Jean-Marc Morandini photographié lors d'une conférence de presse donnée, en juillet 2016, dans le cadre de l'affaire des castings douteux.
Jean-Marc Morandini photographié lors d'une conférence de presse donnée, en juillet 2016, dans le cadre de l'affaire des castings douteux. — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

ENQUÊTE

Affaire Jean-Marc Morandini: «Aujourd’hui encore, on me trouve sur Pornhub…», déplore un acteur de la série «Les Faucons»

Deux comédiens de la web-série « Les Faucons » témoignent de leur situation actuelle, deux ans après les révélations sur Jean-Marc Morandini…

  • En 2016, Jean-Marc Morandini a été accusé de « harcèlement sexuel » et de « travail dissimulé » par plusieurs jeunes comédiens qu’il avait castés.
  • Jouant dans la web-série Les Faucons, ils estiment avoir été manipulés par l’animateur qui voulait, selon eux, tourner en réalité un « porno gay ».
  • 20 Minutes a interrogé deux de ces comédiens alors que l’enquête judiciaire pourrait rebondir.

Ce jour-là, Jonathan arrive en avance au rendez-vous. Il hèle tout de suite le serveur à l’autre bout du bar pour commander un café allongé, tout en s’excusant : « Je suis d’accord pour témoigner. Mais, je n’ai pas beaucoup de temps. En fait, je dois filer à un casting… », balance-t-il tout de go. A l’autre bout de la table, Frédéric* esquisse un sourire un peu triste en entendant ça. Lui n’a pas de casting. « Tout le monde n’a pas ta chance…, finit-il par réagir. Pas de souci pour te laisser parler d’abord. »

Parmi les premiers à dénoncer le tournage douteux de la web-série Les Faucons en 2016 et l’attitude trouble de son producteur, Jean-Marc Morandini, ces deux jeunes acteurs ont, depuis, suivi des trajectoires différentes. Le premier, Jonathan Louis, a travaillé avec François-Xavier Demaison au théâtre de l’Œuvre, avec le producteur du Bureau des légendes et a décroché un rôle dans le premier film de Michel Denisot. Frédéric, lui, se contente de faire de la figuration dans une entreprise qui fait des spectacles pour enfants.

« Il suffisait de taper mon nom sur Google pour voir ma bite »

« Le problème, c’est que Morandini m’avait proposé le rôle principal des Faucons, explique celui-ci. Et ce n’est qu’au quatrième épisode qu’on s’est rendu compte que ça virait vraiment au porno gay. Ça a clashé ! Mais c’était trop tard… Les premières images étaient déjà sur Internet. Pendant longtemps, il suffisait de taper mon nom dans un moteur de recherche pour voir mon sexe. Aujourd’hui encore, on me trouve sur Pornhub [site internet pornographique] ! »

Car si l’animateur avait convaincu les jeunes comédiens que la web-série, centrée sur les aventures d'une équipe de football, serait humoristique et destinée à un public jeune, le scénario n’avait, en réalité, rien de drôle. « Déjà lors du casting, il m’avait dit qu’il fallait que je sois complètement imberbe et en semi-érection. Ça m’avait paru bizarre », rappelle Jonathan Louis. « Je me souviens qu’il fallait attendre le quatrième épisode pour que l’on joue enfin au foot. Et surtout, il se terminait par une scène porno sous les douches… », abonde Frédéric.

A l’époque, c’est le premier projet que l’on présente à ce jeune comédien. « J’allais être diplômé et j’étais flatté qu’on me le propose, se souvient-il. Après, je me suis arrêté… » Plutôt que de répondre à des offres de casting, il passe alors son temps à échanger des courriels avec Google dans le but d’effacer la moindre photo ou vidéo en ligne des Faucons le montrant nu. « Je me disais que les casteurs se renseigneraient forcément sur moi et découvriraient le truc. Toute cette affaire m’a complètement bloqué. Je n’en ai parlé à quasiment personne. »

« On m’a conseillé de ne pas me montrer et de fermer ma gueule »

Jonathan, lui, opte pour une stratégie opposée. Dès le début, c'est sous son vrai nom qu'il balance l’animateur de télévision et qu'il l'accuse de « harcèlement sexuel » et de « travail dissimulé ». « On m’a conseillé de ne pas me montrer et de fermer ma gueule. Mais non, c’était trop important de le faire. J’ai reçu beaucoup de soutien de la profession. Lors des castings, on m’a encouragé à nettoyer le sale visage qu’il avait montré du métier. Au final, je dirais même que cela m’a plus servi que desservi. »

Pas de quoi atténuer sa rancœur pour autant. « Je vais continuer à me battre pour qu’il soit jugé. » Frédéric aussi. « Je me sens toujours sali. Je veux qu’il y ait un procès. Je réfléchirais alors à l’idée de montrer mon visage ! »

L’enquête relancée après la nomination d’un juge en octobre ?

Il est encore trop tôt pour pouvoir dire si toute cette histoire se terminera devant un tribunal mais deux ans après sa révélation, l’affaire des Faucons pourrait, en tout cas, rebondir en justice. Après un premier classement sans suite par le parquet en janvier 2017, cinq comédiens des Faucons – dont Jonathan et Frédéric – avaient déposé une nouvelle plainte pour « harcèlement sexuel » et « travail dissimulé » à l’encontre de l’animateur.

Selon nos informations, ces cinq plaintes ont fini par être rassemblées et par atterrir, en octobre, sur le bureau du juge Maximin Sanson. Pour avancer, ce magistrat pourra notamment s’appuyer sur les nombreuses auditions déjà effectuées. « Nous aimerions ensuite que Jean-Marc Morandini soit convoqué en vue d’une mise en examen et, si besoin, confronté aux comédiens », indique Thierry Vallat, l’avocat qui défend trois des plaignants.

Contacté par 20 Minutes, Hervé Témime, l’avocat de l’animateur de télévision, n’entend, lui, pas faire de commentaire sur le fond mais se dit « serein sur l’évolution de la procédure ».

Dans un autre dossier, son client reste mis en examen pour « corruption de mineurs ». Il est accusé d’avoir fait des propositions sexuelles à deux jeunes de 15 et 16 ans, dont l’un via le réseau social Twitter. Face aux policiers, il s’était défendu en indiquant qu’il ignorait leur âge.

* Le prénom a été changé