VIDEO. «Gilets jaunes» à Paris: «Macron et le gouvernement méprisent les gens», dénoncent les manifestants

REPORTAGE « 20 Minutes » a interrogé des Français venus manifester avec leur gilet jaune ce samedi à Paris…

Laure Cometti

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Des «gilets jaunes» sur les Champs-Elysées, ce samedi. Lancer le diaporama
Des «gilets jaunes» sur les Champs-Elysées, ce samedi. — L.Cometti / 20 Minutes
  • Les « gilets jaunes » se sont mobilisés dans toute la France ce samedi, et à Paris.
  • Désorganisé, le mouvement a donné lieu à des rassemblements en plusieurs lieux dans la capitale, les Champs-Elysées étant un point de ralliement.
  • Les « gilets jaunes » rencontrés par 20 Minutes étaient venus protester pacifiquement contre la politique du gouvernement, la pression fiscale et la perte de pouvoir d’achat.

Ce deuxième samedi de mobilisation a eu un goût amer pour de nombreux « gilets jaunes » à Paris. Appelés à manifester en plusieurs endroits de la capitale, ils ont été confrontés à un léger essoufflement de leur mouvement et à des tensions entre forces de l’ordre et casseurs qui ont conduit à une dispersion des manifestants. Estimant que le gouvernement ne les « écoute pas », les « gilets jaunes » veulent continuer à exprimer leur colère contre le gouvernement, dans les rues et peut-être dans les urnes.

Le Champ-de-Mars boudé par les « gilets jaunes »

« On a l’air ridicule ! », désespère Jean-Jacques, retraité venu du Pas-de-Calais, en train. « 80 euros ! » Une dépense qu’il ne regrette pas, même si le Champ-de-Mars est presque vide derrière lui. Une centaine de « gilets jaunes » s’y sont rassemblés vers 14h ce samedi.

Ce lieu avait été proposé par les autorités mais de nombreux manifestants ne s’y sont pas rendus. Faute d’information pour certains, le mouvement étant peu structuré. Ou délibérément pour nombre de « gilets jaunes » : « Pourquoi avoir autorisé des manifestations de masse sur les Champs, à la Coupe du monde, ou pour Johnny, et invoquer la sécurité pour nous l’interdire aujourd’hui ? », s’interroge un retraité.

Tensions sur les Champs-Elysées

« C’est un traquenard, pour nous parquer », dénonce Eric, vernisseur résidant en région parisienne. Lui a préféré rester sur les Champs-Elysées, même si la tension est palpable, ainsi que le gaz lacrymogène utilisé par les forces de l’ordre pour disperser les manifestants, au nombre de 5.000 à 15h selon les autorités (et 8.000 au total dans Paris). Plusieurs feux ont été allumés et des barricades improvisées. Quelques touristes étonnés photographient les volutes de fumée noire qui s’envolent devant l’Arc de triomphe.

« On était extrêmement pacifiques et on s’est fait gazer dès 10h30 », s’emporte une manifestante venue dénoncer « une politique où l’on prend tout au peuple pour donner aux riches ». « J’ai envie que mes enfants aient un avenir en France, or ça fait 43 ans que les politiques votent des budgets en déficit, et maintenant c’est à nous de payer tout ça », poursuit-elle. La hausse des taxes sur le carburant a été un déclencheur pour Florent, électricien basé à Suresnes. « Je fais 70 bornes par jour, 3 pleins par mois. En additionnant les impôts, le loyer, la pension alimentaire… Je ne m’en sors plus ». « Je ne suis pas contre payer des impôts, mais je n’ai pas l’impression qu’ils servent à améliorer notre quotidien », renchérit son ex-femme Elodie, aide à domicile.

« Il y aura une sanction aux européennes »

Retour sur le Champ-de-Mars : « Ils sont où les 75 % de Français qui nous soutiennent, selon les sondages ? », s’interroge Claude, retraité du Val-de-Marne. « Les gens ont eu peur », avance-t-il, blâmant en partie le discours des autorités et de certains médias. « Et puis les Parisiens ne sont pas concernés, ils ont des transports en commun, pas de chaudière au fioul. » Marie-France et Pierre acquiescent. Egalement à la retraite, issus de la classe moyenne, ils ont fait connaissance ce samedi et discutent. « On fait attention à la planète, mais tout le monde ne peut pas changer de voiture et acheter une électrique, ils sont déconnectés ! », explique Pierre.

« Emmanuel Macron avait promis des résultats, on a patienté, mais rien ! », s’emporte son épouse Marie-France, qui dénonce la suppression de l’impôt sur la fortune, la fiscalité, et le « mépris » du gouvernement pour « les gens ». Dans la matinée, ces retraités en gilets jaunes étaient sur les Champs-Elysées. Ils ont été « choqués » par la « violence des forces de l’ordre ». S’ils apprécient le soutien du député Jean Lassalle, venu arborer brièvement un gilet jaune sur le Champ-de-Mars, ils se méfient de la « récupération » des partis politiques. « Je crois que le mouvement va s’essouffler, mais il y aura une sanction aux européennes, et le Rassemblement national va monter », pense Claude.