Blocage du site «Démocratie participative»: «C'est une vraie victoire collective et cette décision en appellera d’autres»

INTERVIEW Pour Frédéric Potier, préfet et délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH), cette décision judiciaire est une «victoire collective»...

Propos recueillis par Helene Sergent

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Frédéric Potier a signalé à plusieurs reprises le site
Frédéric Potier a signalé à plusieurs reprises le site — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
  • Le juge des référés a ordonné ce jeudi à neuf opérateurs français de bloquer l’accès au site « Démocratie participative ».
  • Jugé ouvertement raciste et antisémite, le site est hébergé aux Etats-Unis.
  • Son auteur serait l’ultranationaliste breton Boris Le Lay, exilé au Japon.

Dans quinze jours, les internautes français ne pourront plus accéder au site « Démocratie participative ». La justice a rendu ce jeudi sa décision et a ordonné à neuf opérateurs français, fournisseurs d’accès internet (FAI), le blocage de cette adresse bien connue de la « fachosphère ». Selon les chiffres de Médiamétrie, le site a enregistré 147.000 visiteurs uniques en septembre dernier. Son contenu, jugé ouvertement antisémite, xénophobe, homophobe et raciste, avait été signalé dès 2017 à la justice.

Hébergé aux Etats-Unis et sans directeur de la publication clairement identifié, le site publiait régulièrement des contenus illicites sans être inquiété par les autorités. Jusqu’au 8 novembre et à l’assignation, par le procureur de la République, des fameux opérateurs sommés de bloquer son accès. Une victoire collective selon Frédéric Potier, préfet et délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) à l’origine des premiers signalements il y a plus d’un an.

Comment accueillez-vous cette décision judiciaire ?

C’est une vraie victoire pour nous DILCRAH. Depuis mais 2017, nous avons signalé neuf fois ce site à la justice pour des articles antisémites ou homophobes. Il y a eu une enquête de police, mais elle n’a pas permis d’identifier l’auteur de ces contenus, il était difficile d’engager une procédure.

C’est une victoire collective puisque toutes les associations antiracistes se sont ensuite mobilisées pour interpeller directement le procureur de la République. Et c’est lui qui a mené la procédure jusqu’à son terme avec cette décision judiciaire. Enfin, c’est une victoire symbolique parce que le site était identifié et visité et une victoire opérationnelle puisque nous disposons maintenant d’un mode opératoire pour procéder au blocage d’un site délictueux.

En quoi cette décision est-elle inédite ?

Ce n’est certes pas la première fois que le blocage d’un site est ordonné par la justice. Il y a eu un précédent en 2005 notamment. Mais ces procédures restent particulièrement rares lorsqu’il s’agit de « discours de haine ». Contrairement aux contenus terroristes ou pédopornographiques, couper l’accès à un site haineux n’est pas si aisé. Dans le cas du site « Démocratie participative », le juge des référés a estimé qu’il ne s’agissait pas d’une problématique liée à la liberté d’expression. Il a reconnu que le site menaçait l’ordre public en appelant au passage à l’acte violent. Ce site violait la loi française, et je me félicite de son blocage.

On est toutefois conscients que ce site va essayer de renaître ailleurs, sous un autre nom, une autre adresse web. C’est une hydre, on coupe une tête et plusieurs repoussent. Mais le nouveau site aura perdu en influence, les coûts pour l’héberger ailleurs ne sont pas négligeables. Avec cette décision, on fait mal à ces gens-là malgré tout.

La voie légale est-elle devenue la voie privilégiée pour lutter contre les discours de haine sur Internet ?

Nous travaillons sur trois chantiers. Le premier consiste à réactualiser la loi. La dernière, la loi pour la confiance dans l’économie numérique, date de 2004. Twitter n’existait pas, Facebook non plus. Le Premier ministre a annoncé une révision de cette loi et la création d’une nouvelle législation concernant les contenus haineux. On va notamment s’inspirer de ce que font les Allemands en la matière avec des signalements et des amendes importantes en cas de non-retrait. Le second chantier repose sur l’aide à la modération des contenus de haine, notamment sur Facebook. Et le dernier chantier se concentre sur le contre-discours, le discours alternatif. On a pris la décision de financer plusieurs associations comme « Génération numérique » ou « Respect zone » pour les aider au développement de l’esprit critique ou au contre-discours. Mais ce qui est certain, c’est que cette décision judiciaire en appellera d’autres.