Illustration d'une planète surpeuplée.
Illustration d'une planète surpeuplée. — Pixabay

PARENTALITE

COP 24: Ne pas faire d'enfant, une piste pour sauver la planète?

Alors que les inquiétudes pour l’avenir de la planète augmentent et qu’elles sont au cœur de cette COP 24, certains choisissent de renoncer à faire des enfants…

  • Faire ou ne pas faire d’enfant, telle est parfois la question ? Pour certains spécialistes, la question démographique est incontournable quand on parle de sauvegarde de la planète.
  • Certains Français renoncent à avoir des enfants par militantisme écologique.
  • Pourtant, pour certains experts, l’urgence n’est pas de faire aucun ou moins d’enfants, mais plutôt de changer radicalement notre façon de consommer.

« J’ai toujours eu envie d’avoir des enfants, explique Léa*, 37 ans. Mais au vu de l’absence de progrès concernant la situation climatique, j’ai pris la décision de pas en faire. » Un choix personnel et politique précipité par le rapport sur la planète-étuve en août sur l’état de la planète. « Cela m’a fait un choc, avoue la Parisienne. En France, on a encore accès à tout de façon extravagante, mais ça va changer. Ne pas faire d’enfant, c’est une façon de ne pas être dans l’illusion que tout va bien. »

« Un enfant égale plus de pollution et plus de consommation »

Un choix intime que certains trouvent extrême, d’autres altruiste, mais qui n’est pas isolé. « Je ne suis pas militante, mais c’est ma façon de protester à ma micro-mesure, poursuit Léa. Ma famille prend ça comme une lubie. Et évidemment, ma mère veut être grand-mère. Mais depuis que j’en parle, je rencontre beaucoup de femmes qui partagent cette même préoccupation. Certaines organisent même un enterrement de vie de mère, sur le modèle de la baby shower ! » Selon elle, « tant qu’on ne change pas radicalement notre mode de vie, un enfant égale plus de pollution et plus de consommation ». Ceux qui ont testé les kilos de couches, de nourriture, de lessives, de jouets qui riment avec parentalité peuvent en témoigner…

Illustration d'une chambre d'enfant.
Illustration d'une chambre d'enfant. - Pixabay

Mais le choix de Léa a une autre explication : « je ne me vois pas porter la responsabilité de mettre au monde un enfant qui risque de voir la nature se déchaîner, de souffrir du manque d’eau, voir les maladies proliférer, les migrations climatiques dans un climat populiste. Le scénario catastrophe n’est plus du délire ou le fait de quelques illuminés. On en voit tous les jours les conséquences… »

« Cela traduit dans cette génération une préoccupation écologique beaucoup plus ancrée qu’avant, analyse Anne Gotman, sociologue au CNRS et auteure de Pas d’enfant. La volonté de ne pas engendrer**. J’ai réalisé cette enquête il y a deux ans, et les couples sans enfant étaient déjà convaincus des défis écologiques. Mais j’ai l’impression que cet été caniculaire, la démission de Hulot et le rapport des climatologues ont créé une peur palpable. Maintenant trouver les moyens de répondre à ces défis, c’est autre chose… »

Illustration d'une planète surpeuplée.
Illustration d'une planète surpeuplée. - Pixabay

Raisons conscientes et inconscientes

Difficile pour autant de savoir précisément pour quelles raisons, conscientes ou inconscientes, on choisit de fonder ou non une famille… « C’est possible que certaines personnes pensent à la planète quand elles prennent la décision de renoncer à avoir des enfants, souligne Hervé Le Bras, démographe et directeur d’études à l’Ecole des Hautes études en sciences sociales (EHESS). Mais il est rare que des considérations aussi générales aient un effet important sur la fécondité. A la fin du XIXe siècle, on encourageait les Français à avoir des enfants par patriotisme. Cela n’a rien donné. Même en Allemagne, où l’écologie est plus développée, la baisse de la fécondité est davantage liée à la difficulté de concilier vie professionnelle et maternité qu’aux inquiétudes pour l’avenir de la planète. » Dubitative également, la sociologue Anne Gotman estime que « certes, l’empreinte carbone d’un enfant est effroyable. Mais cette justification écologique vient couroner un ensemble de raisons personnelles et sociétales. »

