayet le 17 novembre, comme en attestent plusieurs vidéos filmées ce jour-là, ce rassemblement n’avait pas entraîné de débordement. Les différents articles consacrés à l’évènement rapportent au contraire une ambiance plutôt paisible – à l’exception d’une conductrice qui aurait été forcée de retirer son voile par des « gilets jaunes », un incident que Jean-Baptiste Hubert avait condamné dans Le Courrier Picard.
 

France 3 Picardie dressait le même constat dans ses deux JT du 17 novembre, diffusés à la mi-journée puis en soirée, dans lesquels apparaissait d’ailleurs Jean-Baptiste Hubert en gilet orange, « le code couleur utilisé pour désigner les organisateurs » de ce blocage qui avait rassemblé environ 400 personnes.

Interviewé à l’occasion du JT 12/13 – dont est tirée la capture d’écran du photomontage présentée comme venant de BFM-TV alors que le micro aux couleurs de France 3 y est clairement visible – il affirmait notamment : « Pour le moment on est très satisfait, […] il n’y a pas eu de casse, c’est vraiment un mouvement apolitique, très calme, donc on n’a vraiment pas de souci là-dessus. […] Aujourd’hui on est au maximum de la sécurité, […] on essaye de faire au maximum pour qu’il n’y ait pas d’incident. » Un discours très semblable à une partie d’un des posts accusateurs : « Personne ne nous récupérera les gilets jaunes, ils sauront se reconnaître apolitique [s] et pacifique [s] »

Extrait du JT de mi-journée de France 3 Picardie où était interviewé Jean-Baptiste Hubert.
Extrait du JT de mi-journée de France 3 Picardie où était interviewé Jean-Baptiste Hubert. - capture d'écran

« C’est de la pure calomnie »

L’artisan dénonce pour sa part l’attitude de sa co-organisatrice du 17 novembre, à l’origine de ce texte : « Je la connais bien, je l’ai rencontrée le 8 novembre et on a appris à faire connaissance jusqu’au 17 novembre. […] Elle a vu que je gérais [de nombreuses] personnes, ça l’a interpellée que j’arrive à le faire, donc elle a vu un intérêt à faire pareil, c’est de la jalousie mal placée et de la pure calomnie. Dire que je suis macroniste, c’est le meilleur moyen de me discréditer auprès du mouvement. »

S’il a pris ses distances avec certains manifestants depuis la publication de ces posts, Jean-Baptiste Hubert affirme « être de tout cœur avec les "gilets jaunes" et soutenir à 100 % » le mouvement : « Moi, j’étais venu défendre les intérêts des contribuables, mon objectif n’a pas changé, je n’ai rien à gagner, mon combat se poursuit. Je ne regrette pas [d’avoir organisé le blocage du 17 novembre], même si je me suis un peu égaré sur les organisateurs ».

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