Plan de lutte contre l'homophobie: «L'histoire des luttes LGBT doit être enseignée à l'école», estime le président de SOS homophobie

INTERVIEW La secrétaire d’Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, présente ce lundi son plan d’action pour lutter contre les agressions homophobes…

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Pour SOS homophobie, le plan de lutte contre les agressions homophobes présenté par Marlène Schiappa devra être doté de moyens suffisants pour assurer son efficacité.
Pour SOS homophobie, le plan de lutte contre les agressions homophobes présenté par Marlène Schiappa devra être doté de moyens suffisants pour assurer son efficacité. — GEORGES GOBET / AFP
  • Ce lundi, Marlène Schiappa présente en conseil des ministres un plan de lutte contre les agressions homophobes.
  • Ces derniers jours, le chef de l’Etat recevait les principales associations LGBT pour travailler sur ce plan présenté par la secrétaire d’Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes.
  • Parmi ces associations : SOS homophobie. Pour Joël Deumier, son président, « il y a urgence à agir ».

« L’homophobie n’est pas une opinion. » C’est ainsi que la secrétaire d’Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a annoncé son intention de dévoiler ce lundi en Conseil des ministres un «  plan d’action » pour lutter contre les agressions homophobes, en « augmentation ». « Les chiffres du ministère de l’Intérieur nous disent qu’il y a aussi une véritable augmentation de ces agressions », a ajouté Marlène Schiappa.

Ce plan comportera « un volet éducatif » de prévention et de sensibilisation à l’homophobie, mais aussi « un volet évidemment répressif » face aux violences, ainsi que des mesures spécifiques pour « l’outremer », par exemple, « où il y a un travail particulier à mener ». Plus généralement, « il faut rappeler encore que l’homophobie n’est pas une opinion, parce que visiblement certains se servent de l’homophobie comme d’un argument, y compris dans des débats politiques », s’est agacée Marlène Schiappa.

Alors que plusieurs agressions à caractère homophobe se sont produites ces dernières semaines à Paris, Rouen ou Toulouse, « nous attendons des mesures fortes qui permettent une lutte effective contre l’homophobie », insiste Joël Deumier, président de SOS homophobie.

Vous faites partie des associations reçues par Emmanuel Macron pour travailler sur ce plan. Quelles mesures concrètes en attendez-vous ?

Après la vague d’agressions homophobes de ces derniers mois, nous attendons de ce plan qu’il soit en mesure de véritablement prévenir ces actes, de manière efficace et profonde. Cela passe par des mesures d’éducation nationale, parce que la prévention de ce type de pensées et de comportements se fait dès le plus jeune âge. L’idée, c’est de déconstruire tous les clichés et idées reçues qui véhiculent l’homophobie. C’est pour cela que nous avons proposé que l’histoire de la lutte contre les discriminations soit introduite dans les programmes scolaires. Au même titre que l’on apprend à l’école l’histoire des luttes sociales et ouvrières, il est important d’apprendre l’histoire des luttes LGBT pour mieux en comprendre les enjeux. Il s’agit là d’une mesure structurelle, qui permettrait de faire évoluer les mentalités.

Des mesures sur le plan de la police et de la justice doivent également être prises : il faut faciliter le dépôt de plainte, mais aussi que la répression des actes homophobes soit plus sévère, qu’il y ait plus de condamnations. Car, pour l’heure, sur 28 plaintes pour agression à caractère homophobe, une seule aboutit à une condamnation de l’agresseur.

Nous attendons par ailleurs de ce plan qu’il mette en place une campagne de sensibilisation du grand public sur les effets destructeurs de l’homophobie. Les Français ont l’impression que cela appartient au passé alors que pas du tout, c’est un fléau.

Marlène Schiappa parle de « véritable augmentation » des agressions homophobes. Dispose-t-on de chiffres récents allant dans ce sens ? Cela traduit-il une hausse des actes homophobes ou une augmentation des plaintes déposées par les victimes ?

Les chiffres sont là : les plaintes pour agression à caractère homophobe ont augmenté de 15 % de janvier à septembre 2018, selon les derniers chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur. De notre côté, à SOS homophobie, nous avons enregistré en septembre 2018 une hausse 37 % des appels de victimes qui nous contactent pour témoigner de ce qu’elles ont subi, comparé à septembre 2017.

La parole des victimes se libère, parce qu’elles ont le courage de briser la loi du silence qui a trop longtemps régné, et c’est salutaire. Cette vague d’agressions homophobes, qui s’accompagne d’une vague de témoignages de victimes doit être l’occasion de se poser les bonnes questions et de tout mettre en œuvre pour lutter contre ces actes.

Dans le même temps, n’observe-t-on pas une libération de la parole homophobe ?

Absolument ! Aujourd’hui, il y a une agression physique homophobe tous les trois jours en France où, encore en 2018, l’homophobie, comme la transphobie, est de plus en plus violente et décomplexée.

La haine qui est déversée sur Internet, les réseaux sociaux, est le moteur de cette violence homophobe et transphobe. Quand on est caché derrière un écran, la désinhibition est totale, et finit par légitimer et inciter à une forme plus élevée de violence. D’ailleurs, à terme, peut-être faudra-t-il s’orienter vers une responsabilisation pénale des grands réseaux sociaux sur lesquels cette haine est promue.

Et il y a par ailleurs une homophobie relayée et nourrie par une partie de la classe politique, qui infuse le débat et les esprits. Est-il normal d’entendre un Laurent Wauquiez faire un lien entre PMA pour toutes et eugénisme nazi ? Ou d’entendre La Manif pour tous comparer les enfants de familles homoparentales à des bébés OGM ? Ces slogans politiques homophobes ont des répercussions. C’est le cas à chaque grande réforme de société : mariage pour tous hier, PMA pour toutes aujourd’hui ! A chaque fois, la haine homophobe est attisée et inévitablement cela entraîne une recrudescence des actes violents à l’encontre des personnes LGBT.

D’où l’importance d’un plan véritablement efficace et pour cela, nous serons très vigilants aux moyens mis en œuvre par le gouvernement pour assurer le succès de ce grand projet de lutte contre l’homophobie.