La démographie, une question de taille

Il n’empêche. La question démographique devient incontournable quand on parle avenir de la planète. Selon l’ONU, nous devrions atteindre 8,6 milliards d’être humains en 2030, 9,8 en 2050 et 11,2 en 2100. Il y a un mois, une infographie réalisée par l’AFP avait fait jaser sur les réseaux car on y voyait clairement que la meilleure décision à prendre pour réduire son empreinte carbone restait de… « faire un enfant de moins ». Un calcul issu d’une étude suédoise de 2017.

Si certains sur la Toile se sont offusqués, certaines voix s’élèvent pour insister sur la surpopulation. « La démographie est le risque numéro 1 : chaque habitant consomme des ressources et émet une quantité de CO2, martèle Marie-Lise Chanin, chercheuse de l’Académie des Sciences, qui a signé la tribune du Monde « Climat : Freiner la croissance de la population est une nécessité absolue ». En ce moment, on consomme plus de ressources que la nature peut renouveler en un an à partir du 1er août. Alors imaginez quand on sera 11 milliards ! »

Faire moins d’enfants… et consommer moins

Ne pas faire d’enfant pour protéger la planète, un choix judicieux ? Pas pour Hervé Le Bras. « Je pense que cette étude suédoise fait abstraction de l’aspect économique des choses. Dans beaucoup de pays qui se sont développé, la fécondité a été remplacée par la consommation ! Prenons le Brésil : on est passé de 6 enfants par femme en 1970 à 1,8 aujourd’hui. En même temps, le PIB a été multiplié par 4 ou 5. Même chose pour la Chine, devenu le 2e producteur de CO2. D’autant que les études montrent que quand on fait moins d’enfants, on a plus de moyens de consommer : de voyager, d’avoir une grosse voiture… »

Autre argument avancé par le démographe : « Si on veut gagner la cause écolo, il vaut mieux faire des enfants écolos que pas du tout ! » Un raisonnement que contredit Léa. Dans les pays développés comme ceux en voie de développement, ce changement radical de société ne pourra avoir lieu si la surpopulation poursuit sa course effrénée. « Si nos enfants ont du mal à trouver de l’eau, si les choses élémentaires manquent, ils seront en mode survie et ne pourront pas faire évoluer les choses dans le bon sens pour protéger la planète », avance la trentenaire.

Elle ne nie pas que ce choix intime soit problématique : « Quand on cesse de faire des enfants, la société meurt. Et je sais que ce n’est pas à mon échelle que je vais moins polluer, mais c’est tout un ensemble. Il y a une réflexion à mener au niveau mondial. En Europe, le taux de natalité est faible. » Et le démographe de renchérir : « les deux régions du monde où la fécondité est importante sont la zone intertropicale de l’Afrique et l’Asie de l’Ouest. Je trouve que c’est plutôt à ce niveau-là internationalement que l’on doit s’organiser pour lutter contre cette extraordinaire fécondité. »

« Mais il reste très délicat d’expliquer qu’il faudrait limiter la fécondité africaine, avoue Marie-Lise Chanin. La meilleure méthode, c’est de faire l’éducation des femmes en Afrique, de leur donner accès à la contraception et de mettre en place une retraite et une couverture santé. Pour le moment, leurs enfants, c’est leur richesse. » Une prise de conscience qui semble pourtant faire son chemin. « La surpopulation a toujours posé problème, mais on commence à pouvoir le dire maintenant », avoue Anne Gotman.

« Il faut que les efforts soient conjoints, complète Léa. Faire moins d’enfants mais aussi les éduquer différemment pour limiter la consommation de viandes, de plastique, la pollution, la déforestation et ainsi leur assurer un avenir meilleur. »

* Le prénom a été changé.

** Pas d’enfant. La volonté de ne pas engendrer, Anne Gotman, 2017, Éditions de la Maison des sciences de l'homme​